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Films X : quelles conséquences sur la sexualité des ados ?

La pornographie a envahi le monde adolescent. Fini le temps où il fallait aller acheter un Playboy au bureau de tabac du coin et bienvenue aux films X sur le Net et autres "chats-roulette". Une démarche passive où l'adolescent se croit bien à l'abri de tout jugement derrière son écran, mais qui ne serait pas sans conséquence sur leur sexualité et même leurs relations amoureuses. Décryptage.

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Films X : quelles conséquences sur la sexualité des ados ?
Films X : quelles conséquences sur la sexualité des ados ?
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Un cri d'alerte

Si lors de son apparition dans les années 70, la pornographie se limitait à des rapports sexuels classiques, elle promouvrait depuis une vingtaine d'années l'escalade des pratiques sexuelles, n'hésitant plus à montrer des scènes de zoophilie ou de sadomasochisme, pour ne citer qu'elles. Des scènes que nos adolescents regardent, absorbent et assimilent parfois à la sexualité réelle.

Les premiers émois amoureux brouillés par les films X

A l'âge des premiers émois amoureux et sexuels, ils représenteraient 30% des consommateurs des 7 millions de sites pornographiques présents sur le web. Deux raisons principales sont évoquées afin d'expliquer l'intérêt pour ces sites à l'adolescence : d'une part le besoin d'informations sur le corps humain, sur les pratiques réalisées lors de l'acte sexuel, et d'autre part, la stimulation sexuelle que les images induisent et qui pourra être utilisée lors de la masturbation notamment.

Le Professeur Nisand, gynécologue-obstétricien, tire la sonnette d'alarme devant les répercussions de la pornographie sur la sexualité des adolescents. "Il y a deux choses nouvelles concernant la consommation : elle se rajeunit de plus en plus et elle se féminise", constate ce médecin très impliqué dans ce dossier.

Les jeunes ont accès à des images pornographiques, avant l'âge de 14 ans pour les trois quarts d'entre eux ! Or les films pornos présentent une sexualité dénuée d'affect, de sentimentalité, très mécanique et sexiste. Les hommes y sont présentés comme très virils avec leur pénis aux dimensions impressionnantes et faisant toujours jouir leur partenaire tandis que les femmes comme soumises au désir masculin, disant toujours oui même quand elles disent non, et ayant un orgasme dès qu'on les touche...

"L'addiction à la pornographie se retrouve à 95% chez les garçons, qui consomment pour savoir ce que les meufs aiment, autrement dit être prises de force pour pouvoir jouir", commente le gynécologue en reprenant les mots des collégiens. Ils cherchent ensuite à reproduire ce qu'ils ont vu lors de leurs premières relations sexuelles, qui ont lieu de plus en plus tôt, avec un recours plus fréquent à l'utilisation d'objets pendant le rapport et à la sodomie.

Quelles conséquences ?

Selon le médecin, plusieurs conséquences découlent directement de cette exposition précoce à la pornographie : l'âge du premier rapport plus précoce (qui a lieu avant 15 ans pour 25 % des garçons et 15 % des filles), l'augmentation du nombre de partenaires ou les inquiétudes croissantes concernant l'aspect du pénis ou du sexe féminin, différents des canons montrés dans les films X et conduisant de plus en plus à des demandes de chirurgie esthétique.

Le phénomène des "fuckfriends", des relations sexuelles d'amusement, ne concerneraient plus seulement les adultes : il serait devenu normal pour 95% des garçons et 85% des filles. Le Pr Nisand va même plus loin en reliant la multiplication des violences sexuelles chez les jeunes à la pornographie. "Les viols sur mineurs commis par des mineurs doublent chaque année, c'est de la folie, s'exclame-t-il, et on continue à ne pas vouloir voir !".

"On peut s'inquiéter de l'image très technique de la sexualité que donne la pornographie, reconnaît le Dr Jacquemin-Le Vern, sexologue, même si elle est beaucoup plus nuancée qu'Israël Nisand sur le retentissement de la pornographie. L'adolescence est une période fragile et il faut rassurer les ados, les garçons qui peuvent être complexés par la taille de leur verge". Quand bien même prétenderaient-ils savoir que les films X ne reflètent pas la réalité, leur dire de vive voix est très important.

"Les adultes ne doivent pas laisser l'éducation sexuelle à la pornographie !", recommande le Dr Jacquemin-Le Vern. Il dépend beaucoup du contexte familial : il est moindre dans un milieu où l'on parle de la sexualité, où l'on accompagne ses ados.

Des propositions concrètes pour protéger les ados

Le Pr Nisand est plus virulent : "D'une part, nous n'éduquons pas nos enfants et d'autre part nous les laissons voir des images d'une violence extrême, où les femmes sont représentées comme des paquets de chair et aimant être humiliées !".

Il a donc formulé quelques propositions qui concernent aussi bien les adultes que les réseaux sociaux ou les serveurs fournissant les images pornographiques. Il prône l'éducation sexuelle dès 4 ans, avec des mots adaptés à chaque âge et conformément à la loi de 2001 qui est peu mise en place en pratique.

La prévention concerne les adolescents en les éclairant sur la possible addiction à ce type d'images, mais aussi les parents, en les informant de la dangerosité de cette addiction et en rappelant des principes de base comme ne pas laisser accessibles des supports pornographiques (30% de ceux qu'utilisent les adolescents appartiennent aux parents).

Les serveurs devraient mettre en place un système où il est impossible d'accéder aux images sans fournir un numéro de carte bancaire. La dernière proposition concerne les réseaux sociaux, avec l'obligation d'une "Nétiquette", protégeant les jeunes qui s'exposent parfois à leur insu.

Le dialogue avant tout

La pornographie, qui ne pose pas question à l'âge adulte, en fourmille à l'adolescence où l'on construit sa conception du couple grâce à ses premières expériences.

Les premiers rapports sexuels ne seraient plus l'apanage des relations amoureuses : le sexe oui, mais sans le sentiment. Alors comment vivront les jeunes actuels ? Sauront-ils nouer une relation amoureuse stable ?

Le Dr Jacquemin-Le Vern se veut rassurante à partir du moment où l'accompagnement par un adulte existe. "Les ados restent très fleur bleue, malgré la pornographie !", constate-t-elle lors de ses consultations, "Internet est incontournable à l'heure actuelle et il apporte beaucoup de choses très bien". Alors donner aux enfants des outils leur permettant de bien l'utiliser est incontournable.

Le rôle des parents consisterait à guider les plus jeunes dans le monde de la sexualité, tout en les laissant faire les propres expériences. Même s'il n'est pas toujours facile d'aborder ce sujet très intime, il s'agit pourtant d'ouvrir le dialogue : "si tu tombes sur des images pornos, on en parle, d'accord ?". Et si les parents ne se sentent pas capables d'aborder de tels sujets ? Un autre adulte, un proche, peut servir de référent et de relai dans l'éducation sexuelle.

La sexologue conseille également de ne pas laisser seuls les ados devant Internet sans leur parler des dangers potentiels, qu'il s'agisse d'images pornographiques ou de harcèlement sexuel. Car les exhibitionnistes qui rodaient autrefois près des écoles sont maintenant sur le Net et les adolescents se harcèlent aussi entre eux sur les réseaux sociaux.

Il est donc judicieux d'accompagner ses enfants et de les aider à utiliser Internet, en leur donnant quelques adresses de sites de confiance, comme Info-ado, Education-sensuelle.com, Fil Santé Jeunes ou Tasante.com. Ils peuvent même servir de point de départ à une discussion. "Tes amis et toi avez-vous déjà vu un film X ? Qu'en pensez-vous ?".

Dernier conseil : vérifier qu'ils savent à qui s'adresser en cas de problème, un adulte en qui ils ont confiance, comme un oncle, le parent d'une amie, etc. Certains sites disposent d'un onglet où signaler un abus (onglet "Aide", en bas à droite de Facebook, puis cliquer sur "Signaler quelque chose").

L'heure n'est pas à la morale, mais bien à l'explication et au dialogue. Les temps changent et il est du devoir des parents d'accompagner leurs enfants au pays de la sexualité, dont la pornographie fait partie. Dans un moment d'écoute, tissée de complicité, de confiance et pourquoi pas d'humour...

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