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Comment être parent dans les nouvelles formes de famille ?

Monoparentales, homoparentales, familles recomposées... Comment exercer son rôle de parent dans ces schémas moins traditionnels ? Les réponses de notre pédopsychiatre Catherine Jousselme.

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Comment être parent dans les nouvelles formes de famille ?

A la base, quand un couple conjugal s’aime et décide d’avoir un enfant, il devient un couple parental et une famille naît. Là où la "famille", il y a encore 30 ans, entrait dans un modèle unique, elle s’inscrit davantage aujourd’hui dans des constellations variées au sein desquelles l’enfant doit trouver sa place. Vivre "un seul amour", "une seule vie", reste de plus en plus difficile, avec le rallongement de la durée de vie, une société qui va vite, toujours plus vite et qui renforce l’individualisme, avec l’idée d’un "développement personnel" et d’un "droit au bonheur".

Du coup, le divorce ou la séparation (plus de 1 couples sur 3) entraîne de multiples configurations en termes de garde de l’enfant. Avant 1970, c’était le père qui exerçait "la puissance paternelle", et en cas de divorce, celle-ci lui restait, même si la garde pouvait en être dissociée, elle était attribuée à "l’époux innocent". La loi du 4 mars 1970 a institué un nouveau concept qui est celui "d’autorité parentale" exercée par les deux parents dans les couples mariés.

En cas de divorce, elle est conservée par ces deux parents, mais reste souvent difficile à exercer sereinement. Quand on décompose une famille, il est rare qu’on ne se déchire pas. Quand la haine détricote l’amour, qu’on reste en monoparentalité ou qu’on recompose une nouvelle famille, rien n’est évident.

Familles homoparentales : plus de problèmes que les autres  ?

Actuellement de nouvelles études affinent ces résultats. Il peut exister des différences liées à des histoires singulières, éventuellement pathogènes comme dans certains couples hétérosexuels d’ailleurs. Actuellement entre 25 000 et 40 000 enfants sont élevés par des couples homoparentaux, surtout des femmes (l’INED en 2017) et quand ils consultent, c’est le plus souvent, dans le cadre de guidances parentales, pour évoquer des questions, des doutes passer un cap de développement (regard des autres, question à l’école, entrée en adolescence etc.), mais pas pour une pathologie psychologique avérée. Ces consultations sont très riches et font avancer chacun.

Les femmes homosexuelles qui ont recours à l’AMP à l’étranger, choisissent souvent le même donneur et parfois vivent chacune une grossesse. Le constat est souvent que celle qui ne porte pas l’enfant joue alors un rôle de tiers symbolique dans son chemin œdipien, ce qui lui permet de ne pas s’enfermer dans une relation trop infantile avec la mère biologique. Dans les GPA dans des couples homosexuels hommes, l’enfant met en place un processus œdipien de nature différente avec le père biologique, et son autre parent, qui joue alors le rôle du tiers. Il n’est en aucun cas question pour les mères biologiques "d’évacuer le père" ou de le "tuer", elles ont conscience que la fonction paternelle (tiers séparateur) doit être exercée, et elles trouvent des moyens symboliques pour qu’elle s’exerce (avec l’autre parent ou par d’autres liens). 

Ne pas confondre "père" et "fonction paternelle"

Le père "en tant que personne masculine", ne se superpose par forcément au "représentant de la fonction paternelle" et c’est d’ailleurs d’autres personnes que le père biologique qui exercent cette fonction dans certaines cultures. Certains pères masculins bien vivants, en couple hétérosexuel, se révèlent d’ailleurs incapables d’exercer une fonction paternelle (quelle qu’en soit la cause) et s’excluent de la relation à l’enfant, ce qui est très pathogène pour ce dernier.

Par contre certaines femmes seules, en monoparentalité obligée (deuil, abandon), ou en couples homoparentaux, parviennent à trouver "un/e représentant de la fonction paternelle", parce qu’elles ont bien conscience qu’il faut ce regard conjugué sur l’enfant pour qu’il grandisse bien. Du "maternel" qui renvoie au corps, à la dualité, et du "paternel" qui ouvre sur le monde, les autres et pousse ainsi à trianguler la relation. Toutes les femmes homosexuelles ou seules, sont loin de détester les hommes, même si elles n’en tombent pas "amoureuses" ! C’est l’exercice de la fonction paternelle qui est indispensable au bien être psychique de l’enfant et il ne va pas forcément de soi pour tous, et tout le temps.

Un accompagnement est parfois nécessaire pour que chacun prenne sa place sans trop de doute ou de culpabilité. Par exemple "prendre la place du père", pour un beau-père très présent, ou pour une femme dans un couple homoparental, celle de "tuer le père" quand on lui répète sans cesse ! Nous accompagnons souvent des familles en difficulté que nous aidons à "rétablir" une fonction paternelle, dans un dispositif "haute couture". Chaque cas est unique, et nous sommes là pour visiter chaque histoire dans le respect et le tricotage progressif, adapté aux rythmes de chacun. 

S'adapter aux changements culturels actuels

Il est donc dangereux de rester figé dans des réflexions ne prenant pas en compte les changements culturels actuels. C’est contreproductif, toxique et inefficace. Si "l’amour" ne suffit pas, pour bien élever un enfant, l’amour conjugal reste essentiel pour aider chaque parent à se questionner sur ce qu’il est, sur ce qui est compliqué pour lui à transmettre. Si la peur fait bouger, elle fait rarement avancer…

C’est le besoin de construire avec l’autre qui nous pousse à avancer, ce qui est un moteur majeur de la parentalité. Toute position trop tranchée, engendrant une absence de questionnement personnel, est propice à fabriquer de la pathologie chez l’enfant. D'où la nécessité de prendre un temps pour travailler en amont avec ces couples ou ces femmes seules. Des parents qui doutent parfois peuvent se faire accompagner quand ils ont peur, qu'ils sont seuls et qu'ils n'osent pas répondre aux questions de leurs enfants. Ce n’est pas la nature de la sexualité des parents qui en fait ou non des parents "suffisamment bons", c’est leur capacité à rester ouverts à toute question, sereins car reconnus et garantis de leurs droits. 

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