L'anesthésiste de Besançon accusé de huit nouveaux cas d’empoisonnement

Le docteur Frédéric Péchier est soupçonné d’avoir empoisonné huit nouvelles personnes, ce qui porte le total des victimes supposées à 32. Il aurait utilisé du potassium à forte dose, provoquant des arrêts cardiaques.

Mathieu Pourvendier avec AFP
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L'anesthésiste de Besançon accusé de huit nouveaux cas d’empoisonnement
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La liste n'en finit pas de s'allonger pour le docteur Frédéric Péchier, déjà mis en examen à Besançon pour 24 empoisonnements. L'anesthésiste est désormais soupçonné de huit nouveaux cas d'empoisonnements potentiels de patients, dont quatre mortels.

32 cas survenus entre 2008 et 2016

Le procureur de la République Étienne Manteaux a annoncé mardi 27 septembre avoir versé en septembre ces huit nouveaux cas au dossier d'instruction ouvert en 2017 : "La juge d'instruction est donc désormais saisie d'un total de 32 cas d'empoisonnements potentiels, dont 13 mortels", survenus en cours d'opérations dans deux cliniques privées de Besançon entre 2008 et 2016, relève-t-il.

Il ajoute que "le magistrat instructeur attend désormais que l'ensemble des résultats des expertises en cours, attendus pour janvier 2023, soient rendus pour entendre le Dr Péchier, puis décider si elle le met en examen pour ces huit nouveaux cas". C’est donc à la juge d’instruction, Marjolaine Poinsard, de prendre la décision. 

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Des doses de potassium 100 fois trop élevées

L'affaire avait débuté lorsqu'une anesthésiste de la Clinique Saint-Vincent de Besançon avait donné l'alerte après trois arrêts cardiaques inexpliqués de ses patients en pleine opération. Les poches de perfusion avaient été saisies et des analyses avaient révélé des "doses de potassium 100 fois supérieures à la normale", rappelle le procureur. Ce produit est ajouté à petite dose dans une poche de perfusion par les médecins lorsque les patients sont carencés. Mais à forte dose, ce médicament provoque une arythmie et potentiellement un arrêt cardiaque.

En janvier 2017, une information judiciaire avait été ouverte. Et en mars 2017, Frédéric Péchier, qui exerçait dans cette clinique, avait été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire pour sept premiers cas d'empoisonnements présumés de patients.

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Manipulations et règlements de compte

La direction de la clinique avait ensuite présenté aux enquêteurs de la police judiciaire de Besançon 66 cas d'EIG (événement indésirable grave) survenus dans leur établissement. Ces investigations ont mené, en mai 2019, à la mise en examen du Dr Péchier pour 17 nouveaux cas d'empoisonnement, soit un total de 24 cas concernant des patients âgés de quatre à 80 ans, dont neuf mortels.

L'anesthésiste est soupçonné d'avoir pollué les poches de perfusion de patients de ses collègues pour provoquer des arrêts cardiaques, avant d'intervenir en démontrant ses talents de réanimateur, mais aussi pour discréditer des collègues de cliniques de Besançon avec lesquels il était en conflit. D’ailleurs, une de ces collègues, Catherine Nambot, également anesthésiste, est "persuadée" que le docteur Péchier a tenté de l’empoisonner en avril 2016. 

Tentative de suicide en 2021

Placé sous contrôle judiciaire dans la Vienne, Frédéric Péchier, 50 ans, n'a eu de cesse de clamer son innocence depuis le début de l'affaire. L’avocat de l’accusé, Me Randall Schwerdoffer, dénonce un empilage de cas. Selon lui "ce qui manque dans ce dossier depuis le début : une seule preuve".

Il y a un an, en septembre 2021, l'anesthésiste a tenté de se suicider en se défenestrant. Il avait envoyé un message à sa mère: "Je veux que cette vie s'arrête, je veux mourir innocent". "Les conséquences de la lenteur de cette procédure d'instruction sont destructrices. Je suis très inquiet pour la santé physique et psychique du docteur Péchier" avait réagi Me Schwerdorffer. 

A faible dose, le chlorure de potassium est fréquemment utilisé par les médecins anesthésistes.
A faible dose, le chlorure de potassium est fréquemment utilisé par les médecins anesthésistes.

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