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Ch@t : Tics, Tocs, phobies...

Les réponses du chat du 6 mai 2009 Avec le Dr. Franck Lamagnère, psychiatre ; Lucia Romo et Stéphany Pelissolo, psychologues cliniciennes.

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  • Psychologie de la peur : Craintes, angoisses et phobies
    Christophe André
    Ed. Odile-Jacob, 2005



  •  
  • La peur des autres : Trac, timidité et phobie sociale
    Christophe André, Patrick Légeron
    Ed. Odile-Jacob, 2003



  •  
  • Manies, peurs et idées fixes
    Dr. François Lamagnère
    Ed. Retz, 1999

 

Les réponses du Dr Franck Lamagnère, psychiatre

  • Je ne ressens pas de peur des piqûres et pourtant à chaque fois que je me fais piquer (prise de sang, vaccin etc.), je fais un malaise, parfois allant jusqu’à finir aux urgences. D’où cela peut-il venir et comment puis-je régler ce problème, car c'est assez handicapant ?

Même si la peur des injections et des prises de sang n'est pas consciente, le seul fait qu'il y ait une réponse émotionnelle exagérée dans ces situations spécifiques permet de supposer qu'il s'agit d'une phobie spécifique. Vous pouvez donc faire une désensibilisation systématique (imaginer sous relaxation des situations centrées sur les prises de sang et injections) et/ou prendre un traitement médicamenteux anti-phobique.

 

  • J’ai 20 ans, je n’ai pas d’amis, cela fait 3 ans que je suis chez mes parents à ne rien faire, je ne sors jamais sauf pour une grande occasion, je ne travaille pas non plus. Est-ce une phobie sociale ?

Est-ce que vous avez peur du contact avec les autres ? Avez-vous du mal à faire des demandes, des refus, des critiques, des compliments, répondre à des critiques, faire des compliments, exprimer des sentiments, engager et maintenir la conversation ? Si c'est le cas, vous pouvez faire une thérapie comportementale et cognitive et en particulier, un entrainement à l'affirmation de soi.

 

  • Je déteste un collègue de travail et de ce fait, je pense toujours à lui même quand je suis de repos ou en congés. Cela me trouble tellement que même quand j’ai besoin de me concentrer parfois l’obsession est telle que je ne peux plus réfléchir correctement, cela m’inquiète beaucoup et m’empêche de vivre normalement.

Il y a la possibilité de faire une thérapie comportementale et cognitive, mais aussi vous pouvez être très soulagée par un traitement médicamenteux "anti-obsession" comme la paroxétine. Par exemple, j'avais un patient qui pensait en permanence à la vie affective et sexuelle de sa femme avant qu'il la connaisse, la harcelait de questions, ruminait. Grâce à ce traitement, il a pu vivre à nouveau sereinement, dégagé de ces préoccupations.

 

  • J’ai plusieurs phobies (ascenseur, grille d’aération, vertige, vitesse en voiture) mais pourquoi qu’à certains moments ?

Je pense que vous avez de l'agoraphobie (le sujet redoute des situations d'où il est difficile ou gênant de s'échapper ou dans lesquelles il redoute d'avoir des malaises). L'état de ces patients est souvent fluctuant en fonction de la variation de l'humeur, de l'anxiété et de bien d'autres facteurs.

 

  • Est-on agoraphobe à vie ? Je m’en suis sortie pendant 3 ans et ça m’est retombé dessus alors que je me forçais à sortir tous les jours, je prends ça comme une punition.

Je crains malheureusement que dans l'agoraphobie, il y ait un terrain, une prédisposition et un bon nombre d'agoraphobes garde un petit traitement d'entretien pour empêcher les rechutes qui surviennent souvent à l'occasion d'un mariage, d'une naissance, du décès d'un proche ou d'autres facteurs déclencheurs.

 

  • Comment une hypocondriaque comme moi peut-elle arriver à ne plus avoir peur de faire de l’hyperventilation ? J’ai peur de tomber dans les pommes, je n’ose plus sortir de chez moi sans mon mari. Qu’est-ce qui se passe après si ça arrive ? J’ai besoin d’être rassurée.

Vous ne risquez absolument rien, mais vous le faire répéter sans cesse risque de revenir une compulsion et d'aggraver vos difficultés. Il faut vous le tenir pour acquis et faire des exercices avec votre mari où il vous laisse seule de plus en plus longtemps et de plus en plus loin. Faites également une TCC et en particulier de la relaxation.

 

  • J’ai entendu récemment à la radio que les scientifiques avaient trouvé une intervention chirurgicale pour guérir les TOCs. Qu’en est-il et où trouver l’information ?

Il s'agit de l'électro-stimulation profonde pour le moment, c'est de la recherche, c’est très expérimental et uniquement réservé aux TOCs graves et résistants. Elle est également connue sous le nom de deep brain stimulation.

 

  • Je compte tout le temps mais je ne retiens pas le résultat, il n a pas d intérêt pour moi, je n’ai jamais su combien il y avait d’escaliers chez moi par exemple.

Il faut faire une TCC. En particulier, je préconiserais la mise en place progressive d'abord limitée dans le temps d'activités incompatibles comme par exemple réciter à haute voix une poésie ou autre car on ne peut pas prononcer quelque chose et compter en même temps, de sorte que l'on réalise ce qui améliore les TOCs, s'exposer à ce qui provoque le besoin de faire la compulsion et ne pas la faire, c'est-à-dire dans votre cas, ne pas compter. Bien sûr, vous pouvez aussi bénéficier de l'apport des traitements médicamenteux anti-TOCs.

 

  • J’ai quelques TOCs qui m’inquiètent un peu. Lorsque j’écoute la musique ou regarde la télé, si j’augmente ou baisse le son, il faut que le volume soit un chiffre pair. Autre chose, si un membre de ma famille met par exemple une bouteille de shampoing du coté où il n’y a pas d’étiquette, je ne peux m’empêcher de la retourner, les livres sur mon bureau doivent être toujours bien empilés, bien droits. Pour finir, je me lave très souvent les mains dans une journée,et pour toutes ces choses, si je ne les fais pas, je suis mal dans ma peau, j’ai l’impression d’avoir fait une erreur. Qu’est-ce que cela signifie ?

Peu importe ce que cela signifie, en tout cas, il s'agit de TOCs et pour aller mieux, je vous conseille sous forme de jeux de vous fixer un objectif, par exemple, ce soir, pendant un quart d'heure, je laisse le son sur un chiffre impair et vous verrez que petit à petit, ça vous gênera de moins en moins et que vous gagnerez la liberté de ne plus le faire.

 

  • À propos des TOCs, qu’est-ce que l’exposition et la prévention de réponse ? De quoi s’agit-il ? Je souffre d’un TOC d'accumulation.

En ce qui vous concerne, il s'agirait avec votre thérapeute, de vous faire gagner la liberté de jeter. Il m'arrive de demander à des patients qui souffrent de TOCs d'accumulation de venir au cabinet avec une valise pleine de choses "non triées" et de les aider en les encourageant vivement, sans les obliger pour autant, à faire du nettoyage par le vide.

 

  • Quels sont les traitements médicamenteux anti-TOCs ?

Les médicaments qui ont fait la preuve de leur efficacité dans des études contrôlées en double aveugle, sont des antidépresseurs qu'on ne donne pas pour dépression mais pour TOCs et qui sont de la catégorie des inhibiteurs de recapture de la sérotonine. Il faut donner des doses suffisantes (souvent élevées), l'efficacité ne survient souvent qu'entre la troisième et la sixième semaine et ensuite il faut garder ce traitement longtemps tout en faisant parallèlement en général une TCC.

 

  • Je suis croyante et envahie d’idées ignobles qui me font terriblement souffrir puisqu’elles s’adressent essentiellement à des êtres que j’adore ou des personnes que j’aime plus que tout. Mon seul réconfort est un excès de larmes me croyant seule au monde dans ce cas et persuadée que je porte préjudice à tout ce monde attaqué très involontairement.

Il s'agit bien sûr d'un TOC de pensées involontaires que vous voudriez ne pas avoir (obsession), vous ne pouvez donc vous en sentir responsable, ces idées ne sont pas les vôtres, cela ressemble à des parasites que vous pourriez avoir sur votre écran de télé, vous ne vous en sentiriez pas responsable.

 

Les réponses de Lucia Romo, psychologue

  • Mon conjoint a peur d’insulter, toucher, blesser les personnes qu’il rencontre et ne sait pas ensuite s’il l’a fait ou pas. La psychanalyse peut-elle être un outil efficace ?

En principe je vous conseille d'abord de commencer par une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et par la suite, une fois que la personne se sentira mieux au niveau des rituels, elle pourra entamer un travail plus approfondi sur elle en psychanalyse. Au début les personnes ont plus besoin de soulager des tensions très importantes et pour cela les TCC ont montré plus d'efficacité.

 

  • Je me réveille la nuit avec l’impression de ne plus pouvoir respirer et j’ai du mal à reprendre mon souffle, cela m’arrive souvent avant d’être indisposée, mon médecin me dit que ce sont des crises d’angoisse, est-ce possible et est-ce que l’angoisse et les règles sont liées ? Je suis une personne qui fait souvent des crises de panique et d angoisse.

Votre problème semble être lié à une anxiété importante mais il y a plusieurs aspects : l'angoisse aigüe et aussi chronique. Il faudra faire le point avec un thérapeute qui verra les situations, les émotions, les pensées liées et qui pourra mettre en place un programme adapté, je vous conseille de consulter la liste de thérapeutes de l'AFTCC.

 

  • Je tiens à exprimer mon soulagement de voir que la phobie sociale commence à être reconnue, car c’est un vrai calvaire. Personnellement, j’en suis arrivée au stade où je reste enfermée chez moi. Je dépends des autres et c’est dur. Il parait que les pensées négatives arrivent vers l’adolescence, mais je crois avoir toujours réagit comme ça. Est-ce possible d’être phobique innée ?

On n'est pas phobique inné, il y a généralement une prédisposition génétique parfois, psychologique mais c'est pour beaucoup une question d'événements liés à l’enfance et de facteurs d'apprentissage. Mais tout ce qui est appris peut se "désapprendre".

 

  • Comment savoir si on est atteint d‘une agoraphobie ou d’une phobie sociale? Je souffre de douleurs articulaires et neurologiques chroniques qui m’empêchent de me déplacer, mais depuis un certain temps, je ne sors plus de chez moi, même quand je vais mieux. Je ne sais pas si c’est la peur d’avoir mal ou une phobie.

La douleur implique que c'est probablement plus une phobie (peur de sortir, liée à l'agoraphobie) qu'une phobie sociale. Mais la peur d'avoir peur est le mécanisme qui alimente les troubles anxieux et en principe il n'y a que l'exposition à la situation qui fait peur qui peut vous aider (avec une douleur physique qui doit être bien traitée).

 

  • Je retiens toutes les dates de naissance de mon entourage ainsi que celles de certains acteurs, est-ce un TOC ?

La différence entre une "manie" et un TOC peut être subtile mais il faut voir le temps que vous y consacrez, si le fait de ne pas le faire vous rend énervé ou irritable et si cela a des conséquences sur votre vie quotidienne.

 

  • Depuis déjà quelques années, j’ai la manie de mettre tous les objets que je vois droit. Je n’ai jamais vu personne, je ne considère pas vraiment cela comme un TOC. J’y pense tout le temps quand je vois un objet tordu (je dois obligatoirement le remettre en place). Que dois-je faire ?

Si cela ne vous pose pas de problème, ça peut-être seulement une manie, mais vous dites que vous ne pouvez pas faire autrement, donc je suppose que cela peut vous prendre pas mal de temps dans la journée, je vous conseille de voir un professionnel qui pourra rapidement vous dire si vous avez réellement un TOC et quoi faire.

 

Les réponses de Stéphany Pelissolo, psychologue

  • J’avais des TOCs quand j’étais enfant, je n’en ai plus mais les angoisses des raisons des ces TOCs sont encore présentes, faut-il que je m’occupe de la raisons des TOCs même si je n’en ai plus ?

Oui, vous pouvez allez voir un thérapeute comportementaliste et cognitiviste et/ou un praticien EMDR (retraitement des évènements traumatiques). L'EMDR est une méthode de retraitement des évènements douloureux de votre vie par des mouvements oculaires. Tout souvenir négatif qui réactivent des émotions fortes (angoisse, colère, tristesse, honte...) quand vous en parlez aujourd'hui est un événement de vie non digéré qui peut être soigné par cette méthode très efficace.

 

  • J’ai un gros problème, j’ai une forme d’émétophobie, c’est-à-dire que je ne peux regarder, entendre (que ce soit à télévision, en image ou en vrai) quelqu’un vomir, car alors je fais une grosse crise d’angoisse et je ne parviens pas à me contrôler... Comment faire ?

Les Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC) sont très efficaces pour ce problème. Vous devez apprendre à vous relaxer, à contrôler les symptômes physiques de votre anxiété et ensuite vous exposez très progressivement à ce qui vous angoisse. Je vous conseille de le faire avec un psychologue.

 

  • J’ai très peur quand je suis en voiture sur une autoroute, j’ai l’impression d’être prise au piège avec aucun moyen d’en sortir. À noter aussi que ce n’est pas moi qui conduis, je ne roule qu’en ville (ce qui me rassure car je peux m’arrêter s’il le faut alors que sur une autoroute, on ne peut pas). J’ai même peur de vouloir sauter de la voiture, je n’en parle pas à mon mari mais les voyages sont de plus en plus rares et lorsque ça se passe, je suis vraiment mal, je transpire, je tremble et pourtant à chaque fois, j’essaie de me raisonner mais c’est impossible. Que faire ?

Vous souffrez d'une phobie de la voiture. Allez voir un psychologue comportementaliste et cognitiviste (aftcc.org) qui vous apprendra des techniques de relaxation pour maîtriser vos symptômes physiques et ensuite vous proposera de vous emmener sur l'autoroute. Demander bien au psychologue s'il fait les accompagnements de patients en voiture.

 

  • J’ai 15 ans, je souffre de phobie sociale. En classe je n’ose pas lever la main et quand je participe, je panique et dis souvent n’importe quoi. Je ne préfère pas en parler avec mes parents de peur de me faire ridiculiser. Comment apprendre à gérer ce problème ?

Tu devrais en parler à tes parents car ils pourraient t'emmener voir un psychologue et ce problème est facilement guéri en thérapie comportementale et cognitive. En attendant, essaie d'intervenir le plus souvent possible. Si tu as peur de te tromper, dis toi bien que personne n'est parfait et que tout le monde fait des erreurs, même nous les psychologues !

 

  • J’ai peur des araignées et ça me gâche la vie, que puis-je faire ?

Seule, vous pouvez déjà essayer de respirer tout doucement pour contrôler les symptômes liés à votre anxiété puis vous exposer progressivement à des images d'araignées (d'abord des toutes petites jusqu'aux mygales) et ensuite vous exposer à des vidéos sur les araignées (sur internet par exemple) puis aller dans un jardin ou une cave, pour en voir en réalité. Si seule c'est difficile, allez voir un psychologue TCC (aftcc.org).