Cancer de la prostate : un généraliste à la barre

A Troyes, un patient atteint d'un cancer de la prostate attaque en justice son médecin généraliste. Cet homme reproche à son médecin de ne pas lui avoir prescrit un dépistage.  

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Cancer de la prostate : un généraliste à la barre
Cancer de la prostate : un généraliste à la barre

En France, le cancer de la prostate est le plus fréquent. En 2011, il a été détecté chez 71.000 hommes qui avaient en moyenne 71 ans. Le pronostic de survie à 5 ans est de 80% et ce taux s'améliore régulièrement. Comment donc ce cancer, que l'on considère plutôt de "bon pronostic",  doit-il être dépisté ? Faut-il le dépister chez tous les hommes qui dépassent la soixantaine ? Pour le patient qui a porté plainte contre son généraliste à Troyes, la réponse serait oui. Et son avis relance le débat autour de ce dépistage. 

D'un côté, la Haute Autorité de Santé (HAS) et l'Institut national du Cancer (INCa), dont les avis font autorité, ne préconisent pas de dépistage systématique car le bénéfice de ce dépistage n'est pas assurément supérieur au risque. "Aujourd'hui, il n'a pas été mis en place de programme de dépistage organisé pour ce cancer (…) De plus, ce dépistage expose au risque de sur-traitement (traitement d'un cancer sans impact sur le pronostic de la maladie, dépistage d'un cancer qui ne serait jamais devenu symptomatique avant le décès du sujet) principalement en cas de cancer diagnostiqué à un stade précoce et à risque évolutif faible".(Source : rapport sur le cancer de la prostate, HAS, février 2012).

L'autre argument en faveur du non-dépistage systématique sont les effets indésirables occasionnés par le traitement chirurgical de la tumeur. Cette intervention entraîne presque systématiquement une impuissance sexuelle, elle favorise l'incontinence et le risque de mortalité après une biopsie de la prostate n'est pas négligeable. La HAS préconise d'ailleurs dans ce même rapport que le patient doit en être informé clairement.

Un conflit d'intérêt ?

De l'autre. côté, les urologues, qui soignent ces cancers, défendent l'idée que, tout en ne systématisant pas le dépistage à l'échelle nationale, des examens peuvent être pratiqués a titre individuel chez les patients. "On peut cependant se poser la question d'un possible conflit d'intérêt", note le docteur Claude Leicher, président du MG France, syndicat des médecins généralistes, qui pointent ainsi du doigt le fait qu'il y a ambiguité à pratiquer des dépistages couteux pour l'assurance maladie alors qu'ils ne sont pas officiellement recommandés.

 

Le docteur Georges Kouri, au nom de l'Association française d'urologie, dément tout conflit d'intérêt et regrette cette polémique autours du procès. "Nous ne préconisons pas un dépistage systématique après 50 ans mais une information claire systématique après cet âge. Libre au patient informé des risques et des bénéfices de se faire dépister ou non."

Que va décoder la justice ?

Le docteur Leicher est inquiet. "Le problème, c'est que les experts qui vont être appelés à la barre seront des urologues et non des médecins de santé publique ou des médecins généralistes. Nous, les généralistes, on est dans une injonction paradoxale. Nous sommes coincés entre les autorités sanitaires qui ne préconisent pas de dépistage systématique et la Société des urologues qui préconise ce dépistage systématique."

Médecins généralistes et urologues seront très attentifs au jugement du tribunal de Troyes qui devrait être rendu au plus tard le 26 mars 2013.

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