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9 femmes sur 10 ont subi des pressions lors d'un rapport sexuel

Pression, violences physiques ou psychologiques, propos dégradants… Le collectif féministe #NousToutes publie les résultats édifiants d’une vaste enquête sur le consentement dans les rapports sexuels.

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9 femmes sur 10 ont subi des pressions lors d'un rapport sexuel
9 femmes sur 10 victimes seraient victimes de pression lors d'un rapport sexuel. © milanmarkovic78 - Fotolia.com

"Avez-vous déjà ressenti une pression de la part d'un partenaire pour avoir un rapport sexuel ?" Le collectif #NousToutes (noustoutes.org) publie ce 3 mars 2020 les résultats d’une enquête lancée en février sur le consentement. Intitulé "Le consentement, on en parle ?", ce questionnaire a recueilli plus de 100.000 réponses.

"L’idée de cette enquête nous est venue lors de discussions entre copines où nous nous sommes rendues compte que, même dans des couples qui se disent féministes, la question du consentement, du rapport au désir et au plaisir n’est pas réglée" nous raconte Caroline De Haas, militante féministe et membre du collectif #NousToutes. Puis le déclic a eu lieu en janvier 2020, quand dans une "story" publiée sur le compte Instagram du collectif, elle propose aux abonnés de lui poser des questions sur les violences sexistes et sexuelles. "Nous avons alors été débordées par des témoignages individuels" poursuit-elle. "Et on a compris que même chez les plus jeunes, personne n’a d’outils sur le consentement. C’est un point qui n’est jamais abordé, ni à l’école, ni pendant les rendez-vous médicaux" regrette Caroline De Haas.

A lire aussi : Le consentement sexuel, c'est simple : si ça n'est pas oui, c'est non !

Huit femmes sur 10 victimes de violences pendant un rapport sexuel

Le collectif #NousToutes lance donc son enquête sur les réseaux sociaux le 7 février 2020, pour une durée de 10 jours. A travers 30 questions, elle interroge sur les pressions, les insultes et les violences subies lors de rapports hétérosexuels. 108.947 personnes répondent au questionnaire, dont 96.600 femmes âgées de 15 à 75 ans.

Et les résultats sont saisissants. "L’analyse des réponses était vraiment douloureuse, on s’est rendu compte qu’aujourd’hui, en 2020, les femmes ne vivaient pas pleinement leur vie sexuelle, même les plus jeunes" résume Caroline De Haas.
En effet, parmi les répondantes, neuf femmes sur 10 déclarent avoir déjà fait l’expérience d’une pression pour avoir un rapport sexuel. Pire, dans 88% des cas, c’est arrivé plusieurs fois.

Près d’une femme sur deux (49,1%) a déjà entendu des remarques dévalorisantes sur le fait qu’elles n’avaient pas envie d’avoir un rapport sexuel.

Et 81,2% des femmes rapportent aussi des faits de violences psychologiques, physiques ou sexuelles au cours de rapports sexuels avec un ou plusieurs partenaires.

Un premier rapport sur six est non consenti

Autre fait inquiétant : pour une femme sur six, le premier rapport sexuel était non consenti et non désiré. Et pour 36% d’entre elles, ce rapport a eu lieu avant leurs 15 ans.
Et le constat ne s’arrête pas là : "les réponses montrent que les femmes qui commencent leur vie sexuelle par un rapport non désiré et consenti sont bien plus souvent confrontées à des violences dans leur vie sexuelle" s’inquiète la militante.

Mais comment interpréter ces chiffres ? Pour Caroline De Haas, cette enquête révèle deux choses. La première est qu’il y a "un problème majeur dans la question du consentement et les rapports intimes homme/femme". La seconde est "un manque d'espace d’échanges sur cette question".

Accepter que l’autre n’ait pas forcément envie

Et maintenant, comment agir ? "Le respect du consentement de l’autre est un apprentissage" avance Caroline De Haas. "Quand un enfant essuie le refus d’un camarade pour jouer à l’école, on lui apprend qu’on ne force pas quelqu’un à jouer et qu’on doit le respecter. Le consentement s’apprend dès l’enfance" poursuit-elle.
Car à tous les âges, le consentement est "un enjeu d’égalité" et "de santé publique" appuie le collectif. Et "nous ne pouvons pas penser une société égalitaire entre les hommes et les femmes si dans nos espaces les plus intimes, nous n’avons pas d’égalité".

La solution ? Se parler, dialoguer, changer les pratiques et accepter que l’autre n’a pas forcément envie. "A aucun moment la frustration ne doit ouvrir la porte au chantage" condamne Caroline De Haas.

Bientôt une plus grande enquête ?

En publiant aujourd’hui ses résultats, le collectif #NousToutes demande au gouvernement de conduire trois actions :

  • mettre en place à l’école des ateliers obligatoires de sensibilisation à l’égalité, au respect et au consentement
  • fixer un seuil d’âge de non-consentement pour les mineurs
  • lancer enquête officielle pour mesurer la réalité du consentement à plus grande échelle.

Cette enquête plus vaste permettrait aussi de prendre en charge les relations homosexuelles et les réponses des hommes. Dix mille hommes ont répondu à l’enquête #NousToutes. Mais "les réponses des hommes n’étaient pas assez nombreuses pour être utilisées dans le cadre de l’analyse ou comparées à celles des femmes" regrette le collectif.

Et pour que ces résultats ne restent pas que des statistiques, #NousToutes appelle les victimes de violences à témoigner sur les réseaux sociaux via le hashtag #JaiPasDitOui.

Beaucoup de femmes ont pris conscience des pressions qu’elles avaient subies en répondant à l’enquête, comme le dévoilent les retours que le collectif a reçus des participantes. Pour elles et pour toutes les victimes, #NousToutes fournit une liste de numéros utiles.
Parmi eux, le 0 800 05 95 95 (Viols femmes informations) qui offre la possibilité de discuter avec des personnes formées sur la question du consentement.

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