Pourquoi certaines greffes sont-elles impossibles ?

Tous nos organes pourraient-ils un jour faire l’objet d’une greffe ? Une question qui semble sortie d’un scénario de science fiction, mais qui mérite néanmoins d’être posée, après l’annonce cette semaine d’une greffe de l’utérus, une première mondiale.

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Pourquoi certaines greffes sont-elles impossibles ?
Pourquoi certaines greffes sont-elles impossibles ?

Le 9 août 2011, l'équipe médicale de l'hôpital Akdeniz, au sud de la Turquie, prélevait un utérus sur une patiente décédée pour le transplanter sur une jeune femme de 21 ans. Deux mois plus tard, l'équipe du Dr Ömer Özkan annonce que la greffe a fonctionné. Le tissu est vivant, il n'y a pas eu de rejet. Dans six mois, la jeune femme pourra peut-être envisager une grossesse.

Depuis la première greffe de rein en 1933, l'histoire de la transplantation médicale a fait du chemin. En 2011, on prélève des reins, des foies, des pancréas, des intestins, des poumons, des cœurs, des visages… et désormais, des utérus.

D'après le Pr. Bernard Charpentier, néphrologue à l'hôpital Bicêtre, "techniquement, il est possible de transplanter tous les organes du corps humain. Excepté le système nerveux central, donc le cerveau et la moelle épinière. La présence de neurones dans la moelle épinière rend ce type d'opération impossible. Les neurones ne supportent pas le temps d'ischémie froide"

Le temps d'ischémie froide correspond à la durée entre le prélèvement de l'organe chez le donneur et la transplantation de l'organe dans le corps du receveur. Pendant cette période, l'organe n'est plus alimenté en oxygène. Une agression face à laquelle chaque organe ne répond pas de la même manière.

Un rein peut résister jusqu'à 48 heures avant que ses fonctions ne soient altérées. Un cœur a une durée de vie beaucoup plus restreinte, moins de 4 heures. Les neurones, eux, ne tiennent pas une minute. Impossible dans ce cas d'envisager une greffe du cerveau… ni de l'œil.

"Les globes oculaires sont prélevés pour les greffes de la cornée qui fonctionnent très bien. Elles permettent à certaines personnes non voyantes de retrouver la vue. Mais on ne sait pas restaurer le nerf optique, qui est une expansion du cerveau", souligne le Pr. Charpentier.

Contingences éthiques

Hormis le système nerveux central, il est donc théoriquement possible de transplanter tous les organes du corps humain. Verra t-on alors des cas de greffe d'utérus en France ? Ou plus étonnant, des greffes d'ovaires ou de verges ?

Le Pr. Charpentier ne considère pas ces hypothèses d'un bon œil : "Il faut faire attention aux effets d'annonce. Attendons d'abord d'obtenir les résultats de l'évolution de cette greffe d'utérus en Turquie. C'est un organe très vascularisé. On peut se demander si l'artère utérine va tenir ? La suture avec le vagin va-t-elle fonctionner ? Concernant l'appareil génital masculin, il existe par exemple des cas de verges autogreffées lorsqu'un patient atteint de démence s'est automutilé. Mais d'un point de vue éthique, il est formellement interdit de transplanter des organes de reproduction".

 En France, les projets de recherche dans le domaine de la greffe doivent être validés selon un cadre réglementaire très strict. Chaque protocole de recherche clinique est soumis à l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), qui reçoit ensuite l'avis technique de l'Agence de la biomédecine. "Il faut distinguer les activités cliniques pratiquées en routine prises en charges par la Sécurité sociale (transplantations rénales, cardiaques, pulmonaires, etc.), de l'activité de recherche soumise à des rapports d'évaluation, et qui bénéficie de fonds propres. C'est le cas notamment de la transplantation d'utérus, qui en France, se situe pour l'instant au stade de la recherche expérimentale du fait des problèmes de technique chirurgicale qu'elle induit", explique le Dr Marie Thuong, responsable du pôle stratégie prélèvement et greffes d'organes et de tissus à l'Agence de la biomédecine. 

Culture des neurones

Les chercheurs privilégient aussi d'autres alternatives que la transplantation, et les risques qui lui sont inhérents (rejet, échec d'anastomose, nécrose). D'après le Pr. Charpentier, "les avancées de la culture des neurones pourrait nous orienter".

La trachée peut désormais être régénérée chez l'homme grâce à la culture des cellules souches. Les cellules du pancréas et du cœur pourraient elles-aussi être réactivées même si la recherche se trouve encore à l'étape expérimentale.

 

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