Contraception masculine : quelles sont les méthodes efficaces et réversibles ?

Injections d’hormones, anneau de silicone et même slip chauffant : certains couples ont choisi une contraception dite masculine, qui demeure réversible. Les explications du Dr Vincent Hupertan, andrologue, sur ces méthodes peu connues.

Lucile Boutillier
Rédigé le

Ma copine a pris la pilule pendant des années, et ça ne lui convenait plus de prendre des hormones”, raconte Johann. C’est désormais ce jeune homme de 23 ans qui prend en charge la contraception dans le couple. Depuis bientôt un an, il a opté pour la contraception thermique.

Entre 44 et 83% des hommes seraient prêts à adopter un moyen de contraception dite masculine de longue durée, réversible et fiable comme contraception de couple, selon une étude française de 2017. Pourtant, seulement 28% des couples y ont recours en France, selon l'Association Française d'Urologie.

Préservatifs, vasectomie ou retrait : le trio de tête

La contraception masculine la plus connue est l'utilisation de préservatifs. Mais elle n'est pas toujours confortable et certains couples préfèrent trouver une contraception de plus longue durée. La méthode du retrait manque quant à elle de fiabilité : 27% des femmes tombent enceintes en l'utilisant.

La vasectomie est aussi une solution, qui peut être réversible par reconstruction chirurgicale dans 80% des cas, mais seule la moitié des couples parviennent à avoir un enfant après cette reconstruction. Alors vers quels autres moyens de contraception réversibles les hommes peuvent-ils se tourner ?

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La méthode thermique

Cette méthode consiste à remonter artificiellement les testicules plus près du corps, grâce à un sous-vêtement spécial ou un anneau en silicone. De cette manière, la température des testicules, habituellement autour de 34 ou 35 degrés, monte à 37 degrés. Ce réchauffement rend impossible la spermatogénèse, c’est-à-dire la production de spermatozoïdes.

Pour le Dr Hupertan, andrologue, urologue et auteur du livre L’Encyclopénis, cette méthode devient efficace à partir de six mois, “à condition de l’utiliser tous les jours pendant 15 heures”, soit les heures de réveil. Avant de commencer, il faut faire une analyse du sperme, appelée un spermogramme. Puis il faut en faire une nouvelle après quelques mois pour certifier l’état d’infertilité.

"Il m'a fallu un temps d'adaptation"

En France, le Dr Roger Mieusset prescrit cette méthode avec un sous-vêtement adapté et cette contraception demeure assez artisanale. Il est possible de commander des anneaux de silicone sur internet, appelés androswitch. Sinon, des tutoriels permettent de fabriquer un sous-vêtement qui remontera les testicules.

Johann, lui, a choisi de porter un anneau. “Au départ j’ai porté l’anneau de temps en temps, une ou deux heures par jour, et petit à petit j’ai augmenté mes heures”, raconte-t-il. “A partir du jour où j’ai fait mon premier spermogramme je l’ai porté sans interruption”, précise le jeune homme. “Il m’a fallu un temps d’adaptation car ce n’est pas une position habituelle pour les testicules. C’est assez angoissant, mais avec le temps ça s’efface. J’ai mis une petite semaine à m’habituer à l’anneau”, ajoute Johann.

Mais attention, dans tous les cas, cette méthode n'est pas durable et doit se limiter à quatre ans, explique le Dr Hupertan. Sinon le patient risque une atrophie testiculaire.

La méthode hormonale 

Autre solution : la méthode hormonale, accessible uniquement en centre de plannification familiale. Elle permet d'atteindre un état d’infertilité en injectant au patient “une grande quantité de testostérone”, explique le Dr Vincent Hupertan. 

Au bout de six mois, l’excès d’hormones bloque la production de testostérone et de spermatozoïdes. Si on arrête les injections, leur fabrication recommence après six mois”, ajoute ce médecin. 

Mais ici encore, cette méthode ne doit pas être utilisée trop longtemps : “Au delà d’un an et demi, il y a une atrophie testiculaire qui peut être définitive et irréversible", précise-t-il.

Bientôt une "pilule masculine" ?

L'idée d'une "pilule pour hommes", équivalent de la contraception orale féminine, fait régulièrement l'objet d'études et d'annonces dans les médias. Mais aucun laboratoire n'en a commercialisé en France.

Pour le Pr Hupertan, ce n'est pas seulement à cause d'un prétendu manque d'intérêt du public que les laboratoires ne s'intéressent pas à cette contraception. En effet, le fonctionnement des ovaires est cyclique, tandis que les testicules produisent des spermatozoïdes en continu. Le blocage de la production d'un ovule demande donc beaucoup moins d'hormones que le blocage de la production des spermatozoïdes, explique-t-il.

En outre, comme le cycle menstruel recommence complètement chaque mois, la plupart des effets secondaires chez les femmes disparaissent dès le cycle qui suit l'arrêt de la contraception, tandis qu'il faut attendre plus longtemps chez les hommes.

La crainte de "perdre sa virilité"

Dans tous les cas, la contraception masculine est source d'appréhension. Même Johann qui a sauté le pas n’a pas été convaincu tout de suite par cette méthode.

Un homme qui se met en état de contraception a l’impression fausse de perdre sa masculinité”, explique le jeune homme. D'après lui, un homme part du principe qu'il ne sera jamais en "état de contraception", alors quand il en commence une, il craint pour son confort. 

"Un pays machiste"

Pour le Dr Hupertan, cette peur de perdre sa masculinité explique aussi que très peu d'hommes portent la charge de la contraception dans leur couple. "On est un pays très machiste, très conservateur", déclare-t-il.

"Tous les hommes craignent des conséquences sur la virilité, la sexualité, le bien-être. Les hommes sont plus égoïstes que les femmes", ajoute le médecin. Comme il le précise, les effets secondaires de la contraception dite masculine sont très semblables à ceux de la contraception dite féminine. Un constat qui ne justifie donc pas que les femmes soient toujours les seules à se préoccuper de la contraception dans leurs couples.

 

*Notre rédaction a choisi d'utiliser les termes "homme/masculin" et "femme/féminin" pour faciliter la lecture de cet article, mais il existe des hommes qui ont un cycle menstruel et des femmes qui n'en ont pas.