Regain de la consommation de tabac sur les lieux de travail

Le 1er février 2007, la loi… prônait l'interdiction de fumer sur son lieu de travail.A la veille de ce cinquième anniversaire, un sondage Harris Interactive pour l'association Droits des Non-Fumeurs (DNF) révèle que plus d'un tiers des actifs est encore exposé au tabagisme sur son lieu de travail. Trois questions à Gérard Audureau, président de DNF.

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Regain de la consommation de tabac sur les lieux de travail
Regain de la consommation de tabac sur les lieux de travail

Les chiffres sont pour le moins inquiétants : l'exposition au tabac sur les lieux de travail, qui avait baissé après la promulgation de la loi, est de nouveau en hausse. Lors d'une enquête baptisée IMETS (Indices mensuels de tabagisme passif), le taux d'exposition sur son lieu de travail avait été évalué à 9 %, alors qu'il était de 42,8 % avant la loi. Mais selon Harris Interactive, au cours des 6 derniers mois, 36 % des actifs déclarent avoir été exposés au tabac sur leur lieu de travail.

Ce chiffre passe à 64 % pour tous les endroits protégés. 44 % des sondés disent avoir été exposés au tabac sur les quais de gare, 32 % dans les restaurants, cafés et brasseries, 20 % dans les transports en commun.

Ce sondage a été réalisé en ligne, du 7 au 9 décembre 2011, auprès d’un échantillon représentatif de 1 157 personnes, selon la méthode des quotas. 

Nous avons interrogé Gérard Audureau, président de l'association Droits des Non-Fumeurs :

  • Vous dénoncez un essoufflement de la loi ?

Gérard Audureau : "C’est pire que cela ! On ne fait rigoureusement rien pour que la loi soit appliquée, ou plutôt on fait tout pour qu'elle ne le soit pas. Lorsque nous avons des plaintes, et elles sont nombreuses sur notre site Internet, on conseille aux gens d'aller voir l'inspecteur du travail, le seul à pouvoir intervenir dans l'entreprise.

"Bien souvent, les gens reviennent vers nous en nous disant que ce dernier a refusé d'intervenir, ou qu'il leur a déclaré qu'il ne pouvait rien faire, que ce n'était pas de son ressort."

  • Mais alors est-ce la faute des pouvoirs publics ou plutôt celle de agents de l’état ?

Gérard Audureau : "Dans les entreprises c'est à l'inspecteur du travail de faire respecter la loi. Dans les lieux publics, c'est à la police ou aux gendarmes de le faire. Moi je dis qu'il manque la volonté politique, car si les agents avaient des ordres simples pour faire respecter la loi,  ils le feraient.

"A moins qu'ils ne soient complètement autonomes et puissent faire ce que bon leur semble. Je ne crois pas que ce soit le cas. Là, je me demande si on ne les incite pas plutôt à ne pas embêter les cafetiers ou les buralistes, par exemple…"

  • Craignez-vous que cette loi meure, faute d’être appliquée ?

Gérard Audureau : "Absolument. Si après avoir promulgué une loi, on continue à rester laxiste, les mauvais réflexes reviennent. Puisqu'on est remonté à 36 %, on remonte sûrement vers les chiffres d'avant la loi. La loi risque donc de mourir faute d'être appliquée.

"J'aimerais que les pouvoirs politiques prennent enfin conscience que 60 000 morts du tabac, c'est un fléau de santé publique dont on pourrait se passer. 47 milliards d'euros dépensés par l'état pour le tabac, c'est beaucoup en comparaison avec les taxes qu'il rapporte et qui ne sont que de 12 milliards d'euros. "

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