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Plaisir féminin, un univers en pleine révolution

Rédigé le 18/02/2016 / 0

Avec Labo sexo, bonnes nouvelles du plaisir féminin, Elisa Brune livre un ouvrage passionnant et très bien documenté sur la jouissance des femmes.  Les 15 dernières années ont révolutionné les connaissances dans ce domaine longtemps négligé et relégué au rang d'anecdote… Alors bienvenue au 7ème ciel féminin avec les réponses de l'auteur !

Parmi les bonnes nouvelles que vous abordez, quelles sont les meilleures ?

C'est d'abord la quantité d'études et d'attentions portées par les scientifiques dans ce domaine depuis une 15 d'année. C'est une révolution dans les mentalités chez les chercheurs et les institutions. Plus d'études en 15 ans que dans le siècle précédent. Le pivot est la publication d'Ellen O'Connel en 1998 (NDLR : l'urologue australienne a découvert et prouvé la partie interne du clitoris). Ca a donné le coup d'envoi d'une nouvelle science. Dans la sexologie, il y avait peu d'intérêt dans l'orgasme féminin jusque là.

Ensuite, les travaux sur le cerveau qui ont montré que l'orgasme est un évènement impliquant tout le cerveau, y compris les aires cognitives et émotionnelles, qui font un orgasme un évènement massif et non réservé au tronc animal, primitif. Cela modifie la représentation que l'on se fait de cet événement : ce n'est plus régressif, c'est une expérience ultime, la plus complète et la plus humaine possible, puisque toutes les aires cognitives sont impliquées…

Autre bonne nouvelle qui peut paraître anecdotique, la prégnance du cunnilingus. Dans les études, cette pratique est connue de la majorité des gens (85% l'ont pratiquée et 50% la pratique régulière), c'est très appréciable. Et sur le plan historique, c'est vraiment la première fois que cela arrive ! Dans aucune culture, aucune époque, ce n'était une pratique considérée comme normale. Que ce soit devenu banal au sein du couple, participe à la révolution du plaisir féminin.

La meilleure connaissance du clitoris et du plaisir féminin a-t-elle des répercussions sur la sexualité du couple ?

En effet, des changements sont en cours. Il y a de l'inertie, des délais avant que les connaissances soient relayées à travers les chercheurs, les médias, puis le public cultivé et enfin le public qui ne s'intéresse pas à ce domaine. Mais cela prend du temps… Les questionnaires auprès des lycéens et des adultes montrent que les connaissances sont encore limitées. Je pense qu'elles font leurs chemins : dans les études sur ce que font les étudiants lors des premiers rapports sexuels, l'orgasme des filles est corrélé au fait qu'il y ait plusieurs pratiques sexuelles associées.  Le point marquant de l'étude est le suivant : ces pratiques ne sont là que si les garçons ont envie de revoir la fille, sinon ils ne prennent pas le temps de le faire, ils prennent juste leur plaisir. S'ils ont envie de la revoir, ils ont envie de faire plaisir à la fille et ils savent consciemment ou pas que ces pratiques orales en font partie. C'est un point très positif ! C'est un effet de génération : les parents ont une sexualité moins variée ; ils ne font pas l'effort d'apprendre de nouvelles pratiques et c'est un tort.

Les femmes connaissent leur corps et les façons de le faire jouir mais pourtant à 2, elles ne les mettent pas forcément en pratique. Pourquoi ?

L'obstacle majeur est dans la tête et dans la question du jugement de l'autre. Les femmes se connaissent plus mais elles ont peur de ce que pensera l'autre si elles demandent certaines choses ou se le procurent elles-mêmes. Elles ne se masturbent pas et ne montrent pas à l'autre comment faire. C'est de la gêne, un complexe par rapport à l'image qu'elles donnent. C'est la barrière la plus tenace…

Quand la relation s'installe, la difficulté change de nature, elles ne peuvent pas dire tout ce que s'est passé avant : comment dire qu'elles n'ont jamais eu de stimulations qui leur convenaient ? Mais au long de leur vie sexuelle, avec plusieurs partenaires, elles vont abandonner plus facilement ce complexe ou cette gêne. A un certain âge, elles se disent : "ça suffit de leur faire plaisir, je sais ce qu'il me faut et je vais lui dire" mais ça réclame une certaine maturité psychologique.

Comment améliorer cette situation ? Par la communication et en prenant les devants ?

Oui, il faut en fait que les femmes arrivent à assumer leurs désirs et leur sexualité, comme les hommes ont l'habitude de le faire. Il faut faire ce qu'il faut pour que les stimulations soient celles qui nous conviennent. On fonctionne dans la passivité, en miroir de l'autre, par rapport à ses désirs.

L'avènement du plaisir féminin se fera à travers toutes les études et une prise en main de soi-même. Donc il faut parler certainement mais aussi agir soi-même (en montrant et en faisant soi-même). Il est important d'agir dans la relation de couple et de refuser les situations qui sont asymétriques et insatisfaisantes, ce que nos mères et nos grands-mères ont toutes fait. Se consacrer à la libido masculine et se laisser faire, c'est un biais de comportement qui enferme la libido féminine ! Les filles plus jeunes vont sans doute commencer de cette façon une première ou deuxième relation puis elles refuseront à tout jamais cela et commenceront des relations symétriques, où chacun des deux amène son désir, son rythme, ses fantasmes. Après, on voit comment les mettre en commun, on est dans une libido partagée à ce moment-là…

Du coup, les hommes se mettent à bouger aussi en réaction à ces changements de comportements (qui sont parfois ressentis comme de nouvelles exigences mais qui sont en réalité un rééquilibrage de pouvoir dans la sexualité). Les hommes aussi auront beaucoup plus de plaisir dans ce nouveau modèle : le modèle où l'homme prend son plaisir et la femme attend que ça passe, n'est pas satisfaisant, il produit une sexualité pauvre et mécanique. Maintenant que les femmes prennent leur sexualité en main, cela débouche sur une sexualité beaucoup plus riche, avec une interlocutrice pleine d'une personnalité sexuelle. Avant, les femmes étaient interchangeables, désormais on a affaire à des tempéraments sexuels affirmés. Donc ce n'est pas la même chose d'avoir un rapport sexuel avec l'une ou avec l'autre, ce sont des univers et des voyages complètement différents et donc beaucoup plus riches !

Labo sexo, bonnes nouvelles du plaisir féminin. Elisa Brune. Edition Odile Jacob. 21,90€

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