Après les implants PIP, les injections ?

Les injections contre les rides pourraient constituer le prochain scandale sanitaire. C’est ce que révélait le quotidien britannique The Times, mardi 3 janvier 2011, précisant que les produits de comblement des rides font l’objet d'études médicales insuffisantes avant d’être mis sur le marché.

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Après les implants PIP, les injections ?
Après les implants PIP, les injections ?

Plus de 160 produits de comblement des rides du type acide hyaluronique, ou collagène, sont utilisés au Royaume-Uni. Mais ces produits n'auraient pas prouvé leur entière innocuité. Les tests médicaux seraient insuffisants contrairement aux médicaments, classe à laquelle appartient le Botox®. Le botox, ou toxine botulique, dont on tirait le célèbre poison est aussi utilisé en médecine depuis plus de 20 ans. Cette toxine bloque l'action du neuromédiateur responsable de la contraction du muscle, ce qui diminue la ride due à cette contraction.

En France, la situation est quasiment identique. Comme les PIP, les 110 produits injectables présents sur le marché ont le statut de dispositif médical et non de médicament.

En décembre 2011, Jean-Claude Gishlain, directeur de l'évaluation des dispositifs médicaux de l'Afssaps, l'Agence du médicament, estimait le volume de ventes à 600 000 seringues par an.

En 2010, l'agence a publié en ligne un dossier spécial où elle distingue trois catégories de produits : les résorbables, les lentement-résorbables et les non résorbables. Déjà à l'époque l'accent était mis sur les possibles effets secondaires des produits non résorbables.

Le Pr. Morel, ancien chef de service de dermatologie de l'hôpital Saint-Louis, à Paris, va plus loin : "Excepté l'acide hyaluronique, qui est un produit biodégradable, tout le reste devrait être interdit et retiré du marché".

L'acide hyaluronique fait partie des produits résorbables. En revanche, les autres produits injectés sous la peau peuvent être considérés par notre organisme comme des corps étrangers. Dans ce cas, le système immunitaire réagit afin de rejeter le produit de comblement. Cette réponse peut survenir plus de 10 ans après l'intervention esthétique et produire des nodules ou des granulomes, des petites boules sur le visage qui ne disparaissent pas.

Parmi ces produits on retrouve le Sculptra®, l'Aquamide® ou Dermalive®, interdits en France. L'un des plus utilisés s'appelle le Radiesse®. Il est composé de microsphères d'hydroxyapatite de calcium en suspension dans un gel constitué d'eau. Et c'est ce calcium qui est considéré dans de très rares cas comme un corps étranger pouvant provoquer une réaction immunitaire.

"Ce qui est stupéfiant c'est que ces produits n'ont pas besoin de montrer leur efficacité ni leur tolérance, ni à long terme ni à moyen terme. Les dermatologues ont déjà alerté l'Afssaps de ces dangers et du manque de recul, mais pour le moment rien n'a changé", s'insurge le Pr. Morel.

En tant que dispositifs médicaux, ces produits de comblement font l'objet d'études restreintes sur l'homme. Ils sont testés sur 150 personnes contre plus d'un millier pour un médicament. De la même façon, les essais sont très courts, seulement quelques mois alors que les effets indésirables peuvent apparaître plusieurs années après l'injection.

Le Dr Sebban, le "médecin esthétique des stars", ne pique ces patients qu'avec des produits biodégradables. "Je n'utilise que de l'acide hyaluronique pour des raisons esthétiques, mais aussi parce que les effets secondaires des autres produits sont mal connus".

Aujourd'hui, il est impossible de recenser les problèmes que ces produits de comblements ont pu poser car les signalements sont extrêmement rares.

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