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Comment le covid a changé le visage de la médecine esthétique

Le télétravail, le port du masque et l’absence de vie sociale imposés par l’épidémie de covid ont engendré une hausse des demandes d’actes esthétiques, en particulier pour des procédures douloureuses ou habituellement très visibles.

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Comment le covid a changé le visage de la médecine esthétique
Image d'illustration. Crédits Photo : © Shutterstock / PICADORPICTURES

"Si tu ne le fais pas maintenant, tu ne le feras jamais." C’est ce qu’a pensé Chloé, 33 ans, quand elle a réalisé une liposuccion en janvier 2021. Si la décision était prise depuis plusieurs mois, la période de "pseudo-confinement" a été une aubaine : "je n’avais pas besoin d’aller physiquement au travail et la tenue officielle du confinement – un jogging et un grand pull – m’a permis de masquer l’opération, sans avoir à me justifier" nous raconte-t-elle.

Aurélia*, 54 ans, a quant à elle renouvelé en novembre 2020 ses prothèses mammaires, posées il y a 15 ans. "Il était temps que je le fasse car une de mes prothèses s’était affinée. J’étais bloquée de toute façon, sans vacances ni week-end possibles, c’est bien tombé."

Convalescence discrète

Chloé et Aurélia* ne sont pas les seules à avoir "profité" de la pandémie pour sauter le pas. Car entre le port du masque, le télétravail et l’absence d’interactions sociales, les motivations sont nombreuses.

C’est principalement le cas pour les actes qui touchent au visage, dont la récupération est rendue beaucoup plus discrète grâce au port du masque. "Après une semaine, on retrouve une vie normale et personne n’a rien vu" révèle la docteure Natalie Rajaonarivelo, chirurgienne plastique, reconstructrice et esthétique à Paris, créatrice et animatrice du podcast Au Scalpel.

La pose de prothèse ou les lipoaspirations "très douloureuses et qui nécessitent du repos et aucun trajet en voiture" ont elles aussi eu la cote, facilitées par la généralisation du télétravail.

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Des économies pour un projet réel

À la possibilité d’une convalescence discrète s’ajoute un motif économique : faute de sorties et de voyages, "les patients ont thésaurisé pendant les confinements et se sont tournés vers eux-mêmes pour se faire plaisir", constate le docteur Richard Abs, chirurgien esthétique à Marseille et président du Syndicat National de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique (SNCPRE).

Une décision concrète "à un moment où tous les autres projets tombaient à l’eau et où personne n’avait de visibilité sur l’avenir" confie la docteure Rajaonarivelo. Un moyen, selon elle, de s’ancrer dans le réel et de faire face à l’angoisse propre au contexte épidémique.

"Dysmorphie Zoom"

D’autant que le confinement a modifié le rapport à notre corps et à notre image. "Les patients me racontent qu’ils ne se reconnaissent pas quand ils enlèvent leur masque, qu’ils ont un choc " confie par exemple la docteure Marie-Thérèse Bousquet, médecin esthétique à Paris.

"Ils se regardent à travers les photos qu’ils ont envoyé à leurs proches pendant les confinements, ou à travers les visioconférences et se trouvent des complexes" poursuit le docteur Abs. Un phénomène qu’une étude américaine parue en novembre dernier dans la revue Facial Plastic Surgery & Aesthetic Medicine qualifiait de "dysmorphie Zoom", en référence au logiciel de visioconférence et à l’image déformée qu’il renvoie de nous-même.

Une hausse de 20% en médecine esthétique…

Résultat, selon une enquête du SNCPRE, les médecins esthétiques enregistrent sur l’année 2020 une "hausse de 20% des actes de médecine esthétique non invasifs - injections d’acide hyaluronique ou de Botox, pose de fils tenseurs, cryolipolyses ou encore laser", détaille le docteur Richard Abs.

Avec une nouvelle particularité, selon la docteure Bousquet. Alors qu’avant le covid, les patients préféraient "fractionner les traitements pour plus de discrétion", ils optent désormais pour "des prises en charge globales, des traitements plus complets qui demandent normalement une désocialisation d’une semaine", observe-t-elle.

… Mais pas en chirurgie

Mais la hausse ne concerne pas les actes de chirurgies qui, au contraire, ont globalement baissé de 20% en 2020. En cause : les déprogrammations massives des opérations dites non urgentes imposées par le covid, notamment pendant le premier confinement.

Une règle plus variable pendant le deuxième confinement, selon les régions et selon les établissements puisque les cliniques privées n’ont pas été soumises à la même pression de déprogrammation que les hôpitaux. Mais elles ont tout de même évité cette année "toutes les chirurgies qui pouvaient donner lieu à des complications et donc à un passage en réanimation", note la docteure Natalie Rajaonarivelo.

Et en 2021 ? Le retard accumulé en chirurgie en 2020 doit encore être rattrapé, ce qui ne se fait pas en quelques mois, selon le docteur Abs qui rappelle que les blocs ont de surcroît encore une fois été "fermés aux chirurgies non urgentes pendant quasiment deux mois, en avril et mai 2021". Alors que la demande, elle, n’a pas faibli.

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* Le prénom a été modifié.

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