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Le consentement, le livre qui fera enfin bouger la société ?

Rédigé le 24/01/2020 / 0

C’est un livre qui claque comme une fulgurance. Une onde de choc glaçante qui bouscule la société en décrivant implacablement les mécanismes de l'emprise, les ravages de la manipulation, la complexité du consentement chez les mineurs. Que nous livre l'écrivaine Vanessa Springora ? Comment avancer sur le plan juridique ? Deux associations, L'enfant bleu et Stop aux violences sexuelles, confient leurs revendications pour mieux protéger les enfants et adolescents.

Avec la précision d’un scalpel, Vanessa décrit les émois de l’adolescente qu’elle était, dans les bras d’un homme de 30 ans son ainé, le piège qu’il monte pour la transformer en proie, l’emprise qui s’exerce, implacable et inconsciente... D’enfant négligée par son père, la jeune Vanessa devient une jeune femme enfin regardée avec amour par un homme, amoureuse comblée par les lettres pleines d’esprit,  et par cette relation qu'elle croit exceptionnelle. Parce que Gabriel Matzneff sait parfaitement ce qu'il faut dire à la jeune fille pour lui faire croire qu'elle agit de son plein gré. Leur relation se révèle exceptionnelle par sa nocivité et l'habileté de la manipulation, mais non pas par la force de cet amour interdit, comme lui fait croire à l'époque le séducteur pathologique.

Au fil des pages, Vanessa raconte comment une telle relation a été rendue possible et interroge les différents protagonistes. L’entourage, censé protéger les enfants, ne prend pas la mesure de cette relation ; son père absent a créé un vide ne demandant qu’à être comblé, sa mère célibataire connaît les difficultés classiques de ce statut et devant les réponses passionnées de sa fille, cède. Le milieu littéraire dans lequel sa mère évolue influence son raisonnement puisqu'il ne considère pas les agissements de G. Matzneff comme délictueux, mais comme symboles d'une liberté sexuelle poussée à l'extrême. La minutie et la finesse des analyses de l'auteure  aident ses lecteurs à comprendre ce qui tournerait au scandale aujourd'hui.

Vanessa Springora pose toute la complexité du consentement, en analysant les faits sans juger, en décrivant pas à pas ce que vit celle qui est la proie d'un prédateur sexuel et vit sous son emprise. Lorsqu'elle cessera, grâce à un sursaut salvateur, un instinct de survie à la lecture des journaux intimes de l'écrivain, la violence de cette histoire émergera enfin à la conscience.

Dans ce livre qui marquera son temps, l’auteure prend à son propre piège le prédateur sexuel et l’emprisonne définitivement dans son livre de papier. Une place qu’il aurait dû avoir depuis bien longtemps derrière des barreaux...

Alors que dit la loi sur les relations entre un majeur et un mineur ?

Suite à la publication du livre Le consentement, l'association L'enfant bleu a publié un communiqué de presse pour alerter les pouvoirs publics sur la problématique du consentement. "Aujourd'hui, la loi pose le principe de l'interdiction de relations sexuelles entre un adulte et un mineur de moins de 15 ans", détaille Michel Martzloff, secrétaire général de l'association L'enfant bleu.

"Il est impératif de définir clairement la majorité sexuelle à l’âge de 16 ans, moyenne d’âge posée par la majorité des pays sur la planète, estime le Dr Violaine Guérin, gynécologue et présidente de l'association Stop aux Violences sexuelles. Cette majorité sexuelle concerne la capacité non pas à donner un consentement, mais un consentement éclairé de ce qu’une relation sexuelle peut entraîner comme répercussion dans un corps et un cerveau de jeune mineur, dont les repères sont déjà très perturbés par les informations reçues de toute part dont la pornographie."

"La loi demande aussi à la victime, en l'occurrence le mineur, de démontrer qu'il y a eu violence, contrainte, menace ou surprise, déplore Michel Martzloff. La loi du 3 août 2018 a ajouté la notion de discernement, en précisant que la différence d'âge entre la victime et l'adulte peut être un élément justifiant la contrainte. Mais elle pose le problème du consentement : si le mineur ne peut pas démontrer qu'il a été victime de violence par contrainte, surprise ou menace, c'est qu'il est consentant ! Le viol, qui est un crime jugé en cour d'assises, est alors requalifié en atteinte sexuelle, qui relève du tribunal correctionnel. Ce qui est inacceptable ! La victime entend qu'elle n'est pas victime d'un viol mais d'une atteinte sexuelle parce qu'elle était consentante... "

Sur quels leviers souhaitent agir les associations ?

"Le concept d'atteinte sexuelle doit être supprimé, car il correctionnalise les viols sur mineurs. C'est un outil de l'omerta institutionnelle ! s'exclame le Dr Violaine Guérin. Ce concept est né soit de l'ignorance de la violence sexuelle, soit de la malveillance des personnes qui ont posé ce concept. En effet, la violence sexuelle sur mineurs est toujours réalisée a minima avec menace (manipulation et emprise), contrainte (manipulation et emprise) et/ou surprise (manipulation) chez un mineur."

"Ce que nous demandons, c'est de renverser la charge de la preuve, détaille Miche Martzloff Et de partir du principe que la surprise, la contrainte, la menace ou la violence sont présumées chez les enfant de 15 ans... Pour nous, c'est à l'adulte de dire stop. Un mineur peut aimer un adulte, la question n'est pas là ; il n'a pas l'éclairage suffisant et ne sait pas dans quoi il s'engage. Les gens ont du mal à l'admettre et ils pensent que des mineurs peuvent avoir des relations sexuelles en toute connaissance de cause mais on oublie totalement qu'à un moment, ils vont se réveiller et que leur construction psychique sera très compliquée, voire leur vie bouleversée, comme le montre le livre de Vanessa Springora."

Pour l'association Stop aux violences sexuelles, "il y a aussi la nécessité d'une qualification claire des infractions entre mineurs, comme les Canadiens l’ont inscrit dans leur code pénal, en l’absence de quoi tout le monde est démuni pour gérer les situations et bottent en touche, là où il y a urgence à mettre en soin jeunes victimes et jeunes auteur/es qui perpétueront la violence de demain."

"Le 119 est le numéro à appeler en cas de suspicion de violences, les gens ne risquent rien en signalant des violences, la seule chose qu'ils risquent, est de sauver un enfant... souhaite conclure Michel Martzloff. Les associations, comme L'enfant bleu, proposent des accompagnements juridiques et des suivis gratuits dans la durée."

Autre numéro d’urgence : 3919 pour « Violences Femmes Info »

Autre association : Allô enfance en danger »