J'arrête de fumer
Ch@t du 25 janvier 2013 de 15h à 16h : le Dr Marion Adler, tabacologue et le Pr. Bertrand Dautzenberg, pneumologue, ont répondu à vos questions.
Par La rédaction d'Allo Docteurs
Rédigé le
Il n’est pas facile d’arrêter de fumer. Il faut prendre le temps de réfléchir aux raisons qui donnent envie d’arrêter de fumer, il s’agit de renoncer à une habitude quotidienne solidement installée et changer de comportement… Cela prend du temps et se fait généralement en plusieurs étapes :
Un jour on commence à se poser des questions, on pèse le pour et le contre et puis on se décide. On se renseigne alors sur les différentes méthodes, on se prépare, on se fixe une date d'arrêt, la plus adaptée pour démarrer cette nouvelle aventure. Enfin, on passe à l’action. Ce n’est pas simple, il faut réorganiser sa vie et garder à l’esprit qu’arrêter de fumer n’est pas un sprint, mais une course de fond. Après quelques mois d’arrêt, les choses sont plus faciles, les nouvelles habitudes se consolident. Chaque heure sans fumer est une victoire sur soi-même, on se sentira vite de mieux en mieux.
Pour y arriver : les substituts nicotiniques, les thérapies cognitives et comportementales (TCC), l’acupuncture, les patchs, les gommes à mâcher, les cigarettes électroniques... Les chances d'arrêter définitivement de fumer augmentent également lorsque le fumeur bénéficie d’un bon réseau de soutien.
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Les réponses du Dr Anne Borgne, tabacologue (chat du 4/01/12)
Il n'existe pas de centres spécifiques en dehors d'établissements de cure thermale qui proposent des forfaits arrêt du tabac, non pris en charge par l'assurance maladie. Cependant, dans certains cas, il est possible d'intégrer un service d'addictologie qui prend en charge en hospitalisation complète des sevrages "tous produits", mais ces centres ne sont pas nombreux, et la difficulté d'arrêter "en ville" doit être réelle.
Bravo pour votre arrêt. Les difficultés que vous soulignez peuvent survenir quand l'arrêt du tabac est fait sans accompagnement. Aujourd'hui, il parait nécessaire que vous soyez entendue et qu'on vous aide à gérer ces difficultés. Votre médecin généraliste est le premier interlocuteur. Sinon, vous pouvez aller voir un tabacologue, même si votre consommation a cessé depuis longtemps.
Il est préférable d'aborder le sujet avec gentillesse et empathie, de manière positive et sans agressivité. Ne pas insister si cela provoque de la résistance, voire un refus d'en parler. Y revenir de temps en temps, se procurer des plaquettes d'information sur les aides à l'arrêt, pas que sur les risques. La motivation est personnelle et se construit avec le temps, mais entendre que son conjoint peut être son allié, son coach, est encourageant.
La situation de votre conjoint est une polyaddiction, qui nécessite probablement une prise en charge spécialisée par une structure d'addictologie. Parlez en à votre médecin traitant qui pourra vous adresser à un centre de soins ambulatoire en addictologie, ou en consultation hospitalière.
La meilleure utilisation des substituts nicotiniques est celle qui vous permet de ne pas être en manque, de vous sentir le plus "confortable" possible. La durée d'utilisation recommandée en utilisation sans soutien médical est de 6 mois. Au delà, peut-être faut-il prendre un avis chez un tabacologue, ou votre médecin traitant, qui pourra vous donner les indications pour poursuivre ou arrêter progressivement ce traitement. L'essentiel est d'arriver à ne pas refumer et pour cela, bravo.
La cigarette électronique, ou plutôt les cigarettes électroniques sont des dispositifs vendus plutôt sur internet, et ne sont pas des médicaments. Elles n’ont pas eu l'autorisation de mise sur le marché que possèdent les autres médicaments vendus en pharmacie, et nous ne disposons pour l'instant pas de résultats d'étude montrant leur efficacité et leur sécurité d'emploi. Il en existe de nombreuses qui contiennent des quantités de nicotine très différentes. Se pose également la question des conséquences de l'absorption de propylène glycol, qui est le gaz qui permet la propulsion du nuage de vapeur dans la bouche. Des études sont en cours dont nous attendons les résultats dans un délai que je ne connais pas. Donc pour l'instant, prudence.
Nous n'avons pas eu le temps de parler de la varénicline qui est un médicament efficace pour soulager les signes de manque, et qui est efficace. Son utilisation se fait sur prescription médicale et avec un accompagnement, notamment pour surveiller l'absence de survenue de signes de dépression. En effet certaines études semblent montrer chez certains patients la survenue de signes dépressif, mais sans qu'un lien évident avec le médicament ne soit établi. Mais vous avez raison il peut se révéler très efficace.
La Varénicline est toujours autorisée. Il ne bénéficie plus par contre du forfait de prise en charge de 50 euros annuels, comme les substituts nicotiniques. Elle doit être prescrite par un médecin
En l'absence d'études chez des femmes enceintes, la varénicline ne doit pas être utilisée chez la femme enceinte.Nous n'avons pas de preuve de sa toxicité, mais pas non plus de preuve de son innocuité.
Question intéressante, qui montre la nécessité de mettre en place une étude sur l'efficacité de ce médicament dans l'arrêt du tabac. Peut-être une thérapeutique à venir ?
Un traitement antidépresseur sera en effet peut être nécessaire, mais votre histoire indique que vous devriez vous faire accompagner par un médecin, généraliste ou spécialiste (tabaco ou addicto) pour cette démarche. Ce professionnel saura surveiller avec vous l'apparition de signes de dépression et vous prescrire un traitement si besoin, et saura vous accompagner et vous soutenir.
Je suis complètement d’accord avec vous, ce médicament, ainsi que les substituts nicotiniques devraient être remboursés. Des associations de prévention du tabagisme travaillent sur le sujet et tentent d'obtenir cette décision auprès de nos tutelles, ministère de la santé et assurance maladie.
En effet, l'association cigarette café est très fréquente. Il s'agit d'une part d'un réflexe conditionné, et comme les chiens de "Pavlov" salivaient au bruit d'une sonnette qu'on avait associé à un morceau de viande, le fumeur déclenche une envie en l'associant à certaines situations. Le café en est une, la fin de repas une autre ou le travail sur l’ordinateur. La nicotine de plus augmente le métabolisme de la caféine, c'est pour cela que les fumeurs peuvent boire beaucoup de café sans avoir d'insomnie ou de palpitation. Mais gare à l'arrêt, la cafeinémie augmente, provoquent nervosité et insomnie (mis sur le compte de l'arrêt du tabac), et le "moment café" appelle une cigarette. De plus, comme vous le signalez, les deux substances agissent sur les mêmes circuits cérébraux, ce qui peut être une troisième explication.
En effet BRAVO.
Les réponses du Dr Juliette Leveque, addictologue (chat du 4/01/12)
Il faut arrêter le plus tôt plus tôt possible, du fait des risques pour la santé. S'aider d'un professionnel de santé, pharmacie ou médecin généraliste permet de trouver une stratégie adapté à chaque patient (soutien, traitement d'aide à l'arrêt du tabac, thérapie comportementale).
Oui le seul effet indésirable des patchs est l'allergie locale à la colle. Changer parfois de marque de patchs permet de diminuer cet effet secondaire. Bravo pour votre arrêt et votre grande motivation.
Oui bien sûr, c'est un élément motivationnel qui me semble essentiel. La dépendance au tabac est une maladie chronique. Cela permettrait aux dépendants qui ont du mal à arrêter est ne plus être perçu comme des personnes qui sont "sans volonté", et de prendre confiance dans ce parcours parfois difficile.
La Varénicline a des effets secondaires comme tous les médicaments : nausées (prendre impérativement le comprimé au milieu d'un repas ou avec un grand verre d'eau), des rêves plus fréquents mais pas des cauchemars, céphalées parfois. Il s'agit d'un médicament de prescription et le suivi est indispensable.
Oui la nicotine passe faiblement dans le lait quand on allaite. Il faut bien sûr arrêter de fumer si on allaite. L'élimination de la nicotine est rapide (deux heures). Si vous ne parvenez par à arrêter ou suivez un traitement de sevrage il est préférable de fumer ou de prendre des substituts nicotiniques (pastilles ou gommes) après les tétées.
Non, bien sûr il ne s'agit pas de la varénicline. Il s'agit plutôt d'un changement de comportement : on doit ré apprendre à gérer ses émotions sans cigarette.
Peut-être pourriez vous vous faire aider par une sage femme formée en tabacologie, ou dans une consultation spécialisée pour faire le point. Vous êtes très motivée (10 cigarettes à 2) et il semble que les cigarettes qui vous restent sont liées au comportement et non au manque de nicotine, parfois changer ses habitudes après le repas par exemple pourrait vous aider.
On met une cartouche de nicotine dans l'inhaleur. On tire dessus, pas comme sur une cigarette, mais comme sur une paille en prenant plusieurs bouffées de suite. Il faut changer la cartouche quand le petit goût piquant à disparu, ou si on ne sent pas régulièrement dans la journée. S'il n'est pas utilisé plus de 8 heures, il faut aussi mettre une nouvelle cartouche. Les prix sont libres en pharmacie.
Il s'agit d'un traitement recommandé dans l'aide à l'arrêt du tabac qui a prouvé son efficacité. Il s'agit d'un médicament de prescription qui doit être surveillé par un professionnel de santé.
La Varénicline n'est pas dangereuse pour la santé. Beaucoup d'études cliniques ont été menées, et n'ont pas retrouvé d'effet indésirable qui n'autoriserait pas sa mise sur le marché.
Des substituts nicotiniques associés à des thérapies cognitives et comportementales.
Non.
Les deux stratégies ont chacune des avantages. La réduction par exemple peut permettre de renforcer sa motivation et sa confiance en soi vers l'arrêt. Bien sûr j'entends réduction à l'aide d'un traitement de substitution nicotinique (gommes, comprimés, patch).
Vous avez le bon choix en arrêtant de fumer. Peut être pourriez-vous prendre rendez vous dans une consultation spécialisée de tabacologie dans votre région pour vous faire aider. Pour le surpoids, privilégier les aliments non caloriques, et faire un peu d'activité physique
Les réponses de Nicolas Bonnet, pharmacien de santé publique (chat du 4/01/12)
Allen Carr dans son ouvrage propose différentes stratégies motivationnelles et comportementales souvent nécessaires à l'arrêt du tabac. Néanmoins il est à regretter qu'il n'incite pas à l'utilisation des thérapies recommandées et validées que sont par exemple les substituts nicotiniques.
Le Snus est une forme de tabac à chiquer. Il ne peut pas être considéré comme un substitut (au même titre que les substituts nicotiniques). C'est néanmoins une méthode de réduction des dommages liés au tabagisme en réduisant le risque de cancer broncho pulmonaire même si le risque de survenue d'un cancer buccal est augmenté.
La dépendance à une drogue, tabac inclus, est un comportement acquis avec possibilité de "craving" (envie compulsive) et de reprise de consommation plusieurs mois, voire plusieurs années après l'arrêt. Pour rappel la dépendance est une interaction entre un produit, un environnement et un individu. Nous ne sommes donc pas égaux face aux drogues.
La dépendance, et l'addiction au tabac, sont des comportements qui sont à la croisée d'un produit, un individu et d'un environnement. En ce sens il est nécessaire de prendre en charge ces 3 aspects pour traiter correctement une addiction. Néanmoins, les substituts nicotiniques et la varénicline ont prouvé leur efficacité dans de nombreux essais cliniques validés à un niveau international.
Les substituts nicotiniques sont aujourd'hui de plus en plus utilisés dans une stratégie de réduction des dommages en association avec un maintien de quelques cigarettes dans la journée. Cette expérimentation du sevrage partiel et de sa capacité à réduire sa consommation grâce à une aide pharmacologique est une étape très importante dans la prise en charge de son tabagisme.
On mesure l'intoxication du sang au monoxyde de carbone grâce à un analyseur de CO. Le CO est à l'origine d'une hypoxie et est un facteur de risque d'accidents cardiovasculaires.
Les effets indésirables listés sont ceux d'un surdosage en nicotine. Essayez de réduire la quantité totale de nicotine absorbée par jour en diminuant les dosages (patchs, gommes, comprimés, cigarettes, ...) ou de changer de forme galénique (comprimés, gommes, ...).
La nicotine est un produit anorexigène, en ce sens qu'elle réduit l'appétit. De plus 20 cigarettes par jour augmente la production d'énergie par le corps pour près de 300 kCal. Aussi l'arrêt du tabac nécessite un réapprentissage alimentaire et nutritionnel qui peut être accompagné par votre diététicien.
L'inhaleur de nicotine est une dispositif qui mime de façon très proche l'action de la nicotine de la cigarette sur le cerveau et peut réduire l'effet indésirable cité qui a également des composantes psychologiques et environnementales fortes.
La consommation de cigarettes avec un patch est possible. En cas de surdosage en nicotine (trop de cigarettes fumées avec un patch) vous ressentirez des nausées, étourdissements, palpitations. C'est avant tout un apprentissage personnel.
Le tabac est dangereux sous toutes ses formes et les cigarettes encore plus. Les parfums rajoutés ne sont que des techniques marketing utilisées pour adoucir la fumée de cigarette et conquérir des publics féminin et jeune.
Oui les patchs de nicotine sont compatibles avec la grossesse et sont même indiqués chez la femme enceinte tabacodépendante.
De nombreuses rumeurs "hoax" courent sur la composition des cigarettes. La combustion de la cigarette est très nocive en elle-même et dégage plus de 4000 composés. La nicotine fumée est le produit le plus addictogène connu. Il n'est donc pas nécessaire aux cigarettiers de rajouter d'autres produits autres que les agents de saveur pour adoucir l'âcreté de la fumée.
L'utilisation de substituts nicotiniques accompagnée par un professionnel de santé semblent indiqués et vous permettrez de réduire considérablement vos risques.
La naltrexone (antagoniste opiacé) a une indication dans le sevrage alcool avec une abstinence à 6 mois équivalente aux autres types de prise en charge. A ma connaissance, il n'existe par contre pas d'étude avec la nicotine.
L'envie de fumer peut persister de nombreuses années. En cas de "craving", privilégier les formes orales de nicotine type comprimé ou gommes. L'homéopathie peut être un traitement accompagnant votre arrêt du tabagisme - vous référez à un spécialiste dans le domaine - mais ne fait pas partie des traitements recommandés.
Bravo pour votre arrêt. Il existe des cigarettes électroniques avec autant de composition différentes que de modèles. Les études sont en cours et les résultats en attente. Pour la gestuelle, je vous recommande vivement l'inhaleur de nicotine.