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Vaccination en officine : l'argumentaire de l'Académie nationale de Pharmacie

L'Assemblée nationale avait supprimé du projet de loi santé l'autorisation donnée aux pharmaciens de vacciner. L'Académie nationale de Pharmacie a publié ce 5 mai un plaidoyer pour ce transfert de compétences, observant que de très nombreux pays appliquent déjà cette mesure. Jean-Luc Delmas, président de cette Académie, était l'invité du Magazine de la santé ce 7 mai sur France 5.

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Entretien avec Jean-Luc Delmas, président de l'Académie nationale de pharmacie

Aujourd’hui en France, la vaccination est réservée aux médecins, ainsi qu'aux infirmiers et aux sages-femmes dans certaines circonstances précises. Dans son projet de loi santé, le gouvernement voulait élargir ce droit aux pharmaciens, et s'appuyer sur le réseau des 22.000 officines du territoire pour améliorer la couverture vaccinale.

Une couverture vaccinale étendue permet d’empêcher la propagation d’une maladie et ainsi l’infection de personnes non vaccinées.

Les parlementaires ont toutefois retoqué la proposition. Mais l’Académie nationale de pharmacie reste persuadée de l’intérêt du dispositif.

"Les taux de couverture vaccinale observés en France sont insuffisants notamment chez les adolescents et les adultes pour permettre le contrôle, voire l’élimination de certaines infections", explique-t-elle. "Ils ne permettent pas pour certaines maladies l’installation d’une immunité de groupe, nécessaire pour protéger les personnes les plus vulnérables".

La simplification du calendrier des vaccinations en 2013, n’apparaît pas suffisante à l’Académie, qui juge nécessaire "d’accroître l’offre de vaccination pour atteindre les Français à différentes étapes de leur parcours de soin ou par des actions de proximité, en élargissant les compétences des sages-femmes et des pharmaciens".

Selon les signataires du plaidoyer, la contribution des pharmaciens, "sous certaines conditions et en complément des médecins et des infirmiers" fait sens cas ces praticiens sont, "pour le public, les plus accessibles des professionnels de la santé". Surtout, "dans tous les pays où les pharmaciens ont l'autorisation de vacciner, la couverture vaccinale a été notablement améliorée".

"A Toronto, 25% de ceux qui n'étaient pas habituellement vaccinés et 21% des sujets à risque ont saisi l'opportunité d'une vaccination en pharmacie ; au Royaume-Uni, […] une étude a ainsi démontré qu'en 2012- 2013, une partie des patients éligibles pour une vaccination gratuite dans leur centre de santé a préféré se rendre en pharmacie et payer pour sa vaccination […] ; au Portugal, [depuis l'autorisation] de la vaccination en pharmacie, la couverture vaccinale des plus de 65 ans a été améliorée…"

L'Académie insiste sur le fait que l’autorisation de vacciner par les pharmaciens "ne doit concerner, dans un cadre réglementaire bien précis, que des pharmaciens volontaires". Les pharmaciens "ne doivent pouvoir contribuer à l’effort d’amélioration de la couverture vaccinale qu’en étroite relation avec les autres professionnels de santé, les médecins en particulier". 


Elle souligne également qu’aucun pharmacien "ne saurait être habilité à vacciner sans une formation préalable adaptée, lui permettant de renforcer ses compétences sur les aspects scientifiques, techniques et règlementaires touchant aux vaccins et à la vaccination".

Durant l'examen du projet de loi santé, les syndicats de médecins avaient vivement critiqué l'élargissement du droit à vacciner. Ils expliquaient craindre un "démentèlement du métier de médecin", la "désorganisation du système de santé" et considéraient que cette libéralisation rendrait difficile la "traçabilité de la vaccination". Des arguments de nouveau brandis à la suite de la publication du plaidoyer de l'Académie de Pharmacie.