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Des pesticides dans les cheveux de nos enfants

Les enfants résidant à proximité d'exploitations agricoles risquent-ils d'ingérer des substances susceptibles d'avoir un effet sur leur système hormonal ? L'analyse d'une trentaine de mèches de cheveux d'enfants, réalisée à l'initiative l'association écologiste Générations futures, suggère la banalité d'une exposition à de très nombreux perturbateurs endocriniens (suspectés ou avérés).

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Des pesticides dans les cheveux de nos enfants

L'enquête commandée par Générations futures a porté sur vingt-neuf garçons et filles, âgés de 3 à 10 ans - treize résidant dans des zones de grandes cultures (maïs, orge, blé), treize en zone viticole, six en zones maraîchères, arboricoles ou en ville. Seul un enfant avait un parent travaillant "dans un secteur nécessitant la manipulation de pesticides".

Au cours de sa croissance, les cheveux incorporent dans leur structure un très grand nombre de substances en circulation dans notre sang. La racine capte ces composés et les intègre aux protéines qui vont composer ces poils. Avec une vitesse de pousse moyenne d'un centimètre par mois, les cheveux gardent donc trace de notre passé toxicologique (consommation de drogues, de médicaments, exposition à divers contaminants).

Un laboratoire luxembourgeois a été chargé de rechercher, dans des mèches de cheveux prélevées sur ces enfants, des traces de cinquante-trois substances recensées comme perturbateurs endocriniens (PE) suspectés ou avérés. Résultat : treize d'entre elles ont été retrouvées dans tous les échantillons.

Trois d'entre elles (alpha-endosulfan, gamma HCH, hexa-chlorobenzène) sont interdites d'utilisation – agricole ou domestique – en Europe depuis plusieurs années. Quelques-unes sont des pesticides prohibés en agriculture depuis plusieurs années (PNP, trifluraline…). D'autres substances sont des insecticides domestiques (produits antipuces, produits de lutte contre les mouches, moustiques, fourmis…).

Sept autres pesticides PE potentiels ont été retrouvés dans plus de la moitié des échantillons. Les taux mesurés sont toutefois globalement très faibles (de l'ordre du dix millionième du poids total du cheveu).

Une enquête sur seulement vingt familles…

Plusieurs enfants testés appartiennent à la même famille, l'enquête de Générations futures ne porte que sur vingt familles. Comme le reconnaît l'association, "les résultats […] n'ont pas de valeur statistique significative". Impossible d'extrapoler, sur la base d'un si faible échantillon, si les jeunes Français résidant en zone agricole sont aussi exposés que les quelques enfants testés.

Toutefois, insiste l'association, ces résultats "sont illustratifs de la problématique traitée". Quand bien même appartiendrait-ils à une minorité de la population agricole, les enfants testés ont bien été exposés à des composés interdits sur le territoire, et/ou classés comme cancérigènes ou perturbateurs endocriniens.

Aliments mal lavés, pulvérisation d'insecticides dans des milieux confinés, mains portées à la bouche après avoir touché des animaux traités par des insecticides... La liste des sources d'exposition évitables est longue.

L'association écologiste appelle pour sa part à prendre le problème à la source, les stratégies de lutte contre les parasites pouvant aujourd'hui, selon elle, se passer du recours aux substances incriminées.

"Effet cocktail"

Aux taux mesurés, et pour chaque pesticide pris isolément, les vingt-neuf enfants ne s'exposent vraisemblablement à aucun risque en terme de perturbation endocrinienne. Toutefois, Générations futures alerte sur la possibilité d'un "effet cocktail", c'est-à-dire de la potentielle interaction entre différentes molécules, ou de la succession délétère d'effets isolément bénins pour l'organisme.

"La prise en compte de l'effet cocktail (ou la complexité des interactions) et des impacts environnementaux imposent que l'on applique avec ces substances, plus qu'ailleurs encore, les principes de précaution et de substitution", plaide l'association, qui demande à ce que "cette ambition soit clairement exposée dans la future Stratégie Nationale sur les Perturbateurs Endocriniens (SNPE)" encore en discussion aujourd'hui.

 

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