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Islam : la sexualité selon le Prophète, hier et aujourd'hui

Rédigé le 31/01/2020 / 0

Dans le cadre d'une série d'articles consacrés à la place de la sexualité et de l'amour dans les religions, les Drs Michel Canesi et Jamil Rahmani, auteurs du livre Bien portants avec la médecine du Prophète, Ysabel Saïah Baudis, fondatrice d'Orients éditions, et Ghaled Bencheikh, théologien, ont répondu à mes questions

Quelle était la place de l'amour physique dans le monde islamique ?

Dans le monde arabe il y a plus de cent mots pour dire l’amour, plus de mille locutions pour le définir. Tous les amours, de la pensée amoureuse au désir, de la jouissance à l’union mystique avec le divin… Les Arabes louent depuis toujours, ce sentiment humain fondamental qui rapproche du créateur. Les premières poésies vantent ce sentiment. Pour Antar et Abla, amoureux mythiques, l’acte d’amour est irrépressible et naturel. 

Pour l’Islam et son Prophète, l’amour reste naturel, transcendant, mais dans le cadre plus codifié du mariage. L’œuvre de chair est une aumône… L’amour des voluptés tirées des femmes éblouit les hommes, disent les hadiths. L’acte sexuel n’est donc nullement décrié mais fortement recommandé. Il est écrit dans le Coran « Ne déclarez pas illicites les excellentes nourritures que Dieu vous a permises ». On y trouve aussi une superbe définition du mariage qui met à égalité les partenaires amoureux : « Le femmes sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles. »

Qu’a apporté le prophète dans le domaine de la sexualité ?

Mohammed prodiguait des conseils pour conduire la femme au plaisir « Qu’aucun d’entre vous ne se jette sur sa femme comme le font les bêtes… il y aura d’abord des baisers et des douces paroles ».  En Islam, le plaisir féminin n’est pas tabou et l’une des premières musulmanes évoquait avec le Prophète l’éjaculation féminine !

Les Mille et Une Nuits*, ouvrage rédigé au X° siècle en plein âge d’or de l’Islam, sont empreintes d’érotisme. Schéhérazade mène le jeu et, au fil des nuits, sa sensualité, son charme apaisent la brutalité du sultan sanguinaire. 

L’islam a alors totalement intégré l’érotisme à la vie. Au fil des siècles, de nombreux livres ont loué l’acte sexuel. « La Médecine du Prophète » de Jallal Eddine As-Suyuti, best-seller dans le monde musulman depuis le 15ème siècle est un de ceux-là. Ses conseils médicaux ont été repris par Michel Canesi et Jamil Rahmani dans « Bien Portant avec la Médecine du Prophète », publié en 2019 aux éditions J.C. Lattès.

Pour une vie épanouie, peut-on y lire, la sexualité est capitale et, alors que l’Europe de début de la Renaissance, confinait l’acte de chair à la pérennité de l’espèce, le monde islamique reconnaissait le plaisir féminin et concevait que l’acte sexuel puisse être pratiqué pour le seul plaisir. Les préliminaires sont fortement conseillés pour conduire sa partenaire au plaisir. La contraception est admise soulignant avec force l’importance du plaisir qui doit être désolidarisé de l’acte de procréation.

Le Prophète Mohamed ne déclarait-il pas : « Ce que j’ ai aimé dans votre monde, ce sont les femmes et les parfums…»

Que reste-t-il de ces normes dans le monde islamique aujourd'hui ? (réponse de Ghaleb Bencheikh)

On constate aujourd'hui une inversion tragique de compréhension, de rapport à la vie, y compris lorsque l'on considère les propos du prophète. C'était un homme aimant la vie, avec une inclination pour la beauté, l'esthétique mais il y a une annihilation de tout cela aujourd'hui, avec une pudibonderie affectée, une obsession névrotique quant au corps féminin et aux rapports charnels,  on est aux antipodes de ce qui s'est passé dans l'histoire.

Au tournant du 20e, il y a eu une régression civilisationnelle, une crise de la pensée qui s'est traduite par une rétraction au niveau de la civilisation qui durant des siècles, conjuguait hédonisme et humanisme. C'était l'art de vivre, du raffinement , de la jouissance, des plaisirs dans les cours califales et même chez les sujets normaux. Ce qui n'est plus le cas maintenant : il y a une phobie de la femme, de telle crainte et de telles frustrations qui induisent une approche névrotique de la sexualité, des rapports charnels. Ceci explique le fait de vouloir emmitoufler les femmes, les soustraire aux regards.

Il n'y avait aucune pudibonderie, y compris dans les textes religieux eux-mêmes et cela prévalait ainsi durant des siècles jusqu'à la régression tragique, au 20e siècle...

* A lire à ce sujet Les milles et une nuits, contes érotiques illustrés par Van Dongen, d'Ysabel Saïah Baudis, Hazan éditions.