AIDES : l'association se défend, Christian Saout s'explique

Selon Le Parisien du 25 janvier 2011, un rapport confidentiel met à mal le fonctionnement et les comptes de l'association AIDES. Ce document révèle, entre autres, que son ex-président, Christian Saout, aurait bénéficié d'"avantages en nature", des "allégations détournées et mensongères" que réfute l'association. Nous avons interrogé Christian Saout à ce sujet. Propos recueillis par Benoît Thevenet.

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AIDES : l'association se défend, Christian Saout s'explique
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Entretien avec Christian Saout

  • Entre 2000 et 2010 vous avez bénéficié d'un appartement de fonction (un studio) à Paris. Est-ce normal ?

Christian Saout : "Habitant en Province, j'étais logé jusqu'en 1999 à l'hôtel, lorsque je venais travailler à Paris. Quoi qu'en dise la journaliste du Parisien, 750 euros par mois c'est moins cher que 20 nuits d'hôtel. C'est donc, contrairement à ce qui est affirmé, une mesure de bonne gestion. Et personne ne savait qu'un fonctionnaire mis à disposition d'une association pouvait bénéficier de chambres d'hôtel, mais pas d'un appartement.

"Maintenant, la Cour des Comptes a considéré que le fait que ce soit un domicile permanent constitue un avantage en nature à la différence des nuits d'hôtel. Les sommes seront donc réintégrées dans mes revenus. Et je paierai les impôts en conséquence ... J'aurais mieux fait de rester à l'hôtel... qui coûte le double. La mesure risque d'avoir un écho dans le monde associatif, car je ne suis évidemment pas un cas isolé."  

  • Depuis 2007 vous n'êtes plus président, mais président d'honneur de AIDES. Est-il logique que le Conseil d'Etat ait maintenu votre mise à disposition et que vous perceviez encore un salaire (110 050 euros bruts annuels versés) ?

Christian Saout : "J'ai toujours des activités au sein de l'association : co-président de AIDES à Clermont-Ferrand, membre du Conseil d'administration de AIDES et membre de plusieurs groupes de travail. Cependant, en laissant la présidence de AIDES à Bruno Spire, je suis suis devenu président du Collectif Inter-associatif Sur la Santé (CISS). Et cela a été possible parce que AIDES en est membre et que les membres du Conseil d'administration du CISS m'ont élu à la présidence de ce regroupement d'associations.

"Le travail de président d'un tel organisme, s'il est bien différent de celui de AIDES n'en est pas moins exigeant : animer un réseau national, contribuer au débat public sur la santé, défendre les intérêts des usagers du système de santé, représenter les usagers dans un certain nombre d'instances, comme la Conférence nationale de santé, l'INPES, le Conseil d'administration de l'Observatoire national des professions de santé, le conseil de la Caisse nationale d'Assurance-maladie... Ce sont là des activités qui nécessitent du temps, et toutes gratuites à la différence d'autres représentants de catégories professionnelles qui perçoivent une indemnité compensatrice.

"Tout cela en continuant à représenter AIDES dans certaines instances, comme la Conférence nationale de santé, ce qui représente 50 % de mon temps. La quasi-totalité de mon activité est liée au fait de représenter l'association AIDES.

"Je ne vois pas comment j'aurais pu continuer mon métier de magistrat dans ces conditions. En tout état de cause, mais pour d'autres raisons, le Conseil d'Etat ne souhaite plus ma mise en disponibilité à partir de septembre prochain. Je reprendrai alors mon métier de magistrat, et ce ne sera pas à l'échelon auquel j'aurai pu prétendre sans cette longue parenthèse associative."

  • L'étude du cabinet Secafi reproche à AIDES des frais de collecte élevés. Qu'en est-il exactement ?

Christian Saout : "Il faut comparer ce qui est comparable : le Téléthon, le Secours populaire ou les Restos du cœur fonctionnent sur des réseaux très forts de bénévoles. Ce sont eux, qui de différentes manières récoltent une grande partie des fonds. Nous n'avons pas cette chance. Pour collecter des dons nous avons opté pour ce que l'on appelle le "street marketing", c'est-à-dire le démarchage dans les rues. Ces démarcheurs sont payés : évidemment ça réduit le bénéfice."

  • Alors est-ce que le "street marketing" est la bonne solution ?

Christian Saout : "Dans le domaine de la collecte d'argent, vous savez, les idées ne courent pas les rues... Quand on en a une on la garde. AIDES a été la première association à utiliser le "street marketing". Depuis, d'autres nous ont suivi. Et on ne paye pas plus cher que les autres : il n'existe qu'un seul opérateur sur le marché."

  • Qu'est-ce qui se cache derrière ces mises en cause ? Une situation tendue au sein de AIDES ?

Christian Saout : "Oui, pour des raisons simples : il y a 20 ans, AIDES avait de nombreux programmes d'aide et d'accompagnement des malades à domicile. Aujourd'hui, les malades du sida, grâce à la trithérapie vivent heureusement beaucoup plus longtemps. Des programmes ont donc dû être supprimés. Il a donc fallu effectuer un certain nombre de licenciements. C'est dommage, mais une association à l'obligation de faire évoluer ses programmes et ses actions en fonction de ceux qui en ont besoin, pas en fonction des personnels."

 

Le communiqué de l'association AIDES et l'article du Parisien

En réponse à l'article paru dans Le Parisien, le 25 janvier 2011, voici dans son intégralité le communiqué de l'association :

Choqués et abasourdis. La publication ce matin d'un simulacre de scoop sur la présumée mauvaise gestion de AIDES, à la Une du Parisien, est un coup très dur porté à tous nos militants, et à la lutte contre le sida toute entière. Cette enquête, qui n'a de sensationnel que le titre, est largement contestable en de nombreux points, sur la méthode comme sur le fond. C'est un véritable florilège de contre-vérités, alignant pêle-mêle chiffres choc et assertions douteuses, tous démontables point par point, ou détachés de leur contexte et dépourvus de la moindre analyse de fond.

La méthode d'abord, est pour le moins malhonnête : après plus de trois mois d'"enquêtes", Le Parisien n'a daigné contacter notre structure qu'hier 24 janvier après-midi, soit quelques heures avant le bouclage de ce brûlot. Pourtant, le journal n'a pas hésité à solliciter de longue date certains salariés historiquement en conflit avec l'association pour accréditer leur argumentaire. Autant dire que les arguments de AIDES intéressaient bien peu l'auteur de ce papier, déjà totalement orienté à charge contre l'association.

Pour le fond, les éléments annoncés comme "confidentiels" ne sont pour l'essentiel qu'une reprise tronquée et dévoyée d'éléments présents dans les rapports publics de l'association, donc soumis à la plus totale transparence. Quel scoop ! Plusieurs rapports récents menés par des cabinets indépendants ont d'ailleurs souligné la transparence et la gestion exemplaire de l'association. Le rapport de la Cour des Comptes notamment, sur lequel s'appuierait cet article, fait un bilan résolument positif de la manière dont AIDES est gérée. Qui peut croire également, alors que AIDES vient d'être auditée par la Direction Générale de la Santé, que les rapporteurs de cet audit soient passés à côté de ce qui est annoncé comme un scandale digne des heures les plus sombres de l'ARC ? Mais évidemment, il faut lire les rapports dans leur intégralité, ce que l'auteur de cette enquête ne s'est pas donné la peine de faire.

Tout dans ce papier n'est qu'approximatif ou instrumentalisé, bien loin d'une enquête journalistique digne de ce nom : montant des frais de fonctionnement, "avantages en nature" du président d'honneur de l'association, "malaise généralisé" des salariés, salaires de la direction "qui laissent perplexe", tout cela n'est qu'écran de fumée, et nous comptons bien revenir sur chacun de ces points, dans un droit de réponse qui ne se fera pas attendre.

En attendant, le mal est fait. "Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose", disait Francis Bacon. C'est toute la crédibilité d'une association historique et intègre qui est foulée du pied par cette enquête. C'est une insulte faite à nos militants, à nos donateurs, et au travail considérable mené par AIDES depuis plus de 25 ans dans la lutte contre le sida.

AIDES est profondément indignée, meurtrie par ces allégations détournées, mensongères, et étudie à présent toutes les voies possibles, y compris légales, pour contester point par point les éléments de cette prétendue enquête. Nous comptons au plus vite éteindre ce feu de paille qui ruine notre image et nos actions au quotidien. Car même si nous parvenons à contredire chacune de ces accusations, rapports et éléments de preuve à l'appui, d'aucuns diront encore qu'"il n'y a pas de fumée sans feu.

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