Bisphénol A : vers des produits moins toxiques

C'est l'un des perturbateurs endocriniens les plus connus et les plus controversés. Le bisphénol A (BPA) est suspecté d'induire des effets hormonaux chez l'homme. Des chercheurs de l'Inserm et du CNRS à Montpellier viennent de découvrir comment le bisphénol A se lie à certains récepteurs dans le corps. L'étude a été publiée le 11 septembre 2012 dans les PNAS. Ces résultats permettront à terme de découvrir de nouveaux bisphénols moins toxiques pour l'être humain.

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Bisphénol A : vers des produits moins toxiques
Bisphénol A : vers des produits moins toxiques

Le bisphénol A (BPA) est un composé chimique qui entre dans la composition de plastiques et de résines. Il est utilisé par exemple dans la fabrication de récipients alimentaires tels que les bouteilles et biberons. On le retrouve également dans les films de protection à l'intérieur des canettes ou encore sur les tickets de caisse où il est utilisé comme révélateur.

De récentes études ont montré que ce composé industriel induit des effets néfastes sur la reproduction, le développement et le métabolisme d'animaux de laboratoires. Le BPA est actuellement fortement suspecté d'avoir les mêmes conséquences sur l'homme. La fabrication et la commercialisation des biberons produits à base de bisphénol A sont interdits depuis janvier 2011 en Europe. Les études se poursuivent et certaines ont d'ailleurs déjà mis en évidence des taux significatifs de BPA dans le sang, les urines et le placenta humain.

Bien qu'il soit considéré comme un perturbateur endocrinien capable de dérégler certains récepteurs cellulaires en mimant l'action d'hormones naturelles, son mécanisme d'action moléculaire à l'origine de ces effets délétères, restait obscur. En associant des approches complémentaires de biologie cellulaire et structurale, deux équipes montpelliéraines (Unité 896 Inserm/UM1/CRLC "Institut de recherche en cancérologie de Montpellier" et Unité 1054 Inserm/CNRS/UM1 "Centre de biochimie structurale") ont montré comment le BPA et ses dérivés interagissent avec le récepteur des oestrogènes et modulent son activité.

Comme l'explique Patrick Balaguer, directeur de recherche à l'Inserm et co-auteur de l'étude avec William Bourguet, "les récepteurs des oestrogènes ont des espèces de cavités, de poches, dans lesquelles viennent se nicher les hormones pour jouer leur rôle. 

Les oestrogènes, par exemple, vont permettre le processus de féminisation au moment de la puberté. De façon anormale, le bisphénol A, les parabènes, certains phtalates, pesticides ou d'autres perturbateurs endocriniens vont se nicher dans ces poches et entraîner des perturbations hormonales".

Une fois trouvé le véritable mode de liaison, les chercheurs ont pu améliorer le test informatique.

"Jusqu'à présent, on imaginait que le BPA se liait comme les hormones aux récepteurs dans le corps. Ce n'est pas le cas, car dans ces cavités, différents modes de liaison sont possible".

Contrairement aux modèles théoriques, le résultat issu de cette analyse a permis de visualiser en 3D les structures réelles, très précises, du mode de liaison. Grâce à ce test, les chercheurs ont pu déterminer une dizaine de bisphénols, moins toxiques que le bisphénol A. Le bisphénol S étant le moins dangereux de tous. Ne reste plus qu'aux industriels à utiliser ces résultats pour fabriquer des produits sains.

Etude de référence : "Structural and mechanistic insights into bisphenols action provide guidelines for risk assessment and discovery of bisphenol A substitutes", PNAS, 11 septembre 2012 - Doi: 10.1073/pnas.1203574109

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