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Asthme : quand les bronches s'encombrent

Quatre millions de Français souffrent d'asthme selon l'association Asthme & Allergies. Lorsque la crise survient, l'asthme empêche la respiration. Les bronches se resserrent et ne laissent plus passer l'air normalement, le souffle est court. Sans traitement, c'est l'asphyxie. Comment soigne-t-on cette affection chronique ? Que faire en cas de crise d'asthme aiguë ?

Rédigé le , mis à jour le

Asthme : quand les bronches s'encombrent
Asthme : quand les bronches s'encombrent
Sommaire

Qu'est-ce que l'asthme ?

Benoît Thevenet et Régis Boxelé expliquent l'asthme

Essoufflement, gêne respiratoire, sifflement... En France, plus de quatre millions de personnes souffrent d'asthme. Cette maladie inflammatoire des bronches qui touche aussi bien les adultes que les enfants, peut avoir des conséquences graves. Chaque année, l'asthme entraîne effectivement le décès de près de 900 adultes.

En temps normal, lorsqu'on respire, l'air passe librement dans les voies aériennes et arrive aux deux bronches pour être distribué aux poumons. Ces bronches se ramifient et forment des conduits encore plus fins : les bronchioles. Elles apportent l'air chargé en oxygène jusqu'aux alvéoles, des petits sacs dans lesquels se font les échanges gazeux. Le sang prend alors l'oxygène et rejette le gaz carbonique. Puis, il prend le chemin inverse pour être expulsé lors de l'expiration.

Chez une personne asthmatique, ce sont les bronches qui souffrent le plus. Habituellement, elles parviennent à évacuer les agents irritants grâce au mouvement des cils. Mais en cas d'asthme, la muqueuse bronchique est hypersensible. Si les bronches sont exposées à ces produits irritants, elles réagissent en se contractant : c'est la bronchoconstriction. Leur paroi s'épaissit et produit des sécrétions qui s'accumulent dans les voies aériennes. Résultat, la lumière des bronches rétrécit.

Les bronches ne sont plus suffisamment ouvertes pour permettre à l'air de passer. L'air est emprisonné dans la poitrine. La personne asthmatique se sent oppressée. L'inspiration et l'expiration deviennent difficiles et un sifflement caractéristique accompagne l'expiration, parfois une toux. .

Des crises d'asthme angoissantes et étouffantes

Pour contrôler l'évolution de la maladie, les patients asthmatiques procèdent à des Explorations Fonctionnelles Respiratoires (EFR).

Le plus souvent, l'asthme prend une forme nettement moins sévère, avec des crises moins graves, qui cèdent en moins de 20 minutes grâce au traitement. On dit alors qu'il est bien contrôlé par le traitement.

Chez 10% des asthmatiques, l'asthme peut s'aggraver en dépit de la prise en charge, c'est ce qu'on appelle l'asthme sévère qui touche un asthmatique sur dix. Les symptômes sont permanents, beaucoup plus intenses, incontrôlables, avec des crises plus fréquentes. Les symptômes nocturnes comme une respiration sifflante ou un réveil par une toux, surviennent plus souvent et les difficultés respiratoires réduisent l'activité physique habituelle. L'asthme est alors un handicap quotidien : les nuits sont difficiles, angoissantes, une simple marche peut essouffler et dans certains cas, les crises peuvent être très graves et laisser des séquelles.

L'asthme aigu grave, ou état de mal asthmatique

Cette complication brutale est une urgence. Les crises se succèdent et deviennent de plus en plus intenses. Elles s'accompagnent aussi d'une difficulté à respirer et parler, des ongles et des lèvres qui bleuissent, parfois d'une confusion ou d'une perte de connaissance.  Les symptômes ne sont pas soulagés par le traitement habituel. L'asthme aigu grave aboutit à une asphyxie qui peut entraîner la mort et est responsables de près de 900 décès en une année en France (chiffre de 2018). En cause : le sous-diagnostic, le retard de la mise en route du traitement, l'inobservance (non suivi du traitement).

Le diagnostic de l'asthme

L'asthme est une maladie qui doit être bien identifiée et traitée. Pour cela, il faut réaliser une Exploration Fonctionnelle Respiratoire (EFR). Cet examen consiste à souffler dans une machine, qui va analyser la capacité respiratoire et la représenter sous forme d'une courbe.

La deuxième étape sert à trouver ce qui provoque l'asthme. Chez les enfants, plus de neuf cas sur dix sont d'origine allergique (voir vidéo suivante). Ils surviennent lorsqu'il y a des pollens dans l'air ou des acariens, par exemple. Un deuxième examen, la désensibilisation, teste donc les différents allergènes (les éléments qui provoquent des allergies) pour identifier celui qui est en cause. Il est alors possible d'éviter l'allergène en cause et de mettre en route un traitement.

Cet asthme peut être traité par des médicaments qui dilatent les bronches (les bronchodilatateurs) et par corticothérapie pour réduire l'inflammation des bronches (voir paragraphe 4).

L'asthme d'origine allergique

Chez les enfants, deux tiers des cas d'asthme sont d'origine allergique. Pour les soigner, une désensibilisation leur est proposée.

Pour que la désensibilisation soit efficace, les patients doivent prendre quotidiennement un traitement par voie orale pendant plusieurs années. Ce traitement permet de diminuer la consommation médicamenteuse et d'améliorer la qualité de vie. Aujourd'hui, la désensibilisation est de plus en plus proposée pour traiter l'asthme allergique chez les enfants.

Les traitements de l'asthme

En cas d'asthme, un suivi régulier est nécessaire pour réévaluer et réadapter les traitements.

Mais l'asthme n'est pas toujours provoqué par un allergène. Il peut se déclencher lors d'un effort, à cause du froid ou encore de la pollution. Dans tous les cas, le traitement de la crise est le même.

Le traitement de la crise

Première étape : dilater les bronches pour que l'air passe mieux, grâce à des aérosols de bronchodilatateurs qui agissent vite. Des anti-inflammatoires sont parfois nécessaires en plus ; ils vont agir à long terme sur l'inflammation des bronches. Le plus souvent, il s'agit de corticoïdes.

En cas de crise d'asthme, on recommande 2 bouffées de bronchodilatateur en inhalateur, à répéter une fois en l'absence d'amélioration et à prendre en étant assis bien droit pour faciliter la respiration. Si les symptômes ne s'améliorent pas, il est possible de prendre jusqu'à 10 bouffées toutes les 20 minutes (5 bouffées pour les enfants de moins de 6 ans). Si les symptômes ne diminuent pas, on associe le corticoïde si le médecin l'a prescrit. 

Attention, si la crise ne cède pas avec le traitement habituel (4 à 6 bouffées), il faut appeler le 15 ou le 112 ou demander à l'entourage de le faire. Mieux vaut les déranger pour "rien" que risquer un état de mal asthmatique...

Le traitement de fond

Il est souvent nécessaire de prendre un traitement tous les jours, appelé traitement de fond. Il comporte un corticoïde en inhalatateur à dose faible (du fait des effets secondaires possibles). S'il n'est pas suffisant et que les crises persistent, on ajoute un bronchodilatateur qui agit sur le long terme. Et si cette bithérapie n'est pas efficace, il est possible de prendre du montélukast à la place du bronchodilatateur, parfois associé à du tiotropium. Autre possibilité si cela ne suffit, on utilise des médicaments plus récents, de la famille des anticorps monoclonaux, comme l'omalizumab. C'est ce que l'on appelle les biothérapies (voir paragraphe 7).

La prévention

La prévention est elle aussi importante : il est possible de mesurer soi-même son souffle, pour anticiper une crise en augmentant son traitement. Il faut éviter, pour l'asthme allergique, tout ce qui déclenche une crise : les acariens, la moquette, les couvertures poussiéreuses ou encore le tabac. Le patient doit aussi apprendre à bien se connaître et à identifier rapidement les symptômes annonciateurs d'une crise. C'est pour cette raison que l'on recommande une éducation thérapeutique dans une Ecole de l'asthme par exemple.

Quand on a un asthme, en particulier sévère, un suivi régulier est nécessaire pour réévaluer et réadapter les traitements.

La réhabilitation respiratoire

Grâce à la réhabilitation respiration, l'asthmatique peut reprendre une activité physique contrôlée qui est bénéfique à sa santé respiratoire

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la pratique régulière d'une activité physique modérée améliore la capacité respiratoire des asthmatiques

La réhabilitation respiratoire peut en effet être utile aux patients qui souffrent d'asthme sévère. 5 à 10% d'entre eux en bénéficient. La réhabilitation respiratoire leur permet de mieux contrôler leur respiration tout en ayant une activité physique.

Bien réagir en cas de crise d'asthme

La crise d'asthme doit être traitée rapidement afin d'éviter toute complication.

Une crise d'asthme se manifeste généralement par une difficulté respiratoire avec des sifflements expiratoires.

Les complications d'une crise peuvent être importantes et imprévisibles, d'où l'intérêt de sa prise en charge en urgence.

Asthme sévère : l'espoir des biothérapies

Pour les malades souffrant d'asthme sévère, les traitements classiques sont souvent insuffisants mais des traitements prometteurs, appelés biothérapies, sont actuellement en cours d'évaluation.

Les biothérapies ciblent l'interleukine 5. L'interleukine 5 est une protéine produite par le système immunitaire qui circule dans le sang. Chez une personne asthmatique, la protéine est en quantité anormalement élevée. Elle passe dans les bronches et se fixe sur un récepteur situé à la surface des cellules, ce qui crée une inflammation.

Le nouveau traitement bloque la protéine qui ne peut plus se fixer sur les récepteurs. La réaction inflammatoire est stoppée. "L'efficacité n'est pas immédiate. Elle apparaît sur quelques semaines. Ces médicaments agissent tant que le médicament est présent, et quand on arrête le médicament, l'efficacité se perd, c'est-à-dire qu'on ne guérit pas les patients asthmatiques avec ces médicaments même très efficaces. On contrôle la maladie mais quand on arrête le traitement, la maladie est toujours présente", précise le Dr Camille Taillé, pneumologue.

Actuellement plusieurs protocoles sont en cours. Ces toutes nouvelles biothérapies sont réservées aux asthmatiques sévères. Ils représentent 5% des asthmatiques en France.

Thermoplastie bronchique : traiter l'asthme avec de la chaleur

Comment se déroule une séance de thermoplastie ?

Ces dernières années, un nouveau traitement est venu enrichir l'arsenal thérapeutique de certains cas d'asthme très sévère. Il s'agit de la thermoplastie.

La thermoplastie est un traitement qui cible directement les bronches. Après une anesthésie locale, le médecin introduit un fibroscope dans les voies nasales. Une fois dans les bronches, quatre petites électrodes sont déployées contre la paroi. Elles délivrent une énergie thermique de 65 degrés. Objectif : brûler le muscle présent dans la paroi des bronches.

Grâce à la thermoplastie bronchique, la paroi ne peut plus se contracter, ce qui diminue le risque de faire une crise d'asthme. Autre effet de ce traitement, l'air a plus de place pour circuler dans les bronches. Trois séances de thermoplastie sont nécessaires pour obtenir une amélioration.