Pénurie de médecins à l'hôpital : pourquoi l'intérim n'est pas une bonne solution

Pour faire face à la pénurie de médecins, de nombreux services d’urgence et d’anesthésie ont recours massivement à l'intérim médical. Cette réponse immédiate n'est pas sans répercussion sur l'organisation de l'hôpital. Reportage

Camille Leclercq
Rédigé le
Intérim des médecins à l'hôpital : une mauvaise solution
Intérim des médecins à l'hôpital  —  Le Magazine de la Santé

Le docteur Weber n’est que de passage aux urgences de Martigues, il est intérimaire. Cet été, il a quitté son poste dans un hôpital de l’est de la France. Depuis, il parcourt le pays au gré de ses missions. 

L'intérim : un choix assumé

"Quand on est tout le temps dans un service il y a un phénomène de lassitude qui est là, qui s’installe et pour échapper à la lassitude, il faut changer", explique le Dr Emmanuel Weber.

C'est un choix de carrière qui lui permet aussi de retrouver une qualité de vie. 

"En tant qu’intérimaire, je ne cours pas après l’argent, je gagne exactement le même salaire mais je travaille moins. J’ai plus de temps pour prévoir les choses, pour voir mes enfants. On n’a pas l’impression d’avoir la tête dans le guidon", commente le Dr Emmanuel Weber.

Mais le Docteur Weber doit être accompagné car changer régulièrement d’hôpitaux c’est forcément ne pas connaître les équipes, ni le fonctionnement et l’agencement des services.  

Une organisation au jour le jour

Les médecins intérimaires sont forcément moins autonomes que les titulaires. Le reste du personnel est donc plus souvent sollicité.   

"C’est vrai qu’on doit beaucoup les épauler quand ils arrivent parce qu’ils sont dans un endroit qu’ils ne connaissent pas… On fait alors double travail, notre job et puis les renseigner sur le fonctionnement du service", explique Laura Desgeorge, infirmière au centre hospitalier de Martigues.

Les équipes n’ont pas le choix, car sans les intérimaires le service ne pourrait pas fonctionner. A Martigues, 11 postes de médecins sont vacants et l'organisation des plannings est un casse-tête pour le chef de service. 

"(...) Si vous êtes moins de médecins, vous avez moins de temps à consacrer à vos patients, vous avez moins de temps pour repasser les ré-évaluer et pendant que vous êtes sur une détresse, vous n’êtes pas sur une autre", précise le Dr André Mazille, chef des urgences au centre hospitalier de Martigues.

Un coût exorbitant

Ces médecins sont indispensables mais avoir recours à l'intérim plombe les comptes de l’hôpital. Pour une garde de 12 heures, un intérimaire touche 650 euros… C’est deux fois plus qu’un titulaire. 

"On est sur un montant total 2021 de 860 000 euros, c’est l’équivalent de presque 8 praticiens hospitaliers à temps plein", confie Loïc Mondoloni, directeur du centre hospitalier de Martigues.

Ce montant ne cesse d’augmenter depuis quatre ans.

"Notre objectif est d’avoir des personnes qui viennent travailler dans l’établissement, qui sont fidélisées, qui ont une vraie volonté de s’impliquer, de s’engager dans ce qu’est la prise en charge du patient, de créer du lien. Ce n’est pas uniquement venir ponctuellement répondre à une problématique quelle qu'elle soit au sein de la structure. Ce n’est pas ça l’hôpital public", conclut Loïc Mondoloni.

Pour limiter le recours aux intérimaires, le directeur et ses équipes travaillent sur une politique de fidélisation et d’attractivité des soignants. 

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