L'inquiétante hausse de la consommation d'antibiotiques

Dans un nouveau rapport sur la consommation des antibiotiques en France, l'Agence de la sécurité du médicament (ANSM) juge "préoccupante" une hausse observée depuis 2010.

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L'inquiétante hausse de la consommation d'antibiotiques

Présenté jeudi, le rapport fait état d'une baisse globale de 10,7% de la consommation des antibiotiques de 2000 à 2013. Toutefois, les mêmes données révèlent que, depuis 2010, cette consommation est repartie à la hausse (+ 5,9% sur trois ans).

Selon l'ANSM, la consommation française d'antibiotiques est de 30% supérieure à la moyenne européenne. Les Français dévorent même plus d'antibiotiques que les Américains, pourtant eux-mêmes friands de ces médicaments utilisés dans toutes sortes de maladies allant de la cystite (infection urinaire) à la pneumonie en passant par l'acné. La consommation française dépasse de 25% celle du premier marché pharmaceutique au monde.

Selon l'OMS, 25.000 personnes meurent chaque année dans l'Union européenne, en raison de la résistance développée par les bactéries.

C'est surtout la consommation hors hôpital (90% du total) qui préoccupe les experts (celle des hôpitaux s'étant, précisément, stabilisée). Et c'est la consommation par les femmes qui est la première concernée, celles-ci représentant 60% des utilisateurs.

La France mal engagée pour tenir ses objectifs

"C'est un problème préoccupant car la hausse de la consommation se traduit par une résistance accrue aux antibiotiques et on observe un développement des situations d'impasse thérapeutique", a déclaré ce 6 novembre un responsable de l'ANSM, Philippe Cavalié.

L'étude s'inscrit dans le cadre d'un plan national de réduction de 25% de la consommation d'ici 2016. Un objectif "mal engagé" selon le responsable du rapport, s'il n'y a pas de "renversement de tendance" dès l'année prochaine.

Les antibiotiques ne doivent pas redevenir "automatiques"

Le gouvernement avait mené une vaste campagne d'information dans les années 2000 auprès des professionnels de la santé et du grand public. Les effets s'en étaient fait sentir dans la première partie de la décennie. Une baisse significative de la consommation avait été enregistrée entre 2000 et 2004. On se souvient du slogan "les antibiotiques, c'est pas automatique". 

Mais de l'avis des experts, les messages qui ont suivi ont perdu de leur impact alors que, selon Philippe Cavalié, la pression des patients sur les médecins pour se faire prescrire des médicaments continue pour des raisons à la fois "socio-économiques et culturelles".

Pas de nouvelles molécules

Pour les spécialistes de l'ANSM, la situation est d'autant plus inquiétante que "très peu de nouvelles molécules [antibiotiques] ont été introduites au cours de ces dernières années".

Soixante-dix ans après l'arrivée du médicament "miracle" sur le marché, dont le premier fut la pénicilline inventée par le prix Nobel britannique Alexander Flemming, les laboratoires internationaux ont pratiquement abandonné la recherche antibiotique, pour des raisons essentiellement économiques.

Dans cette guerre inégale contre les bactéries, l'OMS a appelé au printemps 2014 les géants pharmaceutiques à relancer les études sur des molécules plus efficaces contre les bactéries super résistantes et sur des méthodes alternatives. 

Dans un ouvrage publié en octobre et intitulé "Antibiotiques, le naufrage", le spécialiste mondial de bactériologie, Antoine Andremont, prédit avec pessimisme que des maladies bénignes pourraient redevenir mortelles d'ici une vingtaine d'années si rien n'est fait. 

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