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Bisexualité, l'attirance envers les deux sexes

La bisexualité émerge dans les magazines et plus largement dans la société. Se réduirait-elle à une tendance, une zone floue entre homo et hétérosexualité ? Ou est-elle une réalité, que nous portons tous en nous, de façon plus ou moins prononcée ? Décryptage.

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Bisexualité, l'attirance envers les deux sexes
Bisexualité, l'attirance envers les deux sexes
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Une réalité souvent difficile à accepter

La société tend à mettre les gens dans deux cases, hétéro ou homo. Une situation excluant tous ceux qui ne se sentent ni l'un ni l'autre de façon exclusive… Où se situer lorsque l'on est attiré par une personne, et non par un genre, masculin ou féminin ?  Pourquoi se placer forcément dans une case, alors que l'on revendique la liberté de ne pas choisir ? Comment bien vivre cette particularité, alors que homos et hétéros ont du mal à l'accepter ? Ce sont ces questions que pose l'émergence de la bisexualité. Ces interrogations dérangent, dans une société très normée…

La dualité entre l'attirance par l'autre sexe et celle par le même sexe que soi est pourtant une réalité en hausse, si l'on en croit les enquêtes. Mais ce "flou sexuel" est refusé par ceux qui aiment les normes claires et préfèrent mettre les gens dans les cases. Ils succombent à des jugements faciles pour ne pas remettre en question la binarité de l'identité sexuelle.

La bisexualité se révèle parfois difficile à vivre, quand certains hétéros vous limitent à un homosexuel refoulé, et certains homos vous considèrent comme un traître. Alors la bisexualité ne serait-elle qu'un transit vers l'homosexualité ou une "errance" temporaire ?

Des échelles d'évaluation

Eh bien non ! Elle est d'ailleurs loin d'être nouvelle, même si son côté "tendance" est indéniable depuis quelques années ; c'est notamment grâce aux publicitaires, toujours en quête d'aura sulfureuse. Déjà dans les années 40, le scientifique Kinsey[1] déduisait de son étude sur les comportements sexuels qu'elle en était une simple variante. Il mit au point une échelle évaluant l'attirance sexuelle. De 0 (exclusivement hétérosexuel) à 6 (exclusivement homosexuel), s'étendait une palette où le désir évoluait librement d'un sexe à l'autre.

Plusieurs décennies plus tard, Klein offre une évaluation[2] plus complète en prenant en compte le comportement sexuel, les fantasmes, les préférences émotionnelles et sociales, le mode de vie et l'identification personnelle. Il les replace aussi bien dans le passé que le présent et l'idéal, puisque l'attirance sexuelle est susceptible d'évoluer au cours du temps. Baptisée Klein Sexual Orientation Grid, cette échelle peut aider les personnes en recherche de leur identité sexuelle. En cas de questionnement ou de difficultés d'acceptation, l'aide d'un professionnel connaissant bien la problématique de la bisexualité se révèle parfois indispensable.


[1] Sexual behavior in the human female, Alfred  Kinsey. 1953. éd. Indiana University Press

[2] Sexual Orientation: A Multi-Variable Dynamic Process. Fritz Klein. Journal of homosexuality. 1985 / publié en ligne le 18 Oct 2010. http://dx.doi.org/10.1300/J082v11n01_04

Tous bisexuels ?

La bisexualité est pour ceux qui la vivent sereinement une façon de concilier les facettes féminines et masculines présentes en chacun de nous dans des proportions variables. De là à penser que nous sommes tous des bisexuels en puissance, il n'y a qu'un pas que certains ont franchi allègrement… A l'instar de Freud sur le plan psychique : nous présentons tous des dispositions masculines et féminines, impliquant une attirance potentielle pour une personne du même sexe. Or, la construction de l'identité et de l'orientation sexuelles se met en place tout au long de la vie. La sexualité se modèle en fonction de la famille et des liens sociaux, des apprentissages sensuels et émotionnels, des expériences sexuelles.

Comme le disait Kinsey, certains seront exclusivement hétérosexuels, d'autres exclusivement homos ; le reste composera avec une attirance majoritaire pour un sexe et une autre minoritaire pour l'autre sexe. Suivant les rencontres et les circonstances, l'orientation sexuelle se dessine et les préférences sexuelles s'imposent.

Même si le désir majoritairement hétérosexuel reste le plus fréquent, il n'empêche pas les fantasmes homosexuels et parfois les rapprochements homosexuels. C'est notamment le cas à l'adolescence, où ils sont plus souvent constatés sans pour autant impliquer une homosexualité ou une bisexualité. A l'âge adulte, le fait d'avoir des fantasmes homosexuels sans passer à l'acte ne signifie pas pour autant un refoulement de l'homo ou de la bisexualité. Tout simplement parce que l'identité sexuelle est d'une complexité incroyable, l'imaginaire érotique également… C'est ce qui fait leur richesse.

La bisexualité, en hausse chez les femmes ?

L'enquête Ifop/référence sexe, a sondé en ligne un échantillon représentatif de 20.003 Français, dont 1.055 femmes de plus de 18 ans. La "tendance bi" prend de l'ampleur puisque 18% des femmes sondées ont été attirées sexuellement par une autre femme, contre 6% en 2006. Un phénomène qui est majoré chez les moins de 25 ans, puisqu'une sur quatre a déjà éprouvé du désir pour une autre femme (en 2006, elles n'étaient que 7%). Pour comparaison, 1 homme de moins de 25 ans sur 10 reconnaît avoir été attiré par un autre homme. 

45% des jeunes femmes avaient déjà embrassé sur la bouche quelqu'un du même sexe. Les plus de 60 ans ressentent moins d'attirance pour une femme, puisque cela ne concerne que 9%.  Le passage à l'acte sexuel est plus rare, mais également en progression. Une femme sur 10 rapportait avoir déjà fait l'amour avec une femme, alors qu'elles n'étaient que 2% en 1970 et 4% en 2006. Il concerne davantage les jeunes filles (12%) que les femmes de plus de 65 ans (7%).

Le désir et même le passage à l'acte n'impliquent pas pour autant l'étiquette "homo" ou "bi". Seules 2,9% des femmes estiment être bisexuelles et 1,5% lesbiennes. Signalons que le phénomène est généralisé dans les pays occidentaux et que la France se situe dans la moyenne.

Ces tendances révèleraient davantage une plus grande acceptation et banalisation du rapport sexuel avec une personne du même sexe, qu'une banalisation de l'identité de l'homosexualité ou de la bisexualité, d'après François Krauss (IFOP). Elles restent toutefois très liées au genre, puisqu'elles concernent davantage les femmes que les hommes : la bisexualité est beaucoup plus facilement acceptée chez les femmes (le genre féminin est traditionnellement associé au désir, et leur bisexualité est mieux acceptée, en partie parce qu'elle correspond à des fantasmes masculins hétérosexuels).

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