Les déformations du crâne des bébés

Plat, bombé, dissymétrique... le crâne des bébés présente parfois des déformations dont les causes sont diverses. Quelles sont ces déformations du crâne ? Comment les prend-on en charge ?

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Les déformations du crâne des bébés
Les déformations du crâne des bébés
Sommaire

Anatomie et déformations du crâne

Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes expliquent les déformations du crâne des bébés.

Anatomie d'un crâne d'un nouveau-né. À la naissance, les principaux os du crâne ne sont pas encore soudés. Entre les parties osseuses, il y a ce qu'on appelle la fontanelle, des membranes cartilagineuses molles qui vont se durcir entre le 8e et le 18e mois de vie. Cette souplesse permet au cerveau de grandir, et à la tête du bébé de s'adapter pendant l'accouchement.

Mais parfois les espaces entre les os se soudent trop tôt et provoquent des déformations du crâne. Cela s'appelle la craniosténose. En fonction de l'endroit où la fontanelle s'est durcie trop tôt, le crâne va se déformer, souvent de façon impressionnante.

La déformation la plus courante est liée à la suture des os au niveau de la sagittale. Le crâne ne peut pas grandir dans la largeur, se déforme en s'allongeant et en formant une bosse sur le front ou à l'arrière du crâne. C'est la scaphocéphalie.

Il y a aussi la trigonocéphalie, liée à une suture précoce sur le front. Il se crée alors une sorte de crête et la forme du crâne devient triangulaire.

Craniosténose : une chirurgie pour libérer le cerveau

Attention, images de chirurgie : le chirurgien recrée des espaces entre les os du crâne du bébé.

Les déformations du crâne peuvent être dangereuses. Elles entraînent une compression du cerveau et une hypertension intracrânienne qui peut perturber le développement mental de l'enfant. Il faut donc opérer les bébés très tôt, généralement entre six et neuf mois.

La chirurgie d'une craniosténose est complexe et impressionnante, seules quelques équipes en France la pratiquent. Les enfants ne restent hospitalisés que cinq ou six jours. À leur sortie, ils gardent simplement un pansement, ils n'ont ni casque ni protection particulière. Les parents doivent tout de même être vigilants pour éviter les chocs violents, mais généralement les os ont le temps de consolider avant l'âge de la marche.

Les craniosténoses sont encore parfois malheureusement mal diagnostiquées. Elles sont effectivement confondues parfois avec des plagiocéphalies dites positionnelles. Il s'agit aussi de déformations du crâne qui se développent juste avant, pendant ou après la naissance. Elles peuvent être le résultat de la position du fœtus dans le ventre de la mère, de l'utilisation d'instruments comme les forceps pendant l'accouchement ou d'un torticolis qui influe la position de l'enfant pendant son sommeil après sa naissance.

Ces déformations peuvent être soignées par kinésithérapie ou ostéopathie, surtout en cas de torticolis. Ces déformations sont souvent moins visibles mais il faut rester vigilant.

Les déformations culturelles du crâne

La déformation des crânes était une pratique courante qui marquait une appartenance régionale et sociale.

Si aujourd'hui la moindre déformation est perçue comme une imperfection à corriger, il n'y a pas si longtemps, on déformait volontairement le crâne des bébés. Il s'agissait d'une pratique culturelle, qu'on perpétue pour allonger le front ou l'arrière de la tête.

Cette tradition, surtout connue sur le continent sud-américain, a aussi existé dans le sud de la France.

Aliens, extraterrestres... Quand les premiers crânes allongés ont été retrouvés en Amérique latine, nombreux ont cru qu'ils provenaient d'une autre planète. Pourtant ces crânes étaient bien humains. Ils étaient déformés volontairement.

À l'époque la déformation des crânes est une pratique courante. Elle marque une appartenance régionale et sociale, sans doute aristocratique. Pour obtenir des formes, le crâne est comprimé par des bandages dès la naissance quand il est encore malléable.

L'homme a toujours modelé son physique pour se distinguer. Les représentations des pharaons de l'Egypte ancienne affichent déjà des crânes allongés. Appliquaient-ils eux aussi des contentions pour obtenir ces formes ? Peu de textes révèlent les secrets de ces pratiques. Les équipes du musée de l'homme travaillent en ce moment sur d'autres crânes péruviens retrouvés à Ancon, une nécropole pré-colombienne située au nord de Lima.

Au XVIe siècle les colons espagnols arrivent au Pérou. Ils interdisent cette tradition et font détruire les appareils de déformations. Grâce à un dessin retrouvé dans un livre de l'époque, les chercheurs français ont pu reconstituer à l'identique le dispositif que l'on posait sur le crâne des enfants.

De telles traditions existent aussi en France. Jusqu'au XIXe siècle, il est courant de voir des crânes légèrement déformés près de Toulouse, en signe d'appartenance régionale. Il s'agit d'une déformation intentionnelle pratiquée depuis l'enfance et qui étire le crâne vers l'arrière.

Les dernières déformations connues dans le monde datent du XXe siècle. En Afrique, au nord du Congo, les Mangbetu enserraient les têtes des bébés dans des cordelettes pour les allonger. Aujourd'hui ces pratiques ont pratiquement disparu.

En savoir plus sur les déformations du crâne

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Ailleurs sur le web

  • Association Epi Têtes
    47 rue Principale, Egriselles – 89290 Venoy
    Mail : association.epi.tetes@gmail.com
    Cette association a pour but d'accompagner et soutenir toutes les familles dont les enfants sont atteints de craniosténoses non syndromiques : scaphocéphalie, trigonocéphalie, plagiocéphalie, brachycéphalie, oxycéphalie, etc.