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Prévenir et repérer la maltraitance des enfants

En France, la maltraitance des enfants reste encore tabou. Mal repérée et mal prise en charge, elle est à l'origine de nombreux drames qui pourraient être évités. Chaque jour, en France, deux enfants décèdent à la suite d'actes de maltraitance. Abus sexuels, violences physiques, psychologiques ou négligence… la maltraitance concerne de nombreux Français. Comment repérer un cas de maltraitance ? Qui faut-il alerter ? Comment arriver à en parler ? Quelles sont les prises en charge ?

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Prévenir et repérer la maltraitance des enfants
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Dépister la maltraitance infantile

Comment sont dépistées les maltraitances envers les enfants ?

Selon un sondage "Harris-l'Enfant bleu", 14% des adultes déclarent avoir été victimes de maltraitances durant l'enfance. Et 45% suspectent au moins un cas de maltraitance dans leur entourage immédiat, c'est-à-dire la famille, les voisins, les collègues, ou amis proches.

C'est souvent lors d'examens radiologiques que des signes de maltraitance (des fractures, des hématomes…) chez les jeunes enfants sont découverts. Pour confirmer le diagnostic, des images complètes du squelette de l'enfant sont nécessaires.

Si certains signes sont invisibles à l'œil nu, l'imagerie peut les révéler sans aucune ambiguïté comme l'explique le Pr Catherine Adamsbaum, chef du service de radiologie pédiatrique de l'hôpital Bicêtre : "Il peut y avoir des fractures, partout sur le squelette. Il peut y avoir des hématomes dans l'encéphale. Il peut y avoir des fractures du crâne s'il y a un impact associé au secouement puisque les lésions dans le crâne sont liées à des secouements. Il peut y avoir des traumatismes abdominaux ou des traumatismes thoraciques par écrasement, par coup de pied… À ce moment-là, la première chose à faire quel que soit l'âge et l'expérience du radiologue, qui est généralement radio-pédiatre, c'est de suspecter la maltraitance et d'hospitaliser l'enfant. Et ensuite on réfléchit".

Mais dans certains cas, l'enfant est amené trop tard aux urgences : "C'est la raison pour laquelle on insiste beaucoup médicalement sur le fait de dépister dès le moindre symptôme, un syndrome du bébé secoué. Car quand il arrive à un stade trop avancé, c'est trop tard", regrette le Pr Adamsbaum.

Les urgences pédiatriques de l'hôpital Bicêtre reçoivent chaque année 34.000 enfants. Et chaque semaine, un cas de maltraitance physique ou sexuelle est suspecté.

La prévention contre la maltraitance des enfants

Ateliers avec une classe de CE1.

L'association l'Enfant Bleu organise des actions de prévention dans les écoles de la maternelle au lycée, afin de sensibiliser les enfants et les adolescents aux risques de maltraitance.

Des ateliers consacrés aux droits des enfants sont organisés dans les établissements. Une façon détournée de parler d'un sujet compliqué : la maltraitance. "Quand les droits de l'enfant ne sont pas respectés, on peut parler de maltraitance. Mais nous n'allons pas parler de maltraitance, nous allons plutôt axer sur ce qui est nécessaire pour eux pour bien se développer", explique Anne-Laure Sanna, psychologue.

La règle des ateliers est simple. A travers différentes situations, les enfants doivent trouver la meilleure solution pour éviter les risques auxquels ils sont exposés : "Parfois on peut penser qu'une solution est adaptée et on se rend compte qu'il y a quand même une meilleure solution à trouver. Si un jour les enfants sont confrontés à ce type de situations, on sait au moins qu'ils ne feront pas cette erreur, en tout cas on l'espère", confie Anne-Laure Sanna.

Au cours de ces ateliers, les enfants apprennent aussi à dire "non" à un adulte : "Dire non, ce n'est pas facile. Même si les enfants peuvent le dire très souvent  à la maison pour des choses anodines, quand ils sont dans une situation où ils sentent qu'ils ne sont pas bien face à un adulte, il est très difficile pour un enfant de faire face à cette figure d'autorité qui lui demande de faire quelque chose dont il n'a pas envie".

Pour Caroline Boin, professeure des écoles, ces ateliers permettent de libérer la parole et d'évoquer une autre violence : celle des enfants entre eux. "Les enfants se rendent davantage compte que par exemple le harcèlement moral n'est pas quelque chose de normal, de banal qu'il faut laisser passer. Ils vont plus vite venir nous le signaler s'ils se font embêter régulièrement, insulter… Alors qu'avant, ils hésitaient peut-être plus en se disant que cela n'avait pas beaucoup d'importance".

Savoir dire non, se faire respecter et repérer le danger… grâce à ces ateliers, les enfants prennent confiance en eux. Pour compléter ces activités, l'association travaille aussi en collaboration avec les enseignants et les parents.

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