Antibiorésistance : les phages, un complément aux antibiotiques ?

Pour lutter contre la résistance aux antibiotiques, les Hospices civils de Lyon utilisent des virus, les phages, qui infectent et détruisent spécifiquement les bactéries. Mais comment fonctionnent-ils ?

Anaïs Plateau
Rédigé le
Crédits : Le Magazine de la Santé

Il y a encore quelques mois, Marc n’aurait jamais envisagé pouvoir à nouveau se balader dans les montagnes du Jura. 

"C’est ma passion d’être dehors, je suis accompagnateur en montagne, guide de pêche donc j’ai souvent été dehors. Retrouver la nature, retourner dans les bois, j’aurais été malheureux de ne pas pouvoir refaire tout ça", explique Marc Vanleynseele, 49 ans. 

Un staphylocoque résistant à tous les antibiotiques

En 2019, Marc se fracture le haut du tibia et un véritable parcours du combattant commence alors. Il enchaîne les infections à staphylocoques. La plaie ne se referme pas, son os est abîmé.

Le chirurgien lui pose alors une prothèse de genou sur laquelle un nouveau staphylocoque doré s’installe. Parmi tous les antibiotiques testés, aucun ne parvient à éradiquer cette bactérie résistante.

"Il n'y avait plus grand-chose d’autre à faire pour sauver ma jambe. Donc c’est là qu’on m’a proposé de m’injecter des phages", commente Marc. 

Les phages à l'assaut des bactéries

La solution pour Marc : trois injections de phages combinées à des antibiotiques. Un phage est un virus programmé pour n’infecter que les bactéries. Il y injecte son ADN pour s’y multiplier, détruire son hôte et augmenter l’effet des antibiotiques. 

Marc a bénéficié de ce traitement dans le cadre d’un essai clinique. En France, seuls quelques phages sont fournis par un industriel. Aux hospices civils de Lyon, l’objectif est d’en produire en milieu hospitalier. 

"Dans l’environnement, dès qu’il y a une bactérie, il y aura aussi un phage et si on veut chercher des phages, il faut d’abord trouver la bactérie", explique Mathieu Medina, chef de projet Phag-One.  

Chercher les phages dans les eaux usées

C’est dans des échantillons d’eaux usées que les scientifiques les trouvent. L’eau est débarrassée de ses débris et des bactéries, les phages sont purifiés puis mis en contact avec des souches de bactéries spécifiques provenant de patients. 

Les chercheurs ont présenté aux phages trois types de bactéries particulières : Escherichia coli, le staphylocoque blanc et le staphylocoque doré. L'objectif est de repérer les phages spécifiques aux bactéries à combattre.

"Voici notre premier phage candidat anti staphylocoque doré : nous l’avons produit et ensuite nous allons évaluer son activité et son identité génétique", commente Mathieu Medina. 

"Lorsqu’un phage sera caractérisé, produit, purifié. Il y aura une campagne de production et ce phage pourra être conservé et purifié pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. On pourra utiliser quelques millilitres pour traiter un certain nombre de patients en combinaison avec d’autres phages et en combinaison avec d’autres antibiotiques, explique le Pr Tristan Ferry, infectiologue, coordinateur du centre de référence des infections ostéo-articulaires complexes, Hospices Civils de Lyon.

Les scientifiques espèrent créer à Lyon un Etablissement Français du Phage dans quelques années pour fournir les hôpitaux sur le territoire national. 

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