Nucléaire : des militaires du plateau d'Albion irradiés ?

"Des dizaines" de militaires ayant été en poste au plateau d'Albion entre la fin des années 1960 et 1996 "souffrent de formes rares de cancer", selon un article du journal Le Parisien du 21 avril 2014. L'origine professionnelle de leurs maladies n'est, pour l'heure, pas formellement démontrée. Toutefois, des affaires antérieures de cancers liées à un déficit de radioprotection de personnels travaillant pour l'Armée - et les réticences de cette dernière à transmettre aux malades leurs relevés individuels d'exposition aux radiations - nourrit une suspicion légitime.

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Nucléaire : des militaires du plateau d'Albion irradiés ?
Nucléaire : des militaires irradiés ? (Photo : cc-by-sa Sys32bis)

Situé à la limite de la Drôme, du Vaucluse et des Alpes-de-Haute-Provence, le plateau d'Albion a abrité, durant vingt-cinq ans, dix-hui silos abritant les missiles nucléaires sol-sol qui constituaient alors la composante terrestre de la force de dissuasion française. Environ 500 à 600 militaires étaient affectés en permanence sur le site, aujourd'hui démantelé.

Le Parisien a publié plusieurs témoignages d'ex-militaires du plateau d'Albion souffrant aujourd'hui de cancers. Les témoins soulignent en particulier le manque de protection dont ils disposaient lorsqu'ils étaient a proximité des installations nucléaires. "Les scientifiques étaient alors intégralement protégés. Moi, je n'avais rien", affirme un ex-commando de l'armée de l'air.

Jean-Luc Sans, président de l'Association des vétérans des essais nucléaires français (AVEN), regrette pour sa part le manque d'informations sur la situation des vétérans du nucléaire militaire. "Cela fait partie des mensonges, des chapes de plomb de l'Etat, des difficultés à obtenir des informations", a-t-il déclaré à l'AFP, soulignant que "les gens qui étaient sur place parlent peu".

Le Parisien note "qu'en l'absence d'étude sérieuse", il est difficile de déterminer le nombre exact de personnes touchées par ces cancers. L'accès aux documents relatifs à l'exposition de chaque ex-militaire au risque nucléaire durant sa carrière est extrêmement difficile. Aussi, le quotidien concède que "rien ne permet d'affirmer que les missiles […] sont à l'origine [de ces] maladies".

Mais les ex-militaires du plateau d'Albion ne sont pas les seuls à demander que le lien entre l'apparition de leurs cancers et leur profession soit reconnu par l'Etat. D'anciens ouvriers (civils) de la base navale de l'île Longue, dans la rade de Brest, qui ont participé à l'assemblage des têtes de missiles nucléaires durant 24 ans, demande depuis plusieurs années réparation à la France.

Pour Annie Thébaud-Mony, responsable de l'unité Inserm "Groupement d'intérêt scientifique sur les cancers d'origine professionnelle" interrogée le 22 avril 2014 sur Europe 1, le lien entre le travail sur des sites nucléaires et le développement de cancers est indubitable.

A propos des ouvriers de l'Île Longue, la chercheuse avait déjà rappelé aux journalistes d'Allodocteurs.fr que "[lorsque l'on est exposé] pendant dix ou quinze ans [à des niveaux de radiation relativement faibles], on démultiplie la possibilité que les rayonnements entraînent des problèmes de cancer, des problèmes cardiovasculaires, une atteinte du système immunitaire et des effets génétiques, pour la personne exposée mais aussi pour les générations à venir".

Interrogé par l'AFP, le ministère de la Défense recueillait de son côté mardi "des éléments de fond" sur ce dossier avant toute réaction.

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