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Anesthésie : peut-on se réveiller pendant une opération ?

C'est un scénario digne d'un film de science-fiction : vous entrez au bloc opératoire, on vous rassure, vous vous endormez paisiblement et quelques minutes plus tard, vous ouvrez les yeux alors qu'un chirurgien vous triture les viscères…  Un cauchemar qui peut devenir réalité. Même si cela reste très rare. Dans quelles conditions ces réveils peuvent-ils se produire ? Quels sont les facteurs de risque ? Explications.

Rédigé le , mis à jour le

Se réveiller en cours d'une opération est extrêmement rare, mais pas impossible.

Respirez lentement, vous allez sombrer dans le plus profond des sommeils... Plus de bruit, plus de lumière… c'est une anesthésie générale. Pour de rares patients, l'anesthésie peut devenir un cauchemar en raison d'un réveil au cours de l'opération. Traumatisant, même si la douleur n'est pas forcément ressentie, ce phénomène est heureusement très rare. On estime que les réveils au cours d'une anesthésie générale concernent un patient opéré sur 19.000.

Pour toute opération, l'anesthésie est réalisée à travers un masque, mais aussi par injection à l'aide de trois classes de médicaments : "Certains assurent la perte de conscience et l'amnésie, ce sont les hypnotiques. Certains assurent principalement l'analgésie, c'est-à-dire le fait que le malade n'ait pas mal et qu'il n'ait pas, même quand il dort, de réaction à la douleur. Enfin, certains types de chirurgies comme la chirurgie abdominale, ont besoin d'une composante de relâchement musculaire qui est assuré par la famille des curares", explique le Dr Valérie Billard, anesthésiste-réanimateur.

Lorsque le patient est curarisé, le risque de réveil est multiplié par deux. Le plus souvent à cause d'un déséquilibre entre les différentes composantes de l'anesthésie comme le confirme le Dr Billard : "On peut avoir une bonne analgésie, une bonne curarisation et si on n'a pas en plus une bonne composante hypnotique de l'anesthésie, on peut être parfaitement réveillé, paralysé et sentir que le chirurgien opère".

L'autre cause de réveil en cours d'intervention, c'est une anesthésie trop légère. Cela peut être dû à une panne de matériel, une erreur humaine mais aussi un sous-dosage volontaire à cause d'une mauvaise tolérance du patient : "On retrouve ces situations à haut risque en obstétrique, dans la césarienne sous anesthésie générale qui se pratique encore de temps en temps en urgence. On endort la maman au minimum afin de ne pas endormir le bébé pour qu'il puisse respirer dès qu'il va être sorti. La deuxième circonstance concerne les malades qui ont beaucoup saigné comme les polytraumatisés, les accidentés de la route… Le moindre médicament va leur mettre une pression artérielle extrêmement basse", précise l'anesthésiste-réanimateur.

Pour limiter le risque de réveil, les médecins disposent désormais d'appareils spécifiques comme des moniteurs qui évaluent la profondeur de l'anesthésie. Pour cela, des électrodes sont posées sur le front du patient. Elles enregistrent en permanence l'électroencéphalogramme dit EEG : "L'EEG ne mesure pas directement le sommeil, qui lui est déclenché par des structures profondes du cerveau. Mais il y a une très bonne corrélation entre le sommeil et l'activité électroencéphalographique à la surface du cerveau", constate le Dr Billard, "et les médicaments d'anesthésie agissent sur ces deux composantes. Donc en mesurant l'une, on peut estimer l'effet sur l'autre".

L'anesthésiste peut se baser sur cette mesure pour réajuster les doses de produits tout au long de l'intervention. Malgré tout, certains réveils passent inaperçus ce qui peut avoir de lourdes conséquences pour le patient comme l'explique le Pr Francis Bonnet, vice-président de la Société française d'anesthésie et de réanimation : "On comprend que cela soulève des problèmes de l'ordre de l'angoisse et que cela soit vécu comme un stress psychologique. Un stress psychologique qui peut avoir des conséquences. Le patient peut de façon récurrente revivre des événements qu'il imagine comme pénibles, perturbants et de ce fait, parfois sur des personnalités qui y sont prédisposées, développer un état dit de post-stress avec son corollaire par exemple un état dépressif qui peut accompagner cette notion de stress peropératoire".

La Société française d'anesthésie encourage les patients victimes de ces réveils à en parler avec leur médecin afin d'envisager une prise en charge spécifique. On estime que près de la moitié d'entre eux en gardent des séquelles psychologiques.

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