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Arthrose : une maladie qui coûte cher

L'arthrose est une maladie qui s'attaque au cartilage des articulations et elle coûte très cher à la Sécu. Plusieurs pistes d'économies sont donc à l'étude, mais chacun d'entre nous peut aussi contribuer à alléger la facture avec des moyens de prévention très simples. Les explications avec Maroussia Renard, notre chroniqueuse économique.

Rédigé le , mis à jour le

Chronique de Maroussia Renard du 26 novembre 2013

L'arthrose touche près de dix millions de Français. C'est la deuxième cause de consultation chez le médecin après les maladies cardiovasculaires et donc forcément l'arthrose coûte très cher à l'Assurance maladie. On estime la facture à environ trois milliards d'euros par an, une facture qui a doublé en sept ans. Cela représente plus de 20% du déficit de la Sécu.

La principale raison de l'explosion des coûts, c'est évidemment le vieillissement de la population mais attention, il ne faut pas croire que l'arthrose n'est qu'une maladie du grand âge. Près de la moitié des patients atteints ont moins de 60 ans. Résultat, les coûts indirects de cette maladie sont aussi très élevés, ils n'ont pas été évalués précisément mais on sait que l'arthrose est une des principales causes d'incapacité au travail, ce qui a un impact non négligeable sur la productivité. Cette maladie serait responsable de près de 500.000 arrêts de travail par an.

Arthrose : une chirurgie qui coûte cher

Lorsque l'articulation est trop abîmée, la seule solution est de la remplacer par une prothèse. Et le nombre d'opérations ne cesse d'augmenter. Depuis quelques années, on n'hésite plus à poser des prothèses à des patients de moins de 60 ans et parallèlement, grâce aux progrès de l'anesthésie, on peut aussi opérer les plus de 80 ans.

Pour les prothèses de genou par exemple, les opérations ont augmenté de 50% en dix ans. C'est une bonne nouvelle puisque cela permet aux patients de rester autonomes plus longtemps mais évidemment ces interventions coûtent cher. Pour une prothèse de genou, entre la chirurgie, l'hospitalisation et la rééducation, il faut compter 11.960 euros par malade.

Alléger la facture des opérations

Selon l'Assurance maladie, on pourrait facilement alléger la facture des opérations. Pour cela, il suffirait de changer les habitudes des chirurgiens. En fait, il existe deux grands types de prothèses : les prothèses cimentées, qui nécessitent l'utilisation d'un ciment et les prothèses non-cimentées, plus récentes, qui ont un revêtement spécial qui leur permet de s'ancrer dans l'os. C'est ce type de prothèse qui est le plus utilisé en France (plus qu'ailleurs en Europe), or elles coûtent 25% plus cher que les autres. Et selon l'Assurance maladie, elles ne sont pas de meilleure qualité.

Plusieurs études internationales montrent même que le risque de ré-intervention est plus élevé avec les prothèses non-cimentées. Alors pourquoi utilise-t-on davantage ces prothèses en France ? Selon les chirurgiens interrogés, ces prothèses se posent plus rapidement que les prothèses cimentées, ce qui permet de gagner facilement 15 minutes par opération. Sur une matinée, on peut donc opérer un patient de plus… On en revient donc à un argument économique mais évidemment celui des chirurgiens ne va pas dans le même sens que celui de la Sécu.

Changer les pratiques en matière de rééducation

Autre piste avancée par la Sécu pour faire des économies : changer les pratiques en matière de rééducation. Que ce soit pour la hanche ou le genou, les poses de prothèses exigent une rééducation de plusieurs mois. Pour un tiers des patients, la rééducation se fait chez un kiné de ville alors que les deux tiers restants sont hospitalisés dans un service de soins de suite et de réadaptation (SSR). Il n'y a pas vraiment de recommandation officielle pour dire que l'un est mieux que l'autre, mais ce qui est sûr, la rééducation à l'hôpital coûte beaucoup plus cher à l'Assurance maladie.

Pour une prothèse de genou, cela représente près de 5.000 euros par patient alors qu'une rééducation en ville coûte en moyenne 860 euros, soit six fois moins… Après une pose de prothèse, il est impossible de renvoyer tous les patients chez eux, surtout les plus âgés, mais selon l'Assurance maladie, 20% des patients pris en charge en SSR pourraient faire leur rééducation en ville, ce qui permettrait de faire de belles économies. Mais les médecins ne sont pas d'accord avec la Sécu, surtout pour la rééducation pour une prothèse de genou. Cette rééducation est compliquée (beaucoup plus que pour une hanche) or ils estiment que tous les kinés de ville ne sont pas assez spécialisés pour cela.

Un autre inconvénient : pour le patient, la rééducation en ville coûte beaucoup plus cher qu'à l'hôpital puisque c'est à lui de payer de sa poche les transports, les franchises médicales ou encore la participation forfaitaire sur chaque consultation de kiné.

Dérembourser certains traitements contre l'arthrose ?

Une autre piste d'économie loin d'être indolore pour les patients, ce sont les déremboursements de certains traitements contre l'arthrose. La Haute autorité de santé a récemment réévalué ce qu'on appelle les anti-arthrosiques symptomatiques d'action lente (AASAL), qui est le seul traitement de fond qui existe contre l'arthrose. Verdict : la Haute autorité a conclu que leur efficacité était trop faible et donc qu'il fallait les dérembourser. Cette décision permettrait une économie de 26 millions d'euros pour l'Assurance maladie.

Les rhumatologues voient cette mesure d'un très mauvais œil. Ils reconnaissent que ces médicaments n'ont rien de miraculeux, d'ailleurs ils ne sont remboursés aujourd'hui qu'à 15% mais il n'existe pas de molécule assez puissante pour agir seule contre les douleurs de l'arthrose. C'est l'addition de petits moyens, dont les AASAL font partie, qui permet de soulager les patients. Le risque selon eux, c'est que les malades se reportent sur d'autres médicaments, les anti-inflammatoires, dont les effets indésirables sont beaucoup plus importants (toxicité gastrique, rénale…) ce qui pourrait engendrer un surcoût pour la Sécu.

Une seule solution : prévenir l'arthrose ?

Finalement, il y a une solution qui permettrait à la fois de faire baisser la facture pour la Sécu et de soulager les patients : la prévention.

Il n'existe aucun traitement qui permette de stopper la destruction du cartilage. Le meilleur moyen d'éviter l'arthrose reste donc de préserver ses articulations dès le plus jeune âge.

Pour cela, trois moyens simples existent. D'abord : l'activité physique, en particulier la natation et le vélo car les mouvements sont assez fluides, sans appui trop poussé sur les articulations. Ensuite, garder la ligne : le surpoids est un des principaux facteurs de risque d'arthrose. On estime par exemple qu'un homme obèse a cinq fois plus de risques de souffrir d'une arthrose du genou qu'une personne de poids normal. Enfin, il faut éviter les microtraumatismes répétés qui peuvent être liés au sport ou à certains métiers (marteaux-piqueurs…) car cela peut favoriser l'apparition d'une arthrose précoce.

Ces conseils n'ont rien de superflu, l'arthrose est la deuxième cause d'invalidité en France.

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