On vous explique les 3 scénarios retenus par l’OMS pour expliquer l'origine du covid

Chauve-souris, pangolin, viande congelée ou accident de laboratoire ? Les experts de l’OMS ont analysé quatre hypothèses pour expliquer l’origine de la pandémie de covid. Trois d’entre elles leur semblent probables.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le
Image d'illustration. La chauve-souris figure parmi les animaux suspectés d'avoir pu transmettre le SARS-CoV-2 à l'humain.
Image d'illustration. La chauve-souris figure parmi les animaux suspectés d'avoir pu transmettre le SARS-CoV-2 à l'humain.  —  Crédits Photo : © Shutterstock / aaltair

D’où vient le SARS-CoV-2, virus à l’origine de la pandémie de covid qui touche la planète depuis plus d’un an ? Les experts de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) publient ce 30 mars le détail des conclusions de leur enquête menée en Chine. Ils dégagent quatre hypothèses, et pour chacune d’entre elles, comptent les pour et les contre.

L’hypothèse "très probable" d’un animal intermédiaire

Première hypothèse, jugée "probable à très probable" : celle de l’animal intermédiaire. Selon ce scénario, qui est aujourd’hui le scénario privilégié, le SARS-CoV-2 aurait été transmis d’un réservoir animal – probablement la chauve-souris – à d’autres espèces animales, qui l’auraient à leur tour transmis à l’humain.

Parmi les animaux intermédiaires suspects figurent le chat domestique, le vison, le lapin, le pangolin ou encore le blaireau-furet.

Les arguments pour :

  • La distance évolutive qui sépare le SARS-CoV-2 des virus les plus proches présents chez les chauves-souris est de plusieurs décennies, ce qui laisse à penser qu'il y a un animal intermédiaire, indique le rapport.
  • Des virus très proches ont également été retrouvés chez les pangolins, ce qui suggère qu'il y a au moins eu une transmission inter-espèce, de la chauve-souris au pangolin.
  • La transmission à l'humain d'un virus par un animal intermédiaire a déjà été prouvée pour d'autres maladies.

Les arguments contre :

  • On retrouve le SARS-CoV-2 dans un nombre croissant d'espèces animales, mais les études tendent à montrer que ce sont les humains qui leur avaient transmis le virus.
  • Et jusqu'à présent, les tests menés sur un large éventail d'animaux domestiques et sauvages dans la région chinoise de Wuhan, où sont apparus les premiers cas fin 2019, n'ont pas permis de détecter le SARS-CoV-2.

L’hypothèse "probable" d’une transmission directe

Deuxième hypothèse : la transmission directe, jugée "possible à probable". Dans ce cas, ce serait le réservoir animal – la chauve-souris, le pangolin ou le vison – qui aurait directement transmis le virus à l’humain.

Les arguments pour :

  • La plupart des coronavirus que l'on retrouve actuellement chez l'humain proviennent d'animaux.
  • Des études menées depuis l'épidémie du Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002-2003 ont permis de trouver des virus génétiquement similaires au SARS-CoV-2 chez certaines chauves-souris.
  • Le rapport souligne aussi que "des anticorps visant les protéines du coronavirus de la chauve-souris ont été trouvés chez des humains ayant eu un contact étroit avec des chauves-souris".
  • Des virus similaires ont également été trouvés chez le pangolin malais. Le rapport n'exclut pas que le vison puisse être le réservoir animal principal.

Les arguments contre :

  • Le virus le plus proche génétiquement du SARS-CoV-2 est un virus de chauve-souris, mais l'analyse montre qu'il y a eu une importante évolution entre eux.
  • Et "les contacts entre les humains et les chauves-souris ou les pangolins ne sont probablement pas aussi fréquents que les contacts entre les humains et le bétail ou les animaux sauvages d'élevage", note l’OMS.

L’hypothèse "possible" de la viande surgelée

Troisième scénario : la viande surgelée, jugé "possible".  Une transmission directe aurait eu lieu par consommation de viande surgelée.

Les arguments pour :

  • Depuis la quasi-élimination du SARS-CoV-2 en Chine, le pays a connu en 2020 des épidémies de Covid liées à des produits congelés importés.
  • Et le virus a été retrouvé sur des emballages extérieurs de produits congelés importés, ce qui suggère qu'il résiste au froid.

Les arguments contre :

  • "Il n'existe aucune preuve qui permet de conclure que le SARS-Cov-2 puisse être transmis à travers des aliments et la probabilité d'une contamination de la chaîne du froid par le virus à partir d'un réservoir est très faible", indique le rapport des experts de l’OMS.

L’incident de laboratoire "extrêmement improbable"

Dernier scénario, celui d’un incident de laboratoire. Les experts n'ont pas étudié le cas d'une fuite volontaire, et jugent "extrêmement improbable" un accident.

Les arguments pour :

  • "Bien que rares, les incidents de laboratoire peuvent se produire", selon le rapport.
  • Et le coronavirus de chauve-souris RaTG13, dont la séquence du génome est extrêmement similaire à celle du SARS-Cov-2, a été séquencé à l'Institut de virologie de Wuhan.

Les arguments contre :

  • "Il n'existe aucune trace de virus étroitement liés au SARS-CoV-2 dans aucun laboratoire avant décembre 2019, ni de génomes qui, combinés, pourraient fournir un génome du SARS-CoV-2", précise le rapport.
  • "Le risque d'avoir cultivé de façon accidentelle le SARS-CoV-2 en laboratoire est extrêmement faible", ajoute-t-il.

L'OMS demande une nouvelle enquête

Quel est le fin mot de l’histoire ? Pour l’heure, aucune réponse définitive ne peut être apportée et aucune piste n'est validée avec certitude. Les auteurs du rapport recommandent donc de conduire des études "supplémentaires et complètes" sur la base des trois hypothèses les plus probables.

Mais même si ce rapport balaie l’hypothèse d’un incident de laboratoire, la directeur de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus ne souhaite pas en rester là. Dès la publication du rapport, il a demandé l’ouverture d’une nouvelle enquête sur une possible fuite du virus d'un laboratoire, "avec de nouvelles missions avec des experts spécialisés" qu’il s’est dit prêt à déployer.

Car selon lui, les experts internationaux ont jusqu’ici rencontré des difficultés pour accéder aux données brutes des Chinois. Ces données permettraient pourtant de faire la lumière sur l’origine du virus.