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Jamais sans chapeau

Jamais sans chapeau

Mayday, Mayday, Medec !

Rédigé le 21/04/2011 / 14

Libération de la Tunisie en janvier, émancipation de l’Égypte en février… En mars dernier, les médecins généralistes se seraient affranchis du Medec et pourtant curieusement l’affaire a été passée sous silence.

Grand raout commercial organisé par les firmes pharmaceutiques à destination des médecins généralistes ou bien forum de rencontre destiné à l’information et à la formation des omnipraticiens, les avis de mes confrères sont partagés. Ne comptez surtout pas sur moi pour trancher la question. J’ai déjà assez d’ennemis comme ça ;-)))

Ce bon vieux Medec, ce salon de la médecine générale et de « l’innovation pharmaceutique » , nous a quitté sans bruit. Tué par la crise économico-financière et par l’indifférence, ce salon ne fêtera donc pas son 39e anniversaire.

Au temps de sa splendeur, à l’aube du 2e millénaire, le Medec occupait deux étages, bien remplis, du palais des congrès. Inauguré par le président Chirac en personne, on y croisait toutes les éminences du monde de la santé.

Votre serviteur y animait même un talk-show médical sur AtmedicaTV, une des premières web télévision du net. Tout le monde se pressait pour participer à ces agapes numériques : les grands professeurs de médecine venaient y prodiguer leurs conseils aux patients ou évoquer l’avenir de la médecine, les politiques venaient pérorer sur les réformes en cours et les médecins généralistes partager leurs expériences. C’était du direct que l’on pouvait aussi regarder en différé (petite précision pour toi ami lecteur, les podcasts n’existaient pas encore à l’époque).

En 2001, en direct du Medec, nous avons organisé une  démonstration sur l’utilisation de défibrillateurs automatiques . Les médecins généralistes furent nombreux à y participer. Nous avions aussi dans cette émission une place pour les associations de patients qui pouvaient ainsi dialoguer avec les médecins généralistes et confronter leurs points de vue. Des personnalités venaient parler de leur médecin généraliste. Toute ma vie je me souviendrais de Jean-Jacques Debout venu raconter l’histoire d’un médecin de campagne nain qui était la coqueluche des enfants. Comme nous avions mis un clavier à la disposition du chanteur, nous avons eu un concert en direct du Medec. Bruno Soubiran, président et fondateur du Medec,  attiré par le vacarme nous avait rejoint. Jean-Jacques Debout, qui avait bien connu son père André Soubiran, lui a raconté, à son sujet, une anecdote si émouvante que nous étions presque tous en larmes.

Le Medec c’était aussi l’occasion d’apercevoir d’anciennes copines  ou d’anciens copains d’études au coin d’un stand de laboratoire.

D’ailleurs les stands des laboratoires pharmaceutiques étaient tous plus beaux les uns que les autres et offraient une ribambelle de gadgets: règle à ECG, surligneurs, tapis de souris, CD-Rom de formation, publicités vantant les mérites de tel ou tel traitement, étuis à cartes de visite, ainsi qu'une flopée d’échantillons divers (pas d’urine quand même).

À midi et à 18 heures, on entendait les crépitements des bouteilles de champagne, les labos savaient recevoir à coups de nectars alcoolisés accompagnés de petits fours.

Parfois, c’en était même choquant, des médecins se jetaient, comme des « morts de faim », sur les gadgets les prenant par dizaine pour les enfouir sans vergogne dans leur sac de congrès siglés par quelques sponsors bienveillants. Mon ami Pascal qui tenait un stand de tensiomètres s’est fait dérober nombre d’articles exposés en démonstration par des visiteurs à l’allure digne et parfois même hautaine.

Tous les éditeurs de logiciels médicaux étaient représentés, les stands institutionnels alternaient avec celui du Conseil national de l’Ordre des médecins , du Comité français d’éducation à la santé sans oublier le stand tout vert de la carte Vitale.

Et puis il y avait aussi des stands plus insolites comme celui des Médecins maîtres toile (comprendre webmasters) ou celui des nez rouges du Rire médecin qui font entrer les clowns dans les hôpitaux. Ces derniers stands, bien moins luxueux, n’offraient ni champagne ni cadeaux, ce qui fait qu’ils étaient bien moins visités.

Il y avait bien sûr les magnifiques stands de la presse médicale ou se retrouvait toute l’intelligentsia de la profession et le village des leaders où le simple quidam (c’est à dire le médecin généraliste) n’était même pas admis.

Les forums et les séances de formation continue abondaient ; concernant toutes sortes de sujets sensés intéresser les bons médecins, comme l’abord de l’enfant diabétique, la médecine d’altitude, la dépression ou la fiscalité du cabinet médical.

Certains Medec étaient associés avec un autre salon médical concernant la nutrition, les cures thermales…

Et puis pour les initiés, il y avait chaque année, l’after du Medec ? Une fête nocturne sur le lieu même du salon qui commençait une fois les derniers visiteurs partis. Je ne veux  pas vous en raconter plus mais sachez qu’on savait vivre en ce temps là.

Pour toutes ces raisons, j’aimais et je détestais le Medec.

L’année dernière, ça sentait déjà le sapin. Il manquait beaucoup de stands, tout le salon tenait sur un étage,  les labos offraient de l’eau minérale et du jus d’orange, c’était triste à en mourir.

Le Medec est mort ! Vive le Medec !