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Image d'illustration. Crédits Photo : © Shutterstock / hedgehog94

Covid : peut-on être vacciné mais rester contagieux ?

Les premiers vaccins anti covid arrivent bientôt sur le marché. Mais les scientifiques ne savent toujours pas si les personnes vaccinées continueront à transmettre le virus.

Laurène Levy
Rédigé le , mis à jour le

L’arrivée de la vaccination contre le covid est imminente. Mais les premiers vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna seront-ils en mesure de stopper l’épidémie ? La réponse à cette question dépend d’une donnée encore inconnue : l’impact qu’aura le vaccin sur la transmission du virus.

Autrement dit, le vaccin sera-t-il efficace contre l’infection ou uniquement contre la survenue de formes sévères de la maladie ?

Dans le premier cas, le virus serait bloqué, ne pourrait pas se répliquer dans l’organisme des personnes vaccinées et il n’y aurait donc pas de transmission entre individus. Un scénario qui endiguerait fortement la circulation du virus.

Un risque de dispersion du virus ?

Mais dans le second cas, la transmission du virus serait toujours possible. Les personnes vaccinées resteraient contagieuses, même si elles ne développent pas de symptômes. Et le virus continuerait de circuler.

Il y aurait certes moins de formes graves chez les personnes vaccinées, mais toujours des infections, des symptômes et potentiellement des formes sévères chez les non-vaccinées.

"Le risque dans ce cas est que les vaccinés se considèrent protégés et portent moins leur masque, alors qu’ils sécrètent du virus" s’inquiète le professeur Jean-François Saluzzo, virologue spécialiste des vaccins et expert auprès de l’OMS. "L’effet obtenu serait alors l’inverse de l’effet attendu : une dispersion du virus au lieu d’une immunité collective" redoute le spécialiste.

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Manque de recul

Pour le moment, aucune donnée ne permet de savoir si l’on se trouve dans le premier ou le second scénario. "Ce que l’on sait, c’est qu’il y a moins de cas de covid dans le groupe des personnes vaccinées.

Personne n’a encore mesuré si ce résultat était associé à une diminution du risque de transmission du virus à l’entourage" constate le professeur Bruno Lina, virologue et membre du Conseil scientifique.

L’idéal bien sûr, serait que le vaccin protège à la fois contre la réplication du virus et contre la maladie, rappelle le professeur Saluzzo. "C’est la finalité habituelle de tout vaccin."

Alors pourquoi une telle incertitude aujourd’hui autour des vaccins anti covid ? Pour deux raisons : un manque de recul sur ces vaccins développés très rapidement, et le fait que le covid est une infection respiratoire.

Le cas particulier des infections respiratoires

Car tous les vaccins sont validés à partir d’un critère principal : la présence d’anticorps neutralisants dans le sang, rappelle Jean-François Saluzzo. Mais dans le cas particulier d’un virus respiratoire, les anticorps sanguins peuvent ne pas être suffisants pour protéger contre l’infection.

"Ils peuvent peut-être protéger contre les formes sévères de la maladie mais pas contre l’infection au niveau des muqueuses respiratoires, premier site d’infection du coronavirus" décrit le spécialiste. On se trouve alors dans le second scénario.

Miser sur l’immunité mucosale

Pour se trouver dans le premier scénario, avec un vaccin efficace contre l’infection, "il faut qu’une immunité mucosale soit activée, c’est-à-dire que des anticorps soit fabriqués dans les sécrétion nasales" précise le professeur Lina.

Et ce n’est pas une mission impossible. Si le vaccin est à l’origine d’une mémoire immunitaire suffisante, "l’ensemble des défenses seront recrutées à l’endroit où la zone infectieuse est identifiée, dans le nez donc" explique Bruno Lina. "Les cellules immunitaires s’y regrouperont et y sécrèteront des anticorps" poursuit-il.

"Un énorme problème de stratégie vaccinale"

Mais pour savoir si le vaccin suffit à entraîner une immunité mucosale et donc à bloquer les infections, il faudra attendre "au moins février ou mars", estime le professeur Saluzzo. Si les résultats sont bons chez les premières personnes vaccinées, à savoir les résidents des Ehpad en France, "c’est gagné", s’enthousiasme-t-il.

En revanche, si le vaccin n’empêche pas la contagion, on sera face à "un énorme problème de stratégie vaccinale". Et il faudra plutôt miser sur les performances des autres vaccins en cours de développement.