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Grossesse et covid : quels sont les risques ?

Les femmes enceintes figurent parmi les personnes à risque de développer une forme grave de la covid. Si peu de données existent encore sur ce sujet, les autorités recommandent par précaution un strict respect des gestes barrières pendant la grossesse.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Des mesures barrières strictes et du télétravail dès que possible. C’est ce que recommande le Haut Conseil à la Santé Publique (HCSP) aux femmes enceintes dans un avis publié le 22 octobre. Mais que sait-on vraiment des risques associés à la covid pendant la grossesse ? Si les scientifiques ne disposent encore que de peu de recul sur ce sujet, leur inquiétude est légitime. En effet, l’exemple d’autres infections virales montre que les virus peuvent avoir des répercussions à la fois sur le développement du fœtus et sur le déroulé de la grossesse.

Ainsi, "par analogie avec d’autres virus respiratoires, il est considéré que la grossesse pourrait constituer un facteur de risque de forme grave, en particulier au 3e trimestre" précise le HCSP. Un risque accru expliqué par les "bouleversements que subissent le corps et le système immunitaire" des femmes enceintes, précise l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

L’exemple de la grippe

Déjà, la fièvre, provoquée par l’infection, peut à elle seule représenter un danger pour le fœtus. C’est par exemple le cas pendant la grippe, virus pour lequel la vaccination est recommandée chaque année à toutes les femmes enceintes.
Mais ce n’est pas tout : les femmes enceintes atteintes de la grippe possèdent un risque de développer des complications pulmonaires et cardiaques sévère six fois supérieur à celui encouru par les autres femmes grippées.
Les virus respiratoires peuvent donc mettre en danger à la fois la santé du fœtus et celle de la femme enceinte.

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Encore très peu de données

Qu’en est-il pour la covid ? Pour l’heure, les recommandations s’appuient sur les deux autres coronavirus bien connus : SARS-CoV et MERS-CoV, cousins de l'actuel SARS-CoV-2. Mais pour ces deux coronavirus plus anciens, peu de femmes enceintes avaient été contaminées donc peu de données existent.

C’est pourquoi les scientifiques scrutent aujourd’hui à la loupe la santé des femmes enceintes testées positives au nouveau coronavirus, bien plus nombreuses que pour les autres virus.

Fièvre, manque d’oxygène, hospitalisation...

Parmi ces recherches, une étude new-yorkaise publiée en août dernier dans la revue An International Journal of Obstetrics and Gynecology (BJOG) dresse un état des lieux des complications post-partum de 675 femmes, dont 71 infectées pendant la grossesse. Après l’accouchement, 13% des infectées présentaient une fièvre élevée, un faible taux d’oxygène dans le sang, ou un état nécessitant une nouvelle hospitalisation, contre seulement 4,5% des femmes non infectées par le coronavirus.

Davantage de pré-éclampsie ?

Plus récemment, c’est l’institut Karolinska à Stockholm (Suède) qui s’est penché sur la question. Dans une étude publiée dans le JAMA le 23 septembre portant sur 2.682 femmes, les chercheurs rapportent que 156 femmes enceintes positives à la covid au moment de l’accouchement ou plus tôt pendant la grossesse présente un risque de pré-éclampsie plus élevé (7,7%) que les femmes non contaminées (4,3%).

Plus de passages en soins intensifs

Enfin, une méta-analyse publiée le 1er septembre dans le BMJ regroupant 77 études conclue que les femmes enceintes infectées par le SARS-CoV-2 présentent moins de symptômes - comme de la fièvre ou des douleurs - mais un risque accru de passage en unité de soins intensifs que les autres femmes infectées.
Par rapport aux femmes enceintes non contaminées, elles présentent aussi un risque accru d’accouchement prématuré et de passage en unité néonatale pour leur nouveau-né.

En attendant des études plus complètes...

Ces recherches portent principalement sur le troisième trimestre de grossesse. Qu’en est-il plus tôt, quel impact sur le développement du fœtus ? La question reste en suspens dans l’attente de vastes études portant sur un nombre bien plus élevé de femmes enceintes, idéalement suivies du début de la grossesse au post-partum.

Dernier point encore très obscur : le risque d’une transmission verticale du coronavirus de la mère au fœtus ou au nourrisson. Quelques cas, notamment en France, ont été répertoriés mais les scientifiques manquent de données pour pouvoir en tirer une conclusion.

... Appliquer le principe de précaution

Dans l’attente de nouvelles publications plus fournies sur les risques pour la femme enceinte et pour son enfant, l’OMS mise sur le principe de précaution. Les femmes enceintes doivent donc appliquer strictement les mesures barrières comme n’importe quelle personne vulnérable.

Et après l’accouchement ? Si une jeune mère est contaminée par le coronavirus, l’OMS préconise qu’elle se lave soigneusement les mains "avant de toucher le bébé" et qu’elle "(porte) un masque lors des contacts", par exemple pendant l’allaitement qui reste recommandé, même en cas de symptômes.