Arrêter de fumer sans grossir ?

La crainte de la prise de poids durant le sevrage tabagique peut facilement peser sur la balance des motivations. Une étude révèle l'effet inattendu d'un médicament de sevrage sur la prise de poids des femmes.

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Arrêter de fumer sans grossir ?
Arrêter de fumer sans grossir ?

Ecraser sa dernière cigarette est pour beaucoup synonyme de regain d'appétit et de kilos supplémentaires au compteur. La cause semblait entendue et l'argument "de poids" dans la prise de décision des ex-fumeurs potentiels. Une étude publiée en décembre 2012 dans la revue Biological Psychiatry modifie la donne.

Des chercheurs des Universités de Yale et de Chicago viennent en effet de détailler plusieurs effets de l'utilisation du naltrexone pour l'aide au sevrage du tabac. Si cet inhibiteur des opioïdes, couramment utilisé dans le sevrage de l'alcool ou de l'héroïne, a démontré une certaine efficacité sur la population masculine (1), son impact s'est avéré nul chez les femmes… tout au moins en terme de sevrage.

Il est en effet apparu que les sujets féminins qui ont reçu de la naltrexone au cours de l'étude n'ont, en moyenne, pris que 900 grammes au cours de la même période, contre 2,3 kilogrammes pour celles du groupe témoin.

Cette propriété inattendue du médicament ouvre de très intéressantes perspectives de l'avis même d'Andrea King, co-auteur de l'étude. "Il est avéré que les femmes ont tendance à prendre plus de poids que les hommes au cours du sevrage" nous commente-t-elle, "et cela constitue peut constituer un frein important à leur motivation d'arrêter le tabac".

Les raisons pour lesquelles les femmes prennent plus de poids que les hommes durant le sevrage tabagique sont peu documentées. "On constate cependant que la compensation s'effectue pour les femmes du travers le choix de produits plus caloriques, plus gras et plus sucrés que ceux préférés par les hommes" poursuit-elle. "Il est fort probable que le naltrexone, inhibiteur des opioïdes, bloque la sensation de plaisir induite par la consommation de nourriture. Les données dont on dispose sur les animaux montrent en effet une relation forte entre la consommation d'aliments sucrés et savoureux et le système endogène opioïde [structures cérébrales qui contrôlent les phénomènes de récompense, NDLR]. S'ajoutent les différences hormonales entre les deux sexes. L'œstrogène et la progestérone, dont les taux fluctuent au cours du cycle menstruel, pouvant affecter les récepteurs de fixations des opioïdes."

Il pourrait donc être bientôt possible de dire adieu au tabac sans dire bonjour aux sucreries.

(1) 30% des sujets n'avaient pas rechuté après trois mois de traitement, soit le double du groupe témoin.

Etude source : "Naltrexone Reduction of Long-Term Smoking Cessation Weight Gain in Women But Not Men: A Randomized Controlled Trial", Biological Psychiatry, doi:10.1016/j.biopsych.2012.09.025

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