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Médicaments pour perdre du poids : attention danger !

De plus en plus de personnes utilisent des médicaments et compléments alimentaires pour maigrir. Pourtant, ces pilules miracles censées faire perdre du poids peuvent s'avérer dangereuses.

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Médicaments pour perdre du poids : attention danger !
Médicaments pour perdre du poids : attention danger !

Ces médicaments qui font maigrir

Médicaments pour perdre du poids : focus sur trois molécules

Avaler un médicament et perdre du poids sans efforts… Un rêve pour beaucoup mais dans les faits, c'est nettement plus compliqué.

Peu de bénéfices, beaucoup d'effets indésirables

En France, un seul médicament est commercialisé pour le traitement de l'obésité : l'orlistat. Son effet est simple : le médicament agit localement sur le tube digestif. Il bloque l'absorption d'environ un tiers des matières grasses apportées par l'alimentation. Au lieu d'être assimilée par l'organisme, une partie des graisses est évacuée naturellement par les selles, ce qui a pour effet de réduire l'apport calorique.

Pour le Pr Alain Astier, chef du service pharmacie de l'hôpital Henri Mondor, la perte de poids espérée est de l'ordre de "deux à trois kilos grand maximum au prix d'effets indésirables importants, le bénéfice/risque est donc très défavorable".  Loin de la pilule miracle donc, ce médicament est délivré uniquement sur ordonnance et n'est pas remboursé. Son coût est d'environ 70 euros par mois.

D'autres alternatives médicamenteuses pourraient bientôt faire leur apparition. Car en mars 2015, l'Agence européenne du médicament a délivré deux nouvelles autorisations de mise sur le marché. La première concerne le liraglutide, une molécule déjà commercialisée en France mais uniquement dans le cadre du traitement du diabète de type 2 et à un dosage moins élevé. "Ce type de médicament agit comme antidiabétique en diminuant l'utilisation des sucres… donc on va diminuer l'apport calorique et on va entraîner une perte de poids", explique le Pr Astier.

Après un an de traitement par injections quotidiennes, les essais cliniques ont montré une perte de 5% en moyenne du poids de départ. Nausées, vomissements, diarrhées, inflammation du pancréas… la liste des effets indésirables est toutefois longue.

La mise sur le marché du Mysimba® inquiète

Mais ce qui inquiète surtout la France, c'est l'autorisation de mise sur le marché européen du Mysimba®. Ce coupe-faim réunit deux molécules connues : la naltrexone et le bupropion, un dérivé d'amphétamine. Utilisées dans le sevrage de l'alcool, le sevrage du tabac et comme antidépresseur, ces molécules diminuent l'envie de nourriture et augmente la dépense calorique.

Les risques sont nombreux pour seulement quelques kilos en moins. "Dès le départ, nous avons fait savoir que nous étions opposés à cette autorisation de mise sur le marché pour une balance efficacité/risque que nous jugions et que nous jugeons encore défavorable. Nous envisagerons toutes les possibilités pour essayer d'obtenir qu'il n'y ait pas de commercialisation du Mysimba® dans notre pays", prévient le Dr Jean-Michel Race, directeur du département médicaments cardiologie et endocrinologie à l'Ansm.

Avec 650 millions de personnes obèses sur la planète et près de sept millions en France, le marché de la perte de poids constitue un enjeu économique majeur. Mais la pilule miracle, elle, n'est encore qu'une utopie.

Les explications du Pr Alain Astier, pharmacologue

Près de 20% des adultes en Europe sont en surpoids, voire obèses alors que l'image idéalisée veut que l'on soit svelte, mince. À l'approche des vacances, les magazines et les forums regorgent de recettes, de trucs pour perdre cinq kilos et faire bonne figure sur la plage.

Mais pour maigrir, la méthode la plus efficace reste le régime, long et contraignant d'où la tendance de s'en affranchir avec des pilules "miracles" : médicaments le plus souvent détournés et compléments alimentaires, censés faire perdre du poids. Un business extrêmement juteux !

La maladie des laxatifs

Dans l'imaginaire collectif, pour perdre du poids, il faut éliminer, d'où l'idée de prendre des substances diurétiques ou des laxatifs. Le problème, c'est que l'on perd essentiellement de l'eau, mais aussi de nombreux sels minéraux : sodium, potassium, bicarbonates. On reprendra l'eau, donc le poids, en buvant mais pas les sels. D'où de nombreux risques d'hyponatrémie ou d'hypokaliémie (taux de sodium ou de potassium trop bas) avec des risques d'hypotension, de troubles cardiaques, d'oedème du poumon.

C'est ce que l'on appelle la maladie des laxatifs. Les gens prennent des médicaments diurétiques du type furosémide ou des laxatifs du type irritant comme anthraquinones mais souvent sous des formes cachées dites de compléments alimentaires ou de plantes "naturelles" par exemple le séné, en accès libre (pharmacies, Internet) et dont la consommation en excès est délétère. Il y a également l'aspect inverse : diminuer les apports alimentaires. Soit par des régimes, soit par des produits "gonflants" : mucilages.

Les risques des médicaments coupe-faim

On a parlé récemment d'un nouveau médicament qui coupait la faim. C'est le grave problème des anorexigènes. Rappelez-vous le Mediator, ce composé amphétaminique présenté comme antidiabétique mais surtout prescrit comme coupe-faim et "brûleur de lipides". De nombreux anorexigènes ont été retirés du marché. Par exemple, la sibutramine, en Italie en 2002 et en France seulement en 2010. Un produit avec un rapport bénéfices/risques très négatif, peu d'efficacité et surtout beaucoup d'effets indésirables : HTA, tachycardie, constipation, sécheresse buccale, anxiété, dépression, etc.

Et cela continue de plus belle. Même si ces composés sont interdits, certains laboratoires pharmaceutiques avides des bénéfices colossaux de ce marché lancent de nouveaux produits prétendument sans danger. Le pire, c'est que les autorités européennes leur accordent des autorisations de mise sur le marché (AMM). Un exemple est le Mysimba®, d'un laboratoire américain, qui est un mélange de naltrexone (un antagoniste des opioïdes) et du bupropion (amfébutanone) qui est un composé amphétaminique (que l'on avait présenté comme permettant d'arrêter de fumer : Zyban® d'où un risque cardiovasculaire important et des risques de type suicidaire).

La France était très hostile à ce produit, mais l'Europe nous l'a imposé en mars 2015. Les limitations d'usage sont très nombreuses notamment chez les hypertendus, les cardiaques d'où un risque majeur de mésusage. Un beau scandale à venir !

Les médicaments et compléments alimentaires brûleurs de graisses

Autre arnaque dangereuse : les fameux compléments alimentaires présentés comme brûleurs de graisses. Une escroquerie. Ils coûtent cher et sont surtout dangereux. On en trouve partout, en pharmacie et surtout sur Internet, sans aucun contrôle. Ces produits contiennent classiquement un excitant bien connu, la caféine, présenté comme accélérant le métabolisme des graisses.

Ces compléments sont présentés en mélanges complexes, dont le plus célèbre est le PHEN375. Il est non disponible légalement en France mais il est possible de s'en procurer sans peine sur des sites Internet. Il contient au moins quatre substances actives : caféine, L-Carnitine, capsaicine (extrait de piment) et phentémine qui est un anoréxigène de type amphétaminique.

C'est un dérivé de la phentermine, anorexigène amphétaminique qui était très en vogue mais qui ayant causé de nombreux accidents mortels, a été interdit aux USA, en France etc. Le laboratoire a donc contourné l'interdiction en introduisant la phentémine, vasoconstricteur et en jouant sur la similitude des deux noms. À ne surtout pas utiliser !

Il est très important de se renseigner. L'ANSM a publié un excellent rapport en 2012 disponible sur son site qui explique tous ces problèmes de produits pour maigrir. Attention aux achats sur Internet, surtout de produits interdits en France, mais aussi ceux permis car, en plus des dangers de ces produits, il peut y avoir un problème même de qualité. Et finalement, pour maigrir, il n'existe pas de pilule miracle. Il faut réduire les apports caloriques et multiplier les activités physiques, mais cela demande du temps et de la volonté.