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Santé à l'étranger : le Venezuela submergé par la crise

Au Venezuela, la crise économique, et plus précisément la crise du pétrole, a provoqué une crise sanitaire. Pénurie de médicaments, pénurie de matériel chirurgical, menace de Zika… le pays traverse actuellement une crise sans précédent. Explications.

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Santé à l'étranger : le Venezuela submergé par la crise

Il s'agit d'une crise sanitaire causée par une crise économique et plus précisément une crise du pétrole qui ne touche d'ailleurs pas que le Venezuela mais aussi les grandes puissances pétrolières comme les pays du Golfe ou encore la Russie. Le prix du baril a fortement chuté et le Venezuela qui a construit toute son économie sur le pétrole et qui importe la grande majorité des biens consommés est touché de plein fouet (70% des produits consommés sont importés ou assemblés à partir de matières premières expédiées de l'étranger).

Une crise économique qui impacte les malades chroniques

Cette situation économique impacte directement les malades chroniques qui font comme ils peuvent. Cela peut même amener des situations inattendues. Selon le président de la Fédération Médicale du Venezuela, Douglas Leon Natera, des patients dialysés ont été contraints, pénurie oblige, d'utiliser des médicaments destinés aux animaux. Il a ainsi déclaré : "De nombreux patients cherchent des antibiotiques, des stéroïdes et des médicaments topiques pour des maladies de la peau dans des boutiques pour animaux".

Cette pratique peut être dangereuse à long terme car ces médicaments ne sont pas destinés aux humains et parce que cela risque de provoquer de graves effets secondaires. Des laboratoires comme Pfizer ont donc créé des applications pour aider les patients à trouver leurs traitements. Cette application leur permet de savoir dans quelle pharmacie trouver de l'insuline, un traitement anti-rejet ou encore des antibiotiques.

Une crise sanitaire grave

La crise sanitaire au Venezuela est très grave car sans médicaments, on ne peut pas soigner. En France, une pénurie de chimiothérapie, d'insuline ou encore d'antibiotiques serait une catastrophe. Et ce triste scénario est en train de se produire au Venezuela. Freddy Ceballos, le président de la Fédération Pharmaceutique du Venezuela a tiré la sonnette d'alarme au mois de janvier 2016 en déclarant notamment qu'il manquait 80% de fournitures médicales de médicaments. Certains malades en sont rendus à utiliser des médicaments périmés, donc parfois avec des principes actifs qui risquent d'avoir aucun effet ou qui peuvent même être dangereux pour leur santé.

Dans les hôpitaux, sans médicaments, sans matériel chirurgical, comme des cathéters, des sondes ou encore tout simplement des pansements, sans électricité pour faire fonctionner ne serait-ce que les respirateurs, il est difficile d'opérer. Et les médecins en ont marre. Selon un réseau de médecins, 38% des blocs opératoires ne tournent plus. On estime d'ailleurs que 6.000 patients sont en attente d'une intervention chirurgicale, parmi eux des personnes atteintes de cancer qui risquent donc de mourir.

La menace Zika

Zika menace toute l'Amérique latine et le Venezuela n'est pas épargné. Plus de 5.000 cas ont été recensés et dernièrement trois décès ont été annoncés. C'est une crainte supplémentaire qui s'est ajoutée aux problèmes du Venezuela puisque même si on sait qu'il n'existe pas de vaccin contre Zika, si le pays manque de médicaments pour soulager les symptômes de la maladie, cela risque d'aggraver la situation.

Il n'y a pas que les médicaments qui manquent à l'appel, il manque aussi des produits d'hygiène notamment du papier toilette. À tel point que le gouvernement de Nicolas Maduro qui a succédé à Hugo Chavez a déclaré l'occupation "temporaire" de la plus grande usine du pays. Le pays manque aussi de couches pour bébé, de savons, de déodorants, de rasoirs mais également de préservatifs qui sont devenus une denrée rare qui se vend à prix d'or.

Sur certains sites marchands, les six préservatifs se vendent 950 bolivars vénézuéliens, soit plus de 100 euros. Un prix énorme surtout que le salaire moyen est d'un peu plus de 600 euros. Et quand on sait que 100.000 Vénézuéliens sont victimes du sida, c'est beaucoup.

Une crise alimentaire

Dès qu'une grande surface est ravitaillée en farine ou en produits d'hygiène, l'information se diffuse comme une traînée de poudre et les personnes se précipitent devant les portes du magasin. Certains en ont même fait un métier. C'est un cas d'école bien connu. Quand un pays manque de tout, certains en profitent pour faire un business. La technique consiste à se précipiter dans une grande surface acheter des produits alimentaires et de les revendre un peu plus cher au marché noir.

Le Venezuela vit sa plus grosse crise depuis trente ans. Et à travers cette crise, c'est toute une politique et une économie fermée qui sont remises en cause.

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