La fin des petites lolitas ?
Chantal Jouanno vient de rendre un rapport sur "l'hypersexualisation des enfants". En cause : les concours de mini-miss, les photos de mode mettant en scène des filles de moins de 16 ans et tous les produits pouvant entraîner une confusion des genres, comme les soutien-gorges rembourrés pour petites filles. Ce rapport avait été commandé en décembre 2010, après la parution dans le Vogue français de photos mettant en scène une fillette dans des tenues et des postures suggestives.
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Le rapport définit l'hypersexualisation des enfants, comme "la sexualisation de leurs expressions, postures ou codes vestimentaires, jugées trop précoces". Pour protéger les enfants, en particulier les petites-filles, Chantal Jouanno propose d'interdire aux moins de 16 ans de devenir égérie de marques de mode, d'interdire les concours de beauté où l'on ne juge que sur l'apparence, proposant même un retour à l'uniforme scolaire.
Nous avons interrogé sur ce sujet le Dr Stéphane Clerget, pédopsychiatre :
Dr Stéphane Clerget : "Ce sont des questions de bon sens. Les objets érotiques, comme les soutiens gorges rembourrés, et les concours de mini-miss n'apportent rien aux enfants. Au contraire, ils renforcent l'idée chez les petites filles que la séduction physique est le seul moyen de plaire.
"Dans ces concours, il y a beaucoup de pression de la part des familles. Quand l'enfant échoue, il se sent rejeté, et cet échec peut être générateur de complexes. Si la petite fille réussit, elle va être confortée dans l'importance de l'apparence physique, aux dépens des autres apprentissages."
Dr Stéphane Clerget : "Entre 6 et 10 ans, les enfants sont dans ce qu'on appelle la période de latence. Les enfants délaissent la question de la sexualité pour se concentrer sur les autres apprentissages, cette période correspond à peu près à l’école primaire.
"Entre 3 et 6 ans, les petites filles sont dans une période de sexualité infantile, avec des pulsions dites "libidinales". En favorisant leur hyperféminisation après 6 ans, on favorise et on entretient leurs pulsions, et on maintient ainsi ses petites filles dans une situation oedipienne. En général, ces petites filles paraissent "grandes" par leur apparence, mais en fait, elles n’acquièrent pas la même maturité que les autres petites filles."
Dr Stéphane Clerget : "On commence à voir des parents faire de leurs petits garçons des répliques de Ken, mais cela reste encore très rare. Par contre, ce phénomène chez les petites-filles peut "énerver" les petits garçons, et les sortir eux-aussi de leur période de latence."
Dr Stéphane Clerget : "Ce n’est pas seulement la sexualité de ces enfants qui est mise en danger, mais plus généralement leur rapport aux autres et à leur propre corps. Il n'y a pas d'étude qui démontre que ce rapport précoce aux codes de la féminité entraine une sexualité précoce, mais on peut le supposer."
Dr Stéphane Clerget : "La situation n’est pas encore aussi alarmante qu'aux Etats-Unis, et c’est aussi dans un objectif de prévention que ce rapport est intéressant. Les parents ne sont pas toujours conscients des conséquences de ce type de "loisirs". Les informer est donc primordial, en particulier les mères, qui sont souvent initiatrices de ce type de jeux.
"Les parents doivent apprendre à tempérer les désirs de séduction de leurs petites filles, et à valoriser les autres qualités de leur enfant."
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