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Elargissement de la PMA : faut-il craindre une pénurie de sperme ?

La nouvelle loi de bioéthique prévoit l’ouverture de la procréation médicament assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Déjà peu nombreux, les dons de gamètes pourraient manquer.

Rédigé le , mis à jour le

Elargissement de la PMA : faut-il craindre une pénurie de sperme ?
Elargissement de la PMA : faut-il craindre une pénurie de sperme ?

« Devenez un donneur de bonheur ! ». Régulièrement, l’agence de Biomédecine lance des appels aux dons de spermes et d’ovocytes. En France, les donneurs sont rares, d’autant qu’il est interdit de rémunérer ce geste. Chaque année, près de 300 hommes et 500 femmes font pourtant cette démarche. Avec la nouvelle loi de bioéthique, présentée le 24 juillet dernier en conseil des Ministres, les besoins vont encore augmenter. Selon Agnès Buzyn, l’élargissement de la PMA devrait concerner 2 000 femmes supplémentaires par an.

Un allongement des temps de prise en charge ?

« Une estimation basse » selon le Pr Nathalie Rives, qui dirige le centre de PMA du CHU de Rouen et préside la Fédération des centres d'études et de conservation des œufs et du sperme (Cecos). « Nous estimons plutôt qu’il y aura 2 voire 3 fois plus de nouvelles demandes. Ça ne se fera pas d’un coup mais il y aura une augmentation progressive ». Pour cette spécialiste de la fertilité, il y a un risque réel de pénurie de gamètes, et surtout de spermatozoïdes. Les délais de prise en charge pourraient aussi s’allonger. «Nous souhaitons offrir la meilleure prise en charge possible à nos patients. Nous ne voulons pas que cette loi soit un leurre vis à vis des demandes nouvelles ou qu’il y ait une dégradation de la prise en charge des couples infertiles ». Le risque, c’est que des patients découragés se tournent vers le marché parallèle comme les banques de spermes étrangères ou qu’ils aient recours à une insémination artisanale.

Mais, tous les spécialistes ne partagent pas cette inquiétude. Selon le Pr Paul Barrière, responsable du centre d’AMP du CHU de Nantes, «la sociologie des donneurs va évoluer. On pourra avoir des donneurs plus militants, issus par exemple de la communauté homosexuelle. Si on en a 1000 à 1500 donneurs en plus, ça suffit. » Pour le médecin, c’est aux équipes des centres de PMA de se mobiliser pour recruter de nouveaux donneurs.

Des stocks de gamètes congelés pourraient être détruits

Alors que les centres de PMA vont devoir faire face à des demandes plus nombreuses, ils pourraient devoir détruire une partie de leur stock. En effet, la nouvelle loi prévoit la levée partielle de l’anonymat du don. « Tout enfant conçu par assistance médicale à la procréation avec tiers donneur peut à sa majorité, accéder à des données non identifiantes relatives à ce tiers donneur, et s’il le souhaite, accéder à l’identité de ce tiers donneur ». Pour cela, l'accord du donneur est nécessaire. En revanche, on ne pourra toujours pas choisir son donneur ou un donneur ne pourra pas décider à qui il donne.

Que faut-il faire des stocks de gamètes collectés avant la nouvelle loi ? Comment limiter le nombre de gamètes détruits ? Tout dépendra de la durée de la période de transition entre les deux systèmes. Mais, de nombreuses questions pratiques restent encore en suspens.

L’ouverture d’un droit à l’accès aux origines pourrait-il décourager les donneurs ? C’est ce que craint le Pr Nathalie Rives. « On estime qu’entre 70 et 80 % des donneurs ne donneraient pas si l’anonymat est levée». Encore une fois, le Pr Paul Barrière se veut rassurant : « Tous les pays ont eu un creux après la levée de l’anonymat mais le système refonctionne à nouveau ». C’est par exemple le cas de la Grande-Bretagne qui a levé l’anonymat en 2005. Et, les dons n’ont pas chuté pour autant.