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Vivre en ville peut-il favoriser la schizophrénie ?

Une étude constate qu'en plus des facteurs génétiques, l’environnement jouerait un rôle important dans cette maladie : on compte plus de nouveaux cas de schizophrénie dans les zones urbaines que dans les zones rurales.  

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Vivre en ville peut-il favoriser la schizophrénie ?
Vivre en ville peut-il favoriser la schizophrénie ?

Habiter en ville serait-il néfaste pour la santé mentale ? C'est en tout cas une des pistes de recherche de certains spécialistes. « Parmi les facteurs environnementaux connus de la schizophrénie, il y a la consommation de cannabis, la survenue de traumatismes psychologiques dans l’enfance » note le Dr Andrei Szöke, psychiatre aux Hôpitaux universitaires de Créteil et membre de la fondation Fondamental. « Avec cette étude, on constate que le fait d’habiter en milieu urbain – semble également jouer un rôle. On l’avait déjà démontré à l’étranger mais c’est la première fois qu’on le constate également dans nos propres frontières ».

En France, près de 600 000 personnes sont touchées par la schizophrénie.

Ce trouble psychotique se traduit par une perception troublée de la réalité (hallucinations auditives, idées délirantes, sentiment de persécution), par une perte de motivation, par un isolement social et une altération du raisonnement.

L'éuipe de recherche Inserm (IMRB, INSERM U955) à laquelle sont affiliés les Dr Andrei Szöke et Pr Franck Schûrhoff a participé à un vaste programme européen d’étude des facteurs de risque environnementaux. En France, les chercheurs ont comparé les taux d’incidence (nombre de nouveaux cas par période) dans différentes aires géographiques du Val de Marne et de Paris ainsi que dans une zone rurale du Puy de Dôme. Résultat : l’incidence est plus de deux fois supérieure dans les grands centres urbains.

La pollution, un nouveau facteur de risque ?

« En ville, l'exposition à certains facteurs environnementaux est plus importante : il y a plus de pollution, de stress, plus d’infections (à cause d’une densité de population plus élevée), moins d’ensoleillement en lien avec les carences en vitamine D, un « capital social diminué » (moins d’échanges entre habitants, moins de soutien et de solidarité) » explique le Dr Andrei Szöke. « Tous ces facteurs pourraient jouer un rôle dans l’apparition ou l’aggravation de la maladie ».

Cette étude soulève d’autres questions. Par exemple, quel est le rôle de la pollution de l'air et notamment des particules fines dans la schizophrénie ? « C’est l’étape suivante : il faudrait préciser le rôle de chaque facteur urbain dans cette maladie psychiatrique » ajoute Dr Andrei Szöke.

A terme, des études comme celles-ci devraient permettre de mieux connaître les facteurs de risque pour adapter la prévention et l’offre de soins. Changer notre politique de santé publique pourrait permettre de mieux traiter cette maladie.

La schizophrénie peut entraîner une dérive sociale

Par ailleurs, un autre constat a été effectué par les chercheurs Franck Schürhoff et Andrei Szöke. Ils ont mené une étude sur le territoire du Val de Marne. Leurs résultats semblent conforter l’hypothèse d’un lien entre schizophrénie et déclassement social : la prévalence (nombre de cas à un moment donné) est plus importante dans les quartiers défavorisés.

« Cela s’explique par un « drift » social - une « dérive » sociale – engendrée par la maladie » explique le Dr Andrei Szöke psychiatre aux Hôpitaux universitaires de Créteil et membre de la fondation Fondamental. « Les conséquences de la maladie entraînent un retentissement sur le plan professionnel et social responsables de difficultés à travailler, d'une baisse des revenus et parfois de discrimination. Résultat : les patients sont amenés à déménager au cours de leur vie dans des quartiers moins favorisés » constate le médecin.

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