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Maladie de Crohn : des douleurs abdominales insupportables

120.000 personnes en France souffrent de la maladie de Crohn, responsable de douleurs abdominales et de diarrhées. Si l'origine reste mal connue, des progrès ont été faits dans la prise en charge grâce aux biothérapies. 

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Maladie de Crohn : des douleurs abdominales insupportables
Maladie de Crohn : des douleurs abdominales insupportables
Sommaire

Maladie de Crohn : plus fréquente dans les pays industrialisés

Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes décrivent la maladie de Crohn

La maladie peut atteindre n'importe quelle partie du tube digestif, depuis la bouche jusqu'à l'anus. Mais elle touche le plus souvent le gros intestin, ou côlon, et/ou la partie terminale de l'intestin grêle.

Il s'agit d'une maladie inflammatoire, c'est-à-dire que le système de défense de l'organisme s'emballe de manière tout à fait anormale. Alors qu'il est normal que notre intestin héberge un grand nombre de bactéries, ces dernières sont même bénéfiques pour terminer notre digestion. On ne sait pas pourquoi, chez les malades atteints de la maladie de Crohn, le système immunitaire va attaquer une de ces bactéries.

Cette inflammation du tube digestif évolue par poussées, avec exacerbation des symptômes, comme de nombreuses douleurs que les médecins n'arrivent pas toujours à soulager. Elle est aussi responsable de fortes diarrhées, d'une perte d'appétit et d'un amaigrissement important. Fissures et fistules anales sont fréquents. Des atteintes des articulations, des yeux, des muqueuses sont aussi possibles. Aucun traitement ne parvient à guérir de la maladie de Crohn mais des traitements ralentissent la fréquence des poussées et permettent d'obtenir une rémission.. Parfois la seule solution est chirurgicales, en enlevant les parties de l'intestin trop atteintes.

Les causes, encore mal connues

La maladie de Crohn n'est pas héréditaire mais il y a une prédisposition génétique. Une mutation génétique et un certain type de mycobactérie prédisposeraient à la maladie. 2O % des malades en effet auraient une mutation dans le gène NOD2 d'après l'association AFA. Or ce gène a la fonction de reconnaître les bactéries et de "lancer un signal de combat" contre elles.

Si on ne connaît pas la cause de la maladie, les scientifiques ont tout de même un indice : il se pourrait que cette pathologie soit liée au mode de vie occidental. La maladie de Crohn est en effet plus fréquente dans les pays du Nord que dans ceux du Sud, et plus fréquente dans les pays industrialisés. Ainsi, selon des études de la population, dix ans après leur arrivée au Royaume-Uni, des Sri Lankais émigrés auraient un risque de développer la maladie équivalent à celui des Anglais. L'impact négatif du tabagisme est également démontré.

Maladie de Crohn : les traitements

Sandra, 18 ans, décrit les douleurs ressenties pendant les crises de la maladie de Crohn

En 2019, selon les recommandations en vigueur,  le traitement repose sur les corticoïdes (notamment le budésonide) durant les poussées, qui calment l'inflammation, et sur les immunosuppresseurs qui régulent l'activité de la maladie (c'est ce que l'on appelle un traitement de fond, donné sur le long cours). Ils peuvent être donnés par comprimés ou par voie rectale (suppositoire).

Dans ce dernier cas, on utilise habituellement de l'azathioprine dans les formes moins sévères.

L'essor des biothérapies

Elles sont indiquées dans les formes plus sévères ou en seconde intention après échec de l'azathiopprine, des biothérapies ou "anti-TNF". Il s'agit de l'infliximab et de l'adalimumab dans la maladie de Crohn, et de l'inflixumab, de l'adalimumab et du golimumab dans la RCH. Associer une biothérapie et de l'azathioprine est également possible.

En 2014, une nouvelle biothérapie a été mise sur le marché, et les résultats sont très prometteurs : le nom de cette molécule, c'est le vedolizumab. Cette thérapie nécessite un suivi médicalisé en hôpital de jour pour éviter les complications et surveiller les effets secondaires. Elle est indiquée en cas d'échec des traitements habituels des MICI. 

La recherche dans les MICI

En ce qui concerne la recherche dans ce domaine, les travaux dans les laboratoires ciblent principalement la flore intestinale. La première piste est d'identifier quelle est la bactérie qui provoque la réaction immunitaire. Cette piste revient à chercher une aiguille dans une botte de foin, sachant qu'il y a plus de bactéries dans l'intestin que de cellules dans notre corps... Une bactérie, appelée F. prau, aurait une action anti-inflammatoire très intéressante à développer pour lutter contre la maladie.

D'autres pistes de recherche se tourne vers une meilleure compréhension des causes, ainsi que vers la mise au point de médicaments plus spécifiques à la maladie de Crohn, qui auraient pour but d'empêcher l'emballement du système immunitaire. Malheureusement, aujourd'hui, les traitements utilisés ont beaucoup d'effets secondaires. Ceux qui permettent au système immunitaire d'être moins agressif rendent en effet les patients plus sensibles aux infections en général. Les corticoïdes, qui sont de puissants anti-inflammatoires, sont aussi utilisés pendant les crises aiguës.

Maladie de Crohn : l'opération

Attention, images d'intervention chirurgicale : l'opération consiste à retirer les parties de l'intestin atteintes de la maladie de Crohn

Dans les formes sévères de la maladie de Crohn ou de la rectocolite hémorragique, il arrive que les médicaments échouent ou qu'il y ait une complication grave comme une occlusion par exemple. Dans ce cas, il est parfois nécessaire d'opérer pour enlever les parties de l'intestin les plus endommagées.

Maladie de Crohn : prévenir la récidive post-opératoire

Dans la maladie de Crohn, il arrive que les traitements ne parviennent pas à stopper l'inflammation. L'opération devient alors la seule solution. La maladie peut néanmoins récidiver dans une autre partie de l'intestin.

"Pour qu'une maladie de Crohn se développe, il faut qu'il y ait plusieurs éléments favorisants. Il y a un terrain génétique, il y a des facteurs environnementaux qui vont probablement influencer la réponse immunitaire ou la composition des microbes. Ce sont donc des scénarisos assez complexes qui conduisent à la rechute", explique le Pr Matthieu Allez, gastro-entérologue.

Pour prévenir la récidive post-opératoire, les médecins recommandent de débuter un traitement avant que les symptômes ne réapparaissent. Pour comprendre les causes des récidives, une étude clinique englobant 350 patients est actuellement en cours. En attendant les résultats de cette étude, les patients restent sous surveillance.