Fumer ou rester mince, faut-il (vraiment) choisir ?

Arrêter de fumer fait prendre du poids : l'idée est communément admise. Une étude récemment publiée fait effectivement état d'un gain de poids moyen de 4 à 5 kilos après un an de sevrage tabagique. Mais loin d'être une fatalité, cette prise de poids ne doit pas vous démotiver. Une prise en charge adaptée permet de la limiter, voire de l'éviter.

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Fumer ou rester mince, faut-il (vraiment) choisir ?

L'arrêt du tabac peut faire grossir, principalement pendant les trois premiers mois. C'est ce que démontre l'étude de chercheurs français et britanniques, qui ont analysé 62 travaux relatifs à ce sujet. L'analyse des données a été faite sur une année. La prise de poids atteint en moyenne 1,1 kg à un mois, 2,3 kg à deux mois, 2,9 kg à trois mois, 4,2 kg à six mois et enfin 4,7 kg au bout d'un an, précise l'étude parue dans le British Medical Journal (BMJ). Au bout d'un an, 16 % des abstinents avaient perdu du poids, tandis que 13 % avaient pris plus de 10 kg.

Une prise de poids variable et multifactorielle

Pourquoi a-t-on tendance à grossir lorsque l'on cesse de fumer ? La corrélation entre la quantité de nicotine inhalée et la prise de poids a été démontrée par de nombreuses études. "C'est en effet la quantité de nicotine inhalée qui est importante, plus que le nombre de cigarettes fumées, beaucoup moins parlant", précise le Dr Patrick Dupont, médecin tabacologue à l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif.

La nicotine agit en effet sur le poids de deux manières. Elle est tout d'abord anorexigène, c'est-à-dire qu'elle a tendance à affaiblir la sensation de faim. "Elle réduit la sécrétion d'insuline, ce qui induit une augmentation du taux de sucre dans le sang. A l'arrêt du tabac, ce taux de sucre remonte et la faim revient", explique le médecin.

"Mais individuellement, le risque de prise de poids à l'arrêt du tabac est beaucoup plus difficile à évaluer. Il y a en effet beaucoup d'autres facteurs prédictifs. Des facteurs à la fois physiques, psychologiques et comportementaux", poursuit-il.

Le poids de départ, et notre rapport à ce poids, seraient des éléments décisifs. "Les personnes déjà en surpoids avant d'arrêter de fumer ont un risque plus élevé que les autres". Mais même chez les personnes minces, voire très minces, les choses ne sont pas si simples. "Les personnes qui maintiennent un poids bas sans effort vont peu grossir à l'arrêt du tabac. En revanche, celles qui sont en restriction calorique permanente pour le maintenir sont beaucoup plus à risque. Il s'agit souvent de femmes."

D'autres facteurs entrent aussi en compte. "Parmi eux, bien sûr, la tendance au grignotage ou la surconsommation de produits sucrés", ajoute le Dr Dupont.

Et qui sont ces personnes qui maigrissent ? "Leur perte de poids s'inscrit dans une prise en charge globale. Une sorte de nouveau départ. Certains de mes patients voient l'arrêt du tabac comme un nouveau mode de vie, et prennent par la même occasion des résolutions diététiques et sportives".

La hantise de la prise de poids, un frein au sevrage tabagique

Dans cette lutte contre les kilos en trop, le tabacologue et la prise en charge physique et psychologique qu'il propose au patient, sont des alliés incontestables.

La prise de poids est souvent une crainte, qui empêche certaines personnes d'arrêter de fumer. "Les patients surestiment souvent la prise de poids. Ils s'imaginent qu'ils vont prendre, à coup sûr, beaucoup de poids. Pour certaines femmes, particulièrement, la perspective de prendre cinq kilos est inenvisageable. Alors qu'un soutien personnalisé et adapté, et quelques ajustements, limitent énormément ce risque".

Source : "Weight gain in smokers after quitting cigarettes: meta-analysis", BMJ, 10 juillet 2012

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