Quand le médecin fait monter la tension…

Les médecins connaissent bien ce phénomène, surnommé "l'effet blouse blanche" : le contexte de l'examen médical étant ressenti comme stressant par beaucoup de patients, le rythme cardiaque et la pression artérielle sont, en moyenne, plus élevés lorsqu'ils sont mesurés par un professionnel que par le patient lui-même. Mais un infirmier produit-il le même "effet blouse blanche" qu'un docteur ? Une analyse méthodique de 15 études réalisées depuis le début des années 1990, publiée dans le British Journal of General Practice, démontre que les premiers faussent moins les résultats que les seconds.

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Quand le médecin fait monter la tension…
Quand le médecin fait monter la tension…

La plupart des professionnels de santé ont beau s'efforcer de rassurer leurs patients, le contexte de l'examen médical n'invite pas à la détente... De fait, chez près de 75% des personnes traitées pour hypertension, les mesures de pression artérielle effectuées à domicile sont presque toujours inférieures à celles effectuées au cabinet du médecin.

Ce phénomène, qui peut influencer sur la qualité du diagnostic médical, préoccupe de nombreux chercheurs depuis des décennies, et a fait l'objet de centaines de publications. Malheureusement, la qualité des études réalisées est très variable, un certain nombre d'entre elles n'ayant pas été conduites avec beaucoup de rigueur.

Des chercheurs de l'Université médicale d'Exeter ont réalisé une analyse minutieuse de cette littérature, se concentrant sur une seule question : les mesures prises par un infirmier ou une infirmière sont-elles plus ou moins fiables que celles réalisées par un docteur ?

A l'issue de ce travail de synthèse (qui porte sur un millier de cas), la conclusion est nette et sans appel : les mesures prises par les médecins sont significativement plus élevées que celles réalisées par le personnel infirmier.

Mesurée par l'infirmier, la pression systolique est en moyenne "de 1,9 à 7,3 mmHg plus faible" que celle mesurée par le docteur (1). La pression systolique est quant à elle, en moyenne, "de 0,1 à 3,2 mmHg plus faible".

"L'écart que nous avons constaté est suffisamment grand pour que certains patients dépassent le seuil justifiant de débuter un traitement contre l'hypertension artérielle", observe le docteur Christopher Clark, coordinateur de ces travaux. Certains patients se voient donc prescrits inutilement des médicaments "qui ne sont pas sans effets secondaires". D'autres se voient également invités, sans raison, à surveiller leur tension artérielle chez eux sur de longs mois, non sans conséquences en termes d'anxiété.

Pour le chercheur, ces résultats doivent inciter à opérer "des changements dans la pratique clinique". "Les médecins doivent continuer à mesurer la pression artérielle dans le cadre d'examens de routine ou diagnostiques." Mais lorsque l'examen doit servir à prendre une décision en terme de traitement, les docteurs devraient passer la main...

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(1) Si l'on s'en tient aux études les plus rigoureuses.

Source : Doctors record higher blood pressures than nurses: systematic review and meta-analysis. C.E. Clark et coll. British Journal of General Practic, avril 2014. doi: 10.3399/bjgp14X677851

 

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