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Chirurgie de l'obésité : une prise en charge des patients très insuffisante

En dix ans, le nombre de patients ayant bénéficié d'une chirurgie de l'obésité a triplé. En 2017, 46.000 opérations ont été réalisées. Les autorités sanitaires alertent sur la nécessité d'améliorer la prise en charge avant et après l'intervention chirurgicale.

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Chirurgie de l'obésité : une prise en charge des patients très insuffisante

Depuis l'adolescence, Laurence est en surpoids. Après deux grossesses et malgré de nombreux régimes, elle pèse 157 kg. Elle décide donc de se faire opérer pour réduire la taille de son estomac. Mais quelques jours après l'intervention, c'est le début du cauchemar. "J'ai commencé à avoir des problèmes de diarrhées absolument épouvantables. C'était nuit et jour, je me vidais complètement. Je dormais dans le salon parce que je réveillais mon mari constamment. C'était vraiment pénible parce que j'étais complètement épuisée jusqu'à ce que mes analyses sanguines révèlent une dénutrition qui commençait à s'amorcer".

Ces diarrhées invalidantes dureront deux ans et demi. Laurence se rend plusieurs fois aux urgences de l'hôpital où elle a été opérée. Mais aucun examen n'est pratiqué. Laurence est livrée à elle-même. "Avant l'opération, on ne m'a jamais expliqué que je pouvais avoir les diarrhées que j'avais. Jamais on ne m'a donné les complications. On vous donne les effets positifs, vous allez perdre du poids, vous n'allez pas le reprendre."

Laurence est finalement opérée une deuxième fois. Depuis, elle a des ulcères à l'estomac probablement causés par des reflux gastriques et a repris une vingtaine de kilos sur les soixante perdus après la première opération. Et son cas est loin d'être exceptionnel.

Selon un rapport de la Haute Autorité de Santé, l'accompagnement des patients avant subi une chirurgie de l'obésité n'est pas satisfaisant. Trois patients sur dix n'ont pas bénéficié d'un bilan médical complet avant l'opération. Et pour un patient sur cinq, l'intervention n'a pas été décidée par plusieurs professionnels de santé.

Le suivi post-opératoire est aussi insuffisant. Pour la moitié des patients, la transmission n'est pas faite au médecin traitant, acteur pourtant essentiel. Le succès de la chirurgie de l'obésité nécessite en réalité un suivi à vie.

Cécile a été opérée il y a sept mois. Elle pesait alors 145 kg. Depuis, la jeune femme a déjà perdu 46 kilos. Si ces résultats sont très satisfaisants, elle sait qu’elle n’y arrivera pas toute seule. "Je fais encore des erreurs donc la diététicienne réajuste constamment. J’ai aussi des problèmes médicaux, des petits problèmes liés à la sleeve donc voir mon chirurgien me permet de réajuster les traitements".

Selon le Dr Jérôme Loriau, chirurgien digestif à l'hôpital Saint-Joseph à Paris, "si on ne fait rien après la chirurgie, l’opération n’aura servi à rien à part provoquer des risques mortels pour le patient. Le seul moyen de transformer l’essai, c’est qu’on passe après à la 2e phase qui finalement est la plus importante. Il s’agit du suivi, de l’accompagnement toute la vie et de l’aide du patient".

Chirurgien, diététicien, endocrinologue, gastroentérologue, coach sportif… La prise en charge doit être pluridisciplinaire, même après l'opération. Mais cela a un coût, car toutes les consultations ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. Une difficulté supplémentaire dans le parcours des patients.

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