La qualité de la salive directement liée à la prise de poids

Avoir une salive pauvre en amylase, une enzyme qui sert à digérer des sucres complexes que l'on trouve dans les pâtes et le riz, augmenterait très significativement le risque de devenir obèse, selon les travaux d'une équipe internationale coordonnée par un chercheur français, et publiés le 30 mars 2014 dans la revue Nature Genetics.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Notre salive contient de nombreuses enzymes, permettant d'initier dès la mastication le processus de dégradation chimique des aliments. La quantité de chacune de ces enzymes dans notre salive dépend directement du nombre de copies, dans notre ADN, des gènes responsables de leur fabrication.

Ainsi, certains individus peuvent avoir jusqu'à vingt copies du gène de l'amylase salivaire (le gène AMY1), tandis que d'autres se contentent d'un seul exemplaire…

Or, selon les travaux du professeur Philippe Froguel (CNRS/Institut Pasteur de Lille/Imperial College London), les personnes qui ont le plus petit nombre de copies du gène de l'amylase salivaire (et qui ont, de fait, peu de cette enzyme dans leur sang) ont un risque multiplié par dix de devenir obèses. Chaque copie de ce gène en moins augmenterait de 13% à 26% le risque d'obésité.

Ces travaux sont les premiers à démontrer l'existence d'un lien génétique entre la digestion des glucides complexes et l'obésité.

Plus de 70 gènes associés à l'obésité

Un milliard de personnes sont actuellement en surpoids. La sédentarité, l'alimentation déséquilibrée font partie des éléments favorisant l'obésité, mais il existe également des facteurs génétiques de prédisposition. Environ 5% des personnes très obèses sont porteuses d'une mutation d'un des gènes contrôlant l'appétit, suffisante pour les rendre obèses. Des études récentes ont par ailleurs identifié 70 gènes de l'obésité commune, mais leur impact est faible et n'explique qu'une petite partie du risque génétique (4%). A elle seule, la région du génome contenant le gène AMY1 expliquerait près de 10% du risque génétique.

Deux hypothèses sont avancées pour expliquer ce rôle de la déficience en amylase salivaire dans le développement de l'obésité.

La mastication des aliments et leur digestion partielle dans la bouche pourraient ainsi avoir un effet hormonal, entraînant une satiété moindre chez ceux qui présentent un déficit en amylase. Selon l'autre hypothèse, la mauvaise digestion des amidons(1) pourrait modifier la flore intestinale et ainsi contribuer indirectement à l'obésité, voire au diabète, comme le suggèrent de premières études réalisées chez des personnes dont la salive est riche ou pauvre en amylase. Les personnes qui ont peu d'amylase salivaire ont ainsi une glycémie anormalement élevée quand elles mangent de l'amidon.

Ces résultats ouvrent des perspectives de prévention et de traitement de l'obésité prenant en compte la digestion des aliments et leur devenir intestinal, selon les chercheurs.

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(1) L'amidon est notamment contenu dans les céréales (et leurs sous-produits, comme le pain), les pâtes, le riz, les pommes de terre et les légumes secs.

Source : Low copy number of the salivary amylase gene predisposes to obesity. P. Froguel et coll. Nature Genetics, 30 mars 2014 doi:10.1038/ng.2939

 

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