Invasion de blattes dans la ville de Naples : un risque sanitaire ?

Naples, régulièrement en proie à des problèmes de gestion des déchets doit faire face à un ennui supplémentaire : les cafards prolifèrent dans la ville. Les autorités locales tentent de maîtriser l'infestation, mais la situation génère des crispations, des tensions politiques, et des inquiétudes quant aux risques pour la santé des habitants émergent.

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Invasion de blattes dans la ville de Naples : un risque sanitaire ?
Invasion de blattes dans la ville de Naples : un risque sanitaire ?

La municipalité et l'Agence sanitaire de Naples (ASL), chargée notamment des égouts de la ville, ont dû se résoudre, mardi 10 juillet 2012, à intensifier les opérations de désinfection pour lutter contre des blattes pouvant atteindre sept centimètres de long, sorties ces derniers jours des égouts. La prolifération de ces insectes n'a pas manqué de relancer la polémique sur l'hygiène à Naples, régulièrement critiquée pour sa gestion des ordures ménagères. Certains spécialistes de santé publique ont évoqué des risques pour les Napolitains. Le danger est-il réel ? Comment la lutte sanitaire contre ces résistants insectes s'organise-t-elle ?

La dolce vita des blattes

La porte-parole de la mairie a rejeté la responsabilité de la situation sur la précédente administration à qui elle a reproché de "ne pas avoir nettoyé les égouts". Le patron de l'ASL, Maurizio Scoppa, a quant à lui visé la société qui collecte les déchets. "Le problème d'organisation pour la gestion des égouts et des déchets est une des causes de ce phénomène", a-t-il estimé. "Les déchets restent toute la nuit dehors alors que les températures sont très élevées. Les hôtes des égouts sont attirés", a-t-il déclaré à l'AFP.

Si la présence prolongée des ordures ménagères est en très grande partie responsable de la situation, la canicule qui sévit actuellement en Italie du Sud, n'arrange rien. Les conditions de vie napolitaines actuelles sont particulièrement agréables pour les blattes. Stéphane Audru, gérant de la société "ASD Protect", spécialisée dans la désinsectisation et la désinfection le confirme : "La chaleur et la matière organique des résidus alimentaires contenus dans les ordures, pour peu qu'il y ait aussi un peu d'humidité et une certaine promiscuité entre les habitations, constituent des conditions idéales pour la prolifération des insectes."

Un risque sanitaire ?

Le quotidien La Reppublica a parlé d'"invasion de cafards gigantesques" et des experts de la santé publique se sont montrés extrêmement alarmistes en évoquant des risques de typhus et d'hépatite A... Des déclarations alarmistes auxquelles Maria Bonacci, porte-parole de la mairie de Naples, a répliqué : "Il n'y a aucun risque sanitaire. Les experts écartent tout danger pour la santé des habitants. Il n'y a pas de situation d'urgence".

Qu'en est-il réellement des risques pour la santé humaine ? Si les blattes ne vont pas provoquer de graves épidémies, elles ne sont pas qualifiées de "nuisibles" pour rien. Pour le Dr Fabien Squinazi, directeur du laboratoire d'hygiène de la ville de Paris, "dans les infestations très importantes, comme cela semble être le cas à Naples, elles peuvent être responsables de phénomènes allergiques, comme des rhinites et des gênes respiratoires, dues à un allergène qui leur est propre. Chez les personnes sensibilisées, elles déclenchent des réactions proches de celles que provoquent les acariens, d'autant plus si leur présence est associée à celle de moisissures, par exemple."

Enfin, ces sympathiques bestioles peuvent aussi être des vecteurs infectieux. "Les blattes circulent très vite et sur toutes les surfaces. Elles peuvent transporter des bactéries pathogènes sur leurs pattes et ainsi contaminer les plans de travail des cuisines et la nourriture", continue le spécialiste.

Aux grands maux…

En cas d'infestation massive, la priorité est de réduire le nombre d'individus. Mais la lutte doit être acharnée. Depuis avril 2012, à Naples, les agents de nettoyage travaillaient de nuit pour éviter tout contact entre les produits insecticides et les habitants, mais "des opérations seront aussi programmées le matin", a indiqué Maurizio Scoppa à l'AFP.

Stéphane Audru connaît bien la stratégie de désinsectisation à adopter. Il faut intervenir plusieurs fois et miser sur un assainissement à long terme. "Dans un premier temps, nous devons utiliser un puissant insecticide en "brouillard" qui va tuer environ 90 % des adultes. Le produit est toxique pour les blattes, mais aussi pour nous. Ces produits ne doivent pas être respirés."

Le principal obstacle à l'élimination des blattes est l'extrême résistance de leurs œufs. "Il est très difficile, voire quasiment impossible de détruire les œufs. En plus, avant de mourir, les femelles ont le réflexe de pondre, ce qui ne facilite pas la tâche". Il faut alors passer à une deuxième offensive : "Nous utilisation ensuite un gel toxique par ingestion, et donc sûr d'utilisation pour nous, qui va être mangé par les petites blattes à peine sorties de l'œuf et les tuer ".

Mais pour que le traitement soit efficace, il convient, avant toute chose, de faire place nette : "Si l'hygiène n'est pas parfaite et qu'il reste des résidus alimentaires en "compétition" avec le gel toxique, c'est perdu d'avance. Il sera juste possible, au mieux, de limiter l'évolution de la population de blattes. Tant que les ordures demeurent, l'éradication est impossible", déclare Stéphane Audru. Tout doit disparaître.

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