La prise en charge tardive du SAMU aurait entraîné le décès d'une jeune femme en 2009. Mais quel est, précisément, le rôle d'un médecin urgentiste du SAMU ? (reportage du 8 décembre 2011)
La prise en charge tardive du SAMU aurait entraîné le décès d'une jeune femme en 2009. Mais quel est, précisément, le rôle d'un médecin urgentiste du SAMU ? (reportage du 8 décembre 2011)

Une permanencière du Samu et un CHU devant la justice

Le CHU d'Angers et une permanencière du Samu – chargée de gérer les appels adressés au 15 – comparaissent ce 19 janvier devant le tribunal correctionnel d'Angers pour "homicide involontaire", suite à la mort en 2009 d'une femme prise en charge tardivement par le Service d'aide médicale urgente, malgré des appels répétés de ses proches.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Le 9 avril 2009, Arnaud Blot avait multiplié les appels au 15 et décrit auprès de Florence Madet, permanencière auxiliaire de régulation médicale (Parm) du Samu, le malaise dont était victime sa compagne de 27 ans, qui avait mis au monde son troisième enfant un mois et demi auparavant.

Malgré les descriptions angoissées d'Arnaud Blot ("elle s'effondre", "ne peut pas parler", "elle n'arrive plus à respirer") lors de plusieurs appels à partir de 08h21, et celles de la sœur de la victime (qui explique que la jeune femme tremble, divague, perd ses urines) dès 08h35, le médecin régulateur du Samu n'avait été prévenu par une seconde permanencière qu'à 08h55 (soit 34 minutes après le premier appel de M. Blot).

Le médecin avait immédiatement ordonné à un véhicule du Samu d'intervenir. Quelques minutes avant, les pompiers, alertés par la famille, étaient arrivés sur place. La victime avait été transportée au CHU d'Angers mais n'avait pu être ranimée.

Urgence perçue

Il est reproché à Florence Madet d'avoir "mal analysé la situation" alors qu'elle disposait des éléments pour le faire, la mission des Parm étant notamment de gérer les appels, de prioriser ceux-ci en fonction de la gravité du cas exposé et de l'urgence perçue, et de transmettre le cas échéant au médecin régulateur.

Selon l'avis de spécialistes interrogés lors de l'instruction, certains appels "contenaient des mots clés qui auraient dû l'alerter" sur la gravité de la situation.

Mais selon l'expertise médicale, qui a retenu l'embolie pulmonaire comme hypothèse la plus probable du décès, faute d'autopsie, il est impossible d'affirmer qu'une intervention plus rapide des secours aurait permis de sauver Stéphanie Rousset.

Florence Madet, décrite comme une professionnelle consciencieuse, a reconnu durant l'enquête avoir commis une faute de discernement, ayant cru que la victime faisait une crise d'angoisse.

Il est reproché au Centre hospitalier universitaire d'Angers d'avoir organisé le service de permanence du 15 avec un seul médecin régulateur malgré l'importance de l'activité, d'avoir laissé aux Parm une autonomie de traitement des appels excédant leur compétence et de ne pas leur avoir proposé une formation adaptée.

 

Pour en savoir plus :

L'affaire a des précédents en France. En 2011, un permanencier du Samu des Bouches-du-Rhône avait été mis en examen pour une "série de défaillances" ayant causé le retard de prise en charge d'une jeune femme, en 2009, décédée des suites d'un grave malaise cardiaque.