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Sida, aux prémices de l'épidémie

Lorsque que les Etats-Unis sont frappés par quelques cas de pneumonies rarissimes, médecins et chercheurs se mobilisent pour découvrir les origines de ce qu'on nommera plus tard sida. D'où vient-il ? Comment est-il transmis ? Très vite les suspicions se cristallisent autour des homosexuels. 

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Sida, aux prémices de l'épidémie
Image d'illustration

À l'automne 1980, une poignée de jeunes hommes se présentent aux hôpitaux de Los Angeles. Tous ont en commun une forme rare de pneumonie : pneumocystis carinii. Habituellement observée chez des patients souffrant de leucémies ou ayant subi une greffe, cette pneumonie profite des systèmes immunitaires déprimés.

Le "patient zéro" est la première personne identifiée comme porteuse d'une maladie. Il est primordial de le déterminer lors d'une enquête épidémiologique car le patient zéro permet de retracer la propagation de la maladie et d'identifier les possibles sources de contaminations. 

Amaigris et infectés par de nombreuses maladies opportunistes, ces cinq jeunes hommes âgés de 29 à 36 ans inquiètent le Dr Joel Weisman, généraliste californien. Il contacte alors les autorités sanitaires et publie en juin 1981 la première étude de cas sur ce qu'on n'appelle pas encore le sida. Sobrement intitulée "Pneumonie Pneumocystis - Los Angeles", l’étude alerte le centre de contrôle des maladies (CDC), qui met en place un programme de recherche. 

Tous les patients sont homosexuels. Le Dr Weisman propose alors de chercher l'origine de ce mal inconnu dans "certains aspects du mode de vie homosexuel", qui oriente les premières hypothèses des chercheurs du CDC. Alors que certains pensent trouver la source de l'infection dans les relations sexuelles, d'autres pointent du doigt une drogue inhalante en vogue alors : le poppers. La consommation massive d'antibiotiques chez cette nouvelle génération est également interrogée. 

Le mode de transmission en question 

En août 1983, la première étude cas témoin sur le sida est publiée dans The annals of internal medecine. Elle compare 50 malades à plus de 120 hommes en bonne santé, du même âge, homosexuels. Résultat : alors que la consommation de drogue est également répartie entre les deux groupes, c’est le nombre de partenaires sexuels qui diffère. Les jeunes hommes malades avaient plus de partenaires sexuels que les autres. 

L'hypothèse du mode de transmission par voies sexuelles semble donc se confirmer. Pour la renforcer, les chercheurs diligentent le travail d’un sociologue : William Darrow. Il a pour mission d'établir un réseau de partenaires entre les différents malades. Il remonte ainsi à un partenaire commun à tous : le "patient zéro" est identifié… Il s'agit d'un stewart québécois, Gaetan Dugas, qui comptabilise des centaines de partenaires sur tout le territoire américain. 

Un "patient zéro" diabolisé

Rapidement, une partie de la société américaine va jeter l'opprobre sur cette figure en s'empressant de dénoncer ses moeurs. Gaetan Dugas focalise alors l'attention de tous les médias, qui voient en lui le visage du sida. En 1987, le New York Post le surnomme "l'homme qui nous a donné le sida". Avec le stewart, c'est toute la communauté homosexuelle qui est attaquée violemment par une partie de la société qui n'hésite plus à parler de "cancer gay". 

Si Gaetan Dugas fut un temps accusé d’avoir introduit le VIH aux Etats-Unis, la réalité est tout autre. L'analyse des archives du CDC révèlera, bien plus tard, que les premieres pneumonies ont été recensées dès 1977. Le véritable patient zéro se trouverait probablement en Afrique et aurait véhiculé le virus jusqu’à Haïti. Il aurait ensuite été introduit dans les années 70 d’Haïti aux Etats-Unis, soit par un touriste, soit via le commerce de produits sanguins acheminés de l’île pour être transfusés aux Etats-Unis. 

Le virus du sida est finalement isolé en 1983, par une équipe de recherche française de l’Institut Pasteur. Une découverte récompensée 25 ans plus tard par le prix Nobel.

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