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Compléments alimentaires : "être plus prudent qu’avec les médicaments"

La revue Prescrire alerte sur les risques liés aux compléments alimentaires à base de curcuma et de vinpocétine. Son directeur éditorial, Bruno Toussaint, déplore le manque de protection du consommateur sur ces produits.

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Compléments alimentaires :
Crédits Photo : CC0 Domaine Public

"Ce n’est pas parce que c’est « naturel » que c’est bon pour la santé." C’est le rappel que fait Bruno Toussaint, directeur éditorial de la revue médicale indépendante Prescrire, à l’occasion d’une nouvelle publication concernant les risques liés à deux compléments alimentaires : ceux à base de vinpocétine, ou "petite pervenche" d’une part, et ceux à base de curcuma d’autre part.

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"Aucun bénéfice démontré"

Dans un article publié le 1er février 2020, Prescrire souligne les risques potentiels de la vinpocétine pour les femmes enceintes et la santé de l’enfant à naître. "Vendue avec le statut de complément alimentaire", cette substance promet d’ "améliorer les performations cognitives", d’"accroître l’énergie" et de "réduire rapidement la graisse corporelle" rappelle Prescrire.

Premier problème : "aucun de ces bénéfices n’a été démontré", souligne Bruno Toussaint. Et, plus grave : les études menées sur des animaux mettent en évidence un caractère tératogène de la vinpocétine. C'est-à-dire qu'elle favorise l’apparition de malformations fœtales, notamment des malformations cardiaques et osseuses, et perturbe la gestation, occasionnant des pertes d’embryon et des petits poids de naissance. Un signe à prendre très au sérieux selon Bruno Toussaint car "si cela se produit chez les animaux, il est probable que cela arrive aussi dans l’espèce humaine". D’autant que "les concentrations sanguines de vinpocétine chez les femelles gestantes étaient du même ordre que celles observées dans l’espèce humaine avec une dose de 10 mg de vinpocétine" écrit Prescrire. Un "risque disproportionné", donc, au regard de l’efficacité plus que douteuse de ce complément, conclut le directeur éditorial.

Un risque maximum pendant le premier trimestre

Pourtant, ces compléments alimentaires sont "largement disponibles" et "susceptibles d’être consommés par des femmes qui pourraient devenir enceintes ou qui le sont déjà" déplore Prescrire. Mais s’il est important de rappeler que "la prise d’un complément alimentaire n’est jamais garantie sans danger en cas de grossesse", qu’en est-il de manière plus générale chez les femmes en âge de procréer ? Car "le risque de malformations fœtales est au plus haut pendant le premier trimestre de la grossesse, lorsque les femmes ne savent souvent pas encore qu’elles sont enceintes".

Curcuma et problèmes de foie

Autres compléments alimentaires dans le viseur de la revue Prescrire : ceux à base de curcuma. Pour ces produits, l’alerte est née de l’observation de plusieurs cas de problèmes au foie enregistrés en Europe : 27 cas d’atteintes hépatiques en Italie entre novembre 2018 et juin 2019, 11 atteintes hépatiques en Suède et cinq en Norvège, dont certaines mortelles.

Ici, ce n’est pas le curcuma - une épice alimentaire - en lui-même qui est à risque, mais les produits ajoutés à ces compléments. Dans certains cas, du nimésulide, un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) connu pour ses atteintes hépatiques et retiré du marché a été retrouvé dans les compléments.

Dans d’autres cas, les poudres de l’espèce alimentaire de curcuma, Curcuma longa, ont été contaminées par de la poudre d'autres espèces comme le Curcuma zedoaria "de toxicité reconnue" note Prescrire.

"Le consommateur n’a aucune garantie"

"Ces situations confirment que les compléments alimentaires sont beaucoup moins surveillés et beaucoup moins encadrés que les médicaments" observe Bruno Toussaint. "Alors qu’il faut déjà être prudent avec les médicaments, il faut donc être très prudent avec les compléments alimentaires, car le consommateur n’a aucune garantie, ni sur leur véritable composition ni sur leurs dangers" poursuit le directeur éditorial de la revue.

"En pratique, face à des troubles inexpliqués, rechercher une éventuelle consommation de ce type de produit, envisager un lien avec les troubles et déclarer ces éléments aux autorités (signalement-sante.gouv.fr) sont des actions utiles" conseille enfin Prescrire.

Et de manière générale, "il faut faire attention à la dose et à la durée des traitements" rappelle Bruno Toussaint. "Mais quand il y a fraude ou erreur dans la composition, le risque existe quelle que soit la dose" déplore-t-il. La solution la plus sûre, selon lui, reste de "ne pas en prendre du tout".

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