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Internet : comment lutter contre le trafic de médicaments ?

960.000 médicaments contrefaits ou faux ont été saisis en France au cours d’une vaste opération organisée par Interpol entre le 30 mai et le 7 juin 2016 pour lutter contre le trafic de médicaments sur Internet. Reportage au centre de douanes postales de Roissy.

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Internet : comment lutter contre le trafic de médicaments ?

Dans ce centre postal, près de l'aéroport de Roissy (95), 30 millions de lettres transitent chaque mois. Un carrefour pour toutes sortes de trafics. Un sac éveille les soupçons des douaniers. Ils sont presque sûrs d'y trouver des médicaments illicites. Toutes les lettres ont été envoyées par un même expéditeur. Et surtout, elles viennent d'Inde, l'un des plus gros producteurs de médicaments. Très rapidement, les soupçons se confirment, à l'intérieur des enveloppes, les douaniers découvrent des centaines de comprimés : "Ce sont des médicaments pour l'érection. Des contrefaçons d'une célèbre marque, le Viagra®", explique Valérie Besson, chef adjointe du centre de douanes postales de Roissy.

Les médicaments contre les troubles de l'érection représentent 80% des saisies. En plus des contrefaçons, il y a aussi de vrais médicaments, mais qui n'ont pas d'autorisation de mise sur le marché en France. Leur importation est donc illégale.

Antibiotiques, antidépresseurs, hypnotiques... chaque jour, 150 envois de médicaments sont interceptés à Roissy. Les destinataires sont des hommes, des femmes de toute la France qui n'ont pas forcément le sentiment d'enfreindre la loi. Pourtant, en théorie, ils risquent sept ans de prison car seuls les médicaments sans ordonnance peuvent être achetés en ligne, sur des sites affiliés à de vraies pharmacies. Sans compter les conséquences pour leur santé. "Celui qui achète un médicament en dehors des circuits légaux prend un risque. Ou bien le médicament est sous dosé : imaginez un antibiotique ou un anti paludique sous dosé, ça peut être la mort. Ou bien il peut être surdosé. Le médicament peut alors devenir toxique", explique Pr Marc Gentilini, président honoraire de l’Académie de médecine.

En France, des cyber gendarmes traquent les sites illégaux de vente de médicaments pour agir à la source. Toute la difficulté pour eux est de prouver que le site s'adresse à des consommateurs français car la législation n'est pas la même dans tous les pays. "Ces sites sont extrêmement compliqués à contrôler car ils opèrent depuis l’étranger et principalement depuis des pays où la législation contre le trafic de médicaments est relativement souple, voire inexistante. Donc les trafiquants s’abritent derrière ces législations et utilisent ces pays pour pouvoir opérer en toute discrétion", affirme Lieutenant-Colonel Jérôme Lacour, chef de la division appui de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé (OCLAESP).

Le commerce de médicaments faux et illicites et très rentable. L'an dernier dans le monde, le trafic de médicaments a rapporté près de 175 milliards d'euros.

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