©J. Goheen
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Perdre sa peau pour mieux la sauver...

Et si nos cicatrices disgracieuses ne devenaient plus qu'un mauvais souvenir ? C'est ce que laisse espérer une étude parue dans la revue Nature, le 26 septembre 2012. Les chercheurs ont découvert l'existence d'une souris africaine capable de perdre une grande partie de sa peau puis de la régénérer sans aucune cicatrice.

Dr Charlotte Tourmente
Rédigé le

Beaucoup de lézards échappent à leur prédateur grâce une stratégie surprenante : ils abandonnent leur queue et, en détournant l'attention de leur attaquant, prennent la poudre d'escampette. Une amputation qui est loin d'être définitive car les lézards ont la capacité de régénération, c'est-à-dire la faculté de reconstituer leur appendice.

La souris épineuse, un petit rongeur du désert, était déjà connue pour user de ce même stratagème.

C'est en essayant d'étudier ce phénomène que des biologistes de l'université de Floride, menés par Ashley Seifert, ont découvert que la souris épineuse pouvait perdre bien plus qu'une queue pour sauver sa peau. En saisissant l'animal, les souris ont laissé 60 % de leur peau recouvrant le dos.

Encore mieux : les souris ainsi écorchées ont régénéré en un temps record l'ensemble de leur peau, oreilles et poils compris. Un phénomène jamais constaté chez un mammifère !

Ainsi, les chercheurs ont mis en évidence, qu'à l'instar des reptiles, les souris épineuses peuvent former un blastème, c'est-à-dire un amas de cellules indifférenciées capable de former de nouveaux tissus, sans aucune cicatrice.

En examinant de près la peau du mammifère, les chercheurs ont constaté qu'elle était bien plus fragile que sa cousine, la souris grise domestique. En fait, elle nécessite 77 fois moins d'énergie pour se déchirer.

Pour Ashley Seifert, il est peu probable que les souris épineuses aient développé un nouveau moyen de régénération des tissus. Il semblerait plutôt que les gènes dirigeant la régénération chez les lézards se soient éteints chez les mammifères, mais ont été "rallumés" chez les souris épineuses.

Selon lui, il serait possible de régénérer les tissus endommagés des humains, notamment des grands brûlés : "en comparant le code génétique des vertébrés, nous espérons trouver les gènes communs que nous pourrions activer chez l'homme. Il nous reste à découvrir comment rallumer les gènes provoquant la régénération chez l'ensemble des mammifères".

Source: "African spiny mice can regrow lost skin", Zoe Cormier, Nature, 26 septembre 2012, doi:10.1038/nature.2012.11488.